18 mars 1871 : Début de la Commune de Paris 17 mars 2026
Que signifient encore pour les révolutionnaires d’aujourd’hui l’expérience de la Commune de Paris, les leçons qui en ont été tirées par Marx et Engels et les « suites » concrètes qui lui ont été données avec la révolution socialiste d’Octobre 1917 ?
Sans pouvoir, en ce court article, rendre compte de manière exhaustive de ce qu’a été la Commune de Paris (du 18 mars au 28 mai 1871), nous voulons en souligner quelques aspects particulièrement significatifs dans le contexte actuel de crise profonde du système capitaliste-impérialiste. Ils éclairent encore nos combats d’aujourd’hui, même si, en 150 ans, le monde a beaucoup changé.
Un tournant dans le combat de la classe ouvrière
Alors que depuis la révolution de 1789, les combats et les sacrifices de la classe ouvrière avaient toujours été récupérés par la bourgeoisie, pour la première fois avec la Commune, des travailleurs et travailleuses ont pris eux-mêmes leur destin en mains.
Ils l’ont fait dans le contexte de l’époque, ont commis des erreurs qui leur ont coûté très cher, mais en « montant à l’assaut du ciel », selon la belle expression de Marx, ils ont semé les germes de la révolution socialiste et bouleversé l’histoire du mouvement ouvrier.
L’internationalisme prolétarien
Cette révolution qui a éclaté dans un pays en guerre (celle qui opposait les troupes de Napoléon III à l’armée prussienne de Bismark et qui nourrira pendant les décennies suivantes une intense propagande nationaliste revancharde anti-« boches ») a concrétisé le magnifique mot d’ordre qui conclut le Manifeste de 1848 :
« Prolétaires de tous les pays, unissezvous » !
Alors que pour la réaction « versaillaise » et les bourreaux des Communards, l’étranger était stigmatisé comme un ennemi à la source de tous les malheurs du pays, la Commune a compté dans ses rangs de nombreux travailleurs migrants et des révolutionnaires de tous les pays.
On peut notamment citer le hongrois Léo Fränkel : membre du Conseil de la Commune et de la Commission du travail, il fut à l’origine des premières mesures sociales de la Commune, comme l’interdiction du travail de nuit des ouvriers boulangers. Ou Jarosław Dabrowski : révolutionnaire polonais, à la tête de la Garde nationale, il fut un des premiers responsables militaires de la Commune assiégée…
La place des femmes dans la Commune
Alors que le code civil napoléonien de 1804 avait sacralisé la propriété bourgeoise et placé l’épouse sous la tutelle de son mari, de nombreuses femmes ont pris une part active à l’insurrection populaire et à l’organisation de la Commune. Parmi les plus connues, l’institutrice Louise Michel, Nathalie Lemel, militante de l’Association internationale des travailleurs, ou encore Elisabeth Dmitrieff, révolutionnaire et militante féministe russe fondatrice de « l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés »… La Commune, qui n’a duré que 72 jours, n’a pas eu le temps d’instaurer le droit de vote des femmes, mais de nombreuses mesures ont été prises pour leur permettre l’accès à l’éducation, aller vers l’égalité salariale, reconnaître l’union libre, faciliter le divorce… Nous pourrions également citer d’autres importantes mesures démocratiques et sociales prises par la Commune en quelques semaines.
Parmi celles-ci, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, bannissant des écoles « tout ce qui relève de la conscience individuelle de chacun », mais aussi, la remises de loyers impayés, la réquisition des logements vacants, la suppression des amendes et retenues sur salaire, la mise à disposition d’un local pour les associations ouvrières interdites depuis la loi Le Chapelier de 1791…
L’enrichissement de la théorie marxiste-léniniste de l’Etat
Mais ce qui reste de plus précieux de cette expérience historique, ce sont les enseignements que Marx et Engels en ont tirés lorsqu’ils ont souligné que la Commune avait fait la démonstration que *« la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la machine de l’Etat et de la faire fonctionner pour son propre compte » (1) .
Cette analyse selon laquelle l’Etat bourgeois est « un engin de guerre du capital contre le travail » qu’il faut détruire pour instaurer un pouvoir de type totalement nouveau, une nouvelle forme de « gouvernement des producteurs par les producteurs eux-mêmes », reste encore aujourd’hui une ligne de démarcation entre réformistes et révolutionnaires.
Comme le soulignera plus tard Lénine, cette prise du pouvoir par les travailleurs doit servir à exproprier les expropriateurs, c’est-à-dire à transformer la propriété privée capitaliste des moyens de production en propriété sociale. C’est ce que réalisa une autre expérience fondamentale pour les communistes, celle de la révolution socialiste d’Octobre 1917 et l’instauration de la république des Soviets dans l’ancien empire tsariste.
Ce n’est donc pas juste un hasard du calendrier si le PCOF a choisi la date du 18 mars pour ouvrir son congrès de fondation, qu’il a appelé « Congrès Commune de Paris ». ★
