18 septembre : les raisons de la mobilisation des personnels dans l’éducation 10 octobre 2025
A l’appel de l’intersyndicale, la mobilisation a été forte le 18 septembre dans l’éducation nationale. Si, pour le ministère, il n’y avait « que » 17 % de grévistes, selon les syndicats, un tiers des enseignants de primaire étaient en grève (jusqu’à 45 % à Paris) et 45 % dans les collèges et lycées.
Les raisons de la colère qui expliquent cette mobilisation sont nombreuses :
les conditions de la rentrée, le déclassement salarial, les attaques contre l’école publique. Le tout alimentant un sentiment de malaise et de perte de sens dans la profession.
A la rentrée de septembre, il manquait environ 2 500 postes d’enseignants à temps plein ; au 18 septembre, c’est toujours près de 1 000 postes qui n’étaient pas pourvus !
Malgré l’embauche de contractuels (qui eux-mêmes manquent parfois à l’appel ou qui ne sont pas renouvelés pour réaliser des économies de bouts de chandelle dans certains rectorats) des élèves n’ont pas eu de cours dans certaines matières depuis près d’un mois. C’est une véritable honte, preuve de la déliquescence et du délabrement de l’école publique. Et il ne manque pas seulement des professeurs mais aussi des AED (surveillants), des CPE, des infirmières scolaires, des AESH (qui accompagnent les élèves porteurs de handicap). Le manque d’AESH se chiffre à plusieurs centaines, ce qui peut conduire à des situations catastrophiques, voire à l’impossibilité de scolariser certains enfants. Certains départements ont même supprimé des postes, comme en Ille-et-Vilaine (25 AESH), alors que près de 1 500 enfants et adolescents ont fait leur rentrée sans bénéficier de l’aide à laquelle ils ont droit.
La question des salaires, largement inférieurs à la moyenne européenne, et le manque de moyens (classes surchargées, vétusté du bâti scolaire, manque de personnels dans les établissements) constituent toujours le cœur des revendications des enseignants et plus largement des personnels d’éducation. Ce déclassement salarial s’accompagne d’un discours ambiant particulièrement négatif dans les médias dominants.
Le « prof-bashing », porté par de nombreux responsables politiques de droite, insinue toujours que le professeur est un feignant et que s’il veut gagner plus il n’a qu’à travailler plus ! Qu’importe la situation particulièrement dégradée des conditions d’enseignement, la réalité du travail fourni (plus de 40 h par semaine), la désaffection des concours de recrutement (qui démontre la non-attractivité du métier !) ou la violence dans les établissements scolaires.
Ce manque de reconnaissance, tant salariale que sociale, couplé avec une administration particulièrement maltraitante, pousse de plus en plus d’enseignants à envisager d’abandonner le métier. Le nombre de démissions a explosé ces dernières années (5 fois plus en 10 ans). Ce nombre devrait même être plus important si certaines démissions et ruptures conventionnelles n’étaient pas refusées par les rectorats. Selon une enquête récente du syndicat enseignant Snes-FSU, 64 % des professeurs ont déjà pensé à la démission ces deux dernières années. Pire 92 % se disaient inquiets de la situation actuelle de la profession. Autre signe alarmant, l’augmentation du nombre de mi-temps thérapeutiques : + 44 % en seulement 2 ans, significatif de l’état d’épuisement du personnel éducatif, confronté à une dégradation continue de leurs conditions de travail.
Néanmoins, la combativité est toujours présente, en témoigne des exemples locaux. A la cité scolaire Gaston Fébus (collège et lycée) à Orthez (Pyrénées-Atlantiques) de nombreux professeurs étaient en grève les 10 et 18 septembre. Les lycéens étaient aussi mobilisés et ont voté le blocus de l’établissement pour participer aux différentes manifestations à Pau ou à Orthez. Encore une fois, le 2 octobre à Orthez, ville de 10 000 habitants, les élèves et les professeurs grévistes étaient mobilisés aux côtés des salariés de l’hôpital et de l’UL CGT. Deux manifestations rassemblant à chaque fois plusieurs centaines de personnes ont eu lieu dans les rues de la ville, ce qui est rare. Il faut dire que l’établissement est confronté à une politique d’austérité et de fermeture de classes sans précédent. 3 classes ont été supprimées à la rentrée 2025 ! Toutes les classes sont désormais à 35 élèves au lycée et 30 au collège. Une décision d’autant plus brutale que l’établissement accueille des élèves allophones (élèves nés à l’étranger et qui ne parlent pas français). La lutte continue pour sauvegarder une éducation publique et gratuite de qualité, ouverte à tous. ★
