Parti Communiste des Ouvriers de France

Le RN et sa ligne de plus en plus pro business
08 mai 2026

Coup sur coup, en ce mois d’avril 2026, deux rencontres ont eu lieu entre les plus hauts dirigeants du RN et les représentants du grand patronat.

Ce fut d’abord, au début du mois, le dîner au restaurant Drouant, lieu des délibérations du prestigieux prix Goncourt, là où Marine Le Pen a rencontré une quinzaine de grands patrons dont ceux de TotalEnergies, Accor, LVMH, ou Renault… pour ne citer que les plus connus.

Puis, lundi 20 avril, ce fut le tour de Jordan Bardella d’être invité à déjeuner par le comité exécutif du Medef.

Rappelons que Jordan Bardella avait déjà assisté aux journées de rentrée du Medef fin août 2025.

Ces rencontres, rendues publiques, ont fait couler beaucoup d’encre et certains se sont étonnés, voire indignés, de ce rapprochement entre les représentants des patrons du CAC 40 et les dirigeants du RN… Ce à quoi le président du Medef, Patrick Martin, interrogé sur France Inter en janvier avait déjà répondu en indiquant qu’il est « dans l’ordre des choses » que les chefs d’entreprise « se préparent à l’avenir » . Et interrogé sur les dangers que pouvait représenter le RN, il répondait :

« Tout dépend de son programme économique » !

Il est certain que les scores fait par le RN aux dernières législatives, son poids politique, et ses ambitions présidentielles poussent les grands patrons à s’intéresser de près à ce parti et, car c’est avant tout cela qui les intéresse, à son programme économique. Inutile de rappeler à nos lecteurs que l’oligarchie n’a pas d’états d’âme, seulement des intérêts à défendre. L’histoire l’a malheureusement déjà prouvé à plusieurs reprises.

Ces contacts officiels sont dans l’intérêt des deux parties. Le RN, de son côté, y gagne une reconnaissance de sa crédibilité, de sa « fréquentabilité » pourrait-on dire ; il n’est plus le paria du monde politique puisque, même pour des représentants de l’oligarchie, il devient un interlocuteur. De leur côté , ces grands patrons espèrent ainsi peser sur le programme économique du RN en élaboration dans la perspective des futures élections. D’ailleurs le RN, et plus précisément J. Bardella ne se cache pas de son rapprochement avec les dirigeants du monde de l’entreprise. A l’issue de sa rencontre avec les représentants du Medef, il déclarait : « *Je ne suis pas de gauche (ça ce n’était pas un scoop !), et je n’ai pas l’entreprise honteuse. » Il déclarait également attendre du grand patronat des propositions, notamment concernant le trop plein de normes, les excès de taxes, de fiscalités qui pèsent sur les entreprises.

Les journalistes du Monde ont analysé dans un article daté du 30 novembre 2025 les amendements comme les votes des députés RN lors de la discussion du budget 2026.

S’ils ont voté avec la gauche quelquesunes des mesures comme un impôt sur la fortune improductive (semblable à la proposition des députés RN d’un « impôt sur la fortune financière ») excluant le patrimoine immobilier, ou une taxe sur les superdividendes des grands groupes et une autre sur les multinationales, que pour sa part Bercy juge inapplicable, donc sans réelle incidence, les journalistes notent « plusieurs changements d’ampleur opérés depuis 2022, qui vont tous dans le sens d’une défense des ménages aisés et des grandes entreprises. Le plus important concerne l’acceptation de la “flat tax” ». En janvier, Le Monde passait en revue les 130 votes d’amendements et d’articles discutés à l’Assemblée nationale lors des débats budgétaires pour l’exercice 2026 et constatait que les élus RN ont voté contre l’augmentation de la taxation des héritages, le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune, l’alourdissement du haut du barème de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés des grandes entreprises, la taxation des holdings… Le Monde conclut : « Plus le pouvoir leur semble accessible, plus les dirigeants du RN reviennent dans les clous de l’orthodoxie libérale, insistant sur les baisses d’impôts et de charges sociales

La députée Clémentine Autain (L’Après) de Seine-Saint-Denis quant à elle déclarait en séance lors du débat budgétaire :

« Le Rassemblement national est obligé de sortir les rames pour essayer de faire oublier son soutien appuyé, et désormais à peine masqué, à l’oligarchie et aux ultrariches.

» S’adressant aux députés RN de l’hémicycle elle les apostrophait ainsi :

« Le bilan de vos votes et de vos positions est très clair : vous ne voulez pas toucher au patrimoine des milliardaires, aux grandes entreprises ou à leurs profits. » Le RN, défenseur des petites gens ?

Il n’en est rien !

En direction des masses travailleuses, ce sont les discours contre les étrangers et sur le renforcement de la sécurité, pour les grands patrons, l’assurance de protéger leurs intérêts. ★