Liban : la guerre continue 08 mai 2026
Nous publions le témoignage d’un ami libanais dont la famille vit au Liban.
La guerre menée par l’impérialisme étasunien et l’État sioniste contre l’Iran a ouvert une nouvelle phase de conflit au Liban. Après la guerre de 66 jours en 2024, dans le contexte de l’offensive génocidaire menée contre la bande de Gaza, un « cessez-le-feu » a été conclu en novembre. Celui-ci n’a toutefois jamais été respecté par Israël. Au contraire, l’armée israélienne a maintenu son contrôle sur plusieurs points du territoire libanais et a poursuivi ses bombardements sur des zones présentées comme des « menaces ».
Pendant près de 15 mois, les villes et villages du sud du Liban, de la banlieue sud de Beyrouth et de la Bekaa ont été soumis à des frappes quasi quotidiennes, causant environ 500 morts et la destruction de milliers de bâtiments.
Dans ce contexte, accuser le Hezbollah d’avoir « entraîné » le Liban dans un nouveau conflit le 2 mars 2026, à la suite de six missiles tirés puis interceptés, n’a pas de sens : la guerre ne s’est en réalité jamais arrêtée, Israël l’ayant poursuivie unilatéralement jusqu’à cette date.
L’objectif de l’État sioniste, soutenu par les USA est clair : affaiblir, voire liquider, la résistance libanaise, en particulier le Hezbollah, par tous les moyens. Sur le plan politique, cette stratégie passe par un appui aux autorités libanaises (notamment Michel Aoun et Nawaf Salam, ainsi qu’à certains partis d’extrême droite comme les Forces libanaises), afin d’orienter les décisions internes dans ce sens.
La stratégie israélienne actuelle reprend en partie celle appliquée à Gaza : destruction massive des infrastructures civiles et tentative d’imposer une prétendue « zone tampon ». Des villages entiers sont rasés à la frontière, et un patrimoine vieux de plus de mille ans disparaît en quelques instants sous les explosions.
Malgré cela, l’armée israélienne peine à progresser et à contrôler durablement le terrain, au point de devoir se replier par endroits.
Les déplacés : entre détresse, détermination et solidarité
Cette nouvelle escalade a provoqué le déplacement d’environ 1,2 million de personnes, sur une population totale de 5,88 millions, plongées dans une situation extrêmement difficile, sans pour autant céder. Comme le montrent plusieurs témoignages des déplacés : « Nos maisons ne sont pas plus chères que les résistants qui nous défendent ». Les tentatives répétées d’Israël de semer la division, à la fois au sein de la base sociale du Hezbollah et dans les régions accueillant les déplacés, ont échoué. Ni les bombardements visant ces zones ni les stratégies de peur n’ont réussi à briser les solidarités. Le soutien au droit du Liban à se défendre dépasse largement la seule base sociale du Hezbollah, elle-même hétérogène. Il traverse les régions et les communautés, en réaction à une politique gouvernementale jugée conciliante envers l’agresseur qui poursuit son attaque.
Le fait que le gouvernement de Nawaf Salam et que le président Aoun s’apprêtent à négocier directement avec Israël en pleine guerre afin de lancer un processus de « paix durable » n’est pas compris par la majeure partie de la population. Une grande partie de la population, malgré les divergences politiques et idéologiques qui peuvent exister avec le Hezbollah, considère la confrontation comme un moyen de défense nécessaire, malgré le coût humain et matériel.
Par-delà les divisions politiques et confessionnelles, une majorité de Libanais rejette l’idée d’une paix avec Israël telle qu’est portée par le gouvernement et soutient la volonté de défendre, jusqu’au bout, le droit d’exister sur leur terre.
Mais la pression est très forte sur la population déplacée. À chaque fois qu’il y a une atténuation des bombardements, les déplacés reviennent rapidement dans leurs villages. Le dernier cessez-le-feu, annoncé par Trump, a concerné Beyrouth et ses banlieues, mais les confrontations dans le sud ne se sont pas arrêtées un seul jour, avec plusieurs morts quotidiennement : des enfants, des femmes, des jeunes et des personnes âgées, qui ont été obligés de rester chez eux faute de moyens pour se déplacer.
La situation est complexe, avec une machine de guerre sans précédent, une population déterminée qui refuse de céder à l’agresseur, un régime politique traversé de contradictions internes, et un gouvernement et un président pro-impérialistes.
Dans ce pays, la résistance, sous ses différentes formes, militaires, culturelles, idéologiques et politiques, a été portée par divers acteurs au fil du temps. Ce qui demeure constant est la détermination à ne pas céder face aux pressions en faveur d’une paix imposée par l’agresseur, quel qu’en soit le coût. ★
