L’assassinat de Lyhanna 07 juillet 2026
Après la mort le 5 juin dernier de Lyhanna, une fillette de 11 ans, et l’arrestation du principal suspect, un pédocriminel récidiviste, jamais inquiété par la justice malgré plusieurs plaintes, une mobilisation sans précédent va se développer pendant plusieurs semaines.
Nous reproduisons ci-dessous la quasi-intégralité de l’article paru dans la Revue de l’organisation de femmes Egalité pour l’émancipation et le progrès social.
Indignation et détermination à faire changer les choses
(…) La colère explose : des femmes, des mères, des grands-mères aux côtés de jeunes femmes sortent dans la rue pour exprimer leur révolte devant une telle atrocité. Les organisations féministes appellent à des rassemblements devant les palais de justice, dans plus de 200 villes partout en France. Ces rassemblements réunissent des milliers de personnes, principalement des femmes. Ils témoignent de l’ampleur de la secousse, de la tristesse et de la révolte provoquées par la mort de Lyhanna.
Partout, la colère, l’indignation, mais aussi la détermination à faire changer les choses se sont exprimées vivement, car les chiffres des violences faites aux enfants et aux femmes tout comme le nombre de plaintes non traitées et des non-lieux sont connus depuis des années par toutes les associations, grandes ou petites, qui sont mobilisées pour défendre cette cause, mais la situation reste inchangée.
Le grand public est bousculé par la médiatisation des violences faites aux enfants, les chiffres montrent la gravité de la réalité : comment la justice, la police, l’État, peuvent-ils laisser à l’abandon tous ces enfants, toutes ces mères, toutes ces familles qui ont porté plainte ?
Les chiffres révélés montrent la gravité de l’injustice : 160 000 enfants victimes de violences sexuelles, 70 000 plaintes non traitées. L’étendue de l’inceste en France, ce crime qui tue dans l’âme les enfants, bouleverse.
Ajoutons à cela tous les enfants ou les familles qui n’en parlent pas, le nombre devient vertigineux.
E. Macron, Président de la République, et G. Darmanin, ministre de la Justice, aveugles devant l’indignation, n’ont cessé de nier la problématique des moyens financiers. Pire encore, G. Darmanin s’en est pris aux magistrats qui travaillent dans des conditions lamentables (voir encadré) et qui avaient alerté dès 2023, dans un rapport, sur l’asphyxie de la chaîne pénale.
Rapport dont G. Darmanin se garde bien de dire aujourd’hui qu’il en avait connaissance. Pour combler le tout, les ministres de l’Intérieur et de la Justice ont interdit le rassemblement prévu à Paris, devant le Palais de Justice. La police a chargé les manifestant.es et placé en garde à vue pendant 12 heures, l’une des principales organisatrices du rassemblement, Andréa Bescond, mobilisée depuis des années contre les violences faites aux enfants.
Il apparaît de plus en plus clairement que le meurtre de Lyhanna n’est ni un cas isolé ni le fait d’un simple dysfonctionnement des institutions, de l’État, de la justice et de la police.
L’ampleur des violences faites aux enfants et aux femmes est vertigineuse et elle n’a pas diminué, les plaintes ont doublé depuis #MeToo, la parole s’est libérée. La Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants) rend un rapport complet sur les violences faites aux enfants en 2021 qu’elle a fait parvenir à l’État.
Sur ses 82 recommandations, seules 23 sont pleinement appliquées.
L’État sait mais l’État n’agit pas, il laisse l’impunité dominer.
La parole des femmes et des enfants est toujours méprisée, disqualifiée, ridiculisée ou attaquée. C’est ce qu’a fait Macron en déclarant avec son mépris caractérisé pour cacher son bilan désastreux qu’ « on ne répond pas à un drame par des cris » . Une manière à peine voilée de traiter les militantes féministes et enfantistes d’« hystériques ».
Au-delà de la rhétorique, dans les faits, la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants n’est pas une priorité budgétaire ni une priorité politique.
Face à l’ampleur des protestations et aux exigences affichées par la coalition, la « loi intégrale contre les violences » sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants serait enfin inscrite à l’ordre du jour d’une session extraordinaire de l’Assemblée nationale. Rappelons qu’une loi sans budget alloué reste « lettre morte ». Les militantes se battent depuis des années pour que cette loi soit considérée. Il est terrible d’avoir dû attendre un drame de plus pour qu’elle soit envisagée.
Aujourd’hui, la mobilisation se poursuit pour que la loi soit adoptée et pour arracher 3 milliards d’euros de budget pour lutter contre les violences et permettre à la justice de mieux fonctionner.
La « Coalition féministe Loi Intégrale » appelle à une grande marche à Paris le 4 juillet en hommage à toutes les victimes de violences sexuelles et en soutien à une loi intégrale.
Signez la pétition sur : https://www.loi-integrale.fr ★
