Parti Communiste des Ouvriers de France

Marc Bloch, itinéraire d’un historien engagé
07 juillet 2026

Contribution d’un camarade, enseignant d’histoire, sur Marc Bloch, son œuvre, ses engagements.

Quelques éléments biographiques

Marc Bloch est né le 6 juillet 1886 à Lyon dans une famille alsacienne de confession juive qui a fait le choix de quitter l’Alsace au moment de l’annexion de la région par l’Empire allemand en 1871. Brillant élève, il est professeur de lycée lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale. Mobilisé dans l’infanterie, il participe aux grandes batailles de la Marne, de la Somme et du Chemin des Dames.

Démobilisé en 1919, il poursuit sa carrière universitaire à l’université de Strasbourg. C’est là qu’il publie son ouvrage majeur  :

Les rois thaumaturges (1924) et qu’il fonde avec Lucien Febvre la revue des Annales (1929). En 1939, alors qu’il a largement dépassé l’âge (53 ans) et qu’il est père de 6 enfants, il s’engage volontairement dans l’armée française. Affecté à l’état-major, il est témoin de la débâcle des forces françaises en mai 1940. Après l’armistice signé par Pétain, il rédige L’étrange défaite , un ouvrage d’histoire immédiate qui accuse, en autres, la hiérarchie militaire d’être responsable du désastre. Victime des lois antisémites du régime de Vichy, il entre dans la clandestinité et la résistance en 1943, il rejoint le mouvement Franc-Tireur. Arrêté par la gestapo le 8 mars 1944, il est incarcéré à Montluc et torturé. Il est fusillé le 16 juin 1944 avec 29 autres camarades.

Son apport à la science historique

La fondation de la revue des Annales d’histoire économique et sociale en 1929 par Lucien Febvre et Marc Bloch constitue un tournant dans l’historiographie française (et même européenne). Jusqu’aux années 1920, les historiens classiques s’intéressaient aux événements politiques, aux conflits, aux traités diplomatiques, à l’action des grands hommes ; et assez peu aux sociétés et à leur organisation. C’était une « histoire-bataille » vue du point de vue des élites.

Les penseurs des Annales veulent étudier les sociétés et notamment intégrer dans la réflexion les structures socio-économiques. L’histoire doit devenir une véritable « science des sociétés humaines ». L’économie, les questions sociales, la démographie deviennent donc primordiales.

Ils militent aussi pour une histoire qui intégrerait les apports d’autres disciplines comme la sociologie et la psychologie collective. Cet apport permet d’aborder d’autres domaines de recherche comme les mentalités et les croyances. Enfin, l’historien ne doit pas se contenter de compiler les faits du passé et de se retrancher derrière une objectivité factice. Il doit proposer une interprétation des faits, questionner le passé, mais aussi le présent. Son ouvrage le plus connu L’étrange défaite est révélateur de cette nouvelle approche. En utilisant son expérience d’officier ayant vécu l’événement de «  l’intérieur  », Marc Bloch cherche à trouver les causes de la défaite de 1940, une défaite totale et humiliante qui a sonné le glas de la III e République. Dans cet ouvrage rédigé « à chaud », l’historien identifie plusieurs faiblesses structurelles de l’armée française et de la société française. Premièrement, le commandement français était complétement dépassé, préparé à rejouer la guerre de 14-18 alors que les nazis avaient élaboré la tactique de la «  guerre éclair ». Cette incompétence n’a bien entendu jamais été reconnue par le maréchal Pétain, un réactionnaire endurci, issu de cette génération de militaires, préférant rejeter la responsabilité de la défaite sur le comportement des Français en affirmant que « l’esprit de jouissance » l’avait emporté sur « l’esprit de sacrifice ».

Marc Bloch dénonce aussi l’attitude de la grande bourgeoisie, ulcérée et grandement effrayée par le Front Populaire, défendant bec et ongles ses intérêts de classe, contre ceux des travailleurs et des masses populaires. Cette bourgeoisie qui disait : «  plutôt Hitler que le Front populaire  »  ! L’historien et universitaire critique aussi une pédagogie inepte qui ne forme pas assez les étudiants à l’esprit critique.

Son engagement dans la résistance et la lutte antifasciste

Quand il était encore étudiant, Marc Bloc était socialiste. C’est un intellectuel engagé contre la montée du fascisme, le régime de Vichy, et qui n’a pas hésité à s’engager dans la résistance contre l’occupant nazi.

Inquiet face à l’arrivée au pourvoir des nazis en 1933 en Allemagne et de la montée en puissance des ligues d’extrême droite en France dès 1934, il fut un des premiers à signer un « manifeste pour la constitution d’un comité antifasciste  » qui donnera naissance au Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA). En 1938, il a dénoncé, lors de la conférence de Munich, la capitulation de la France face à l’expansion de l’Allemagne hitlérienne au détriment de la Tchécoslovaquie. En 1939, il s’engage dans l’armée, malgré son âge et son état de santé. En tant que juif (selon les lois raciales du régime de Vichy), Marc Bloch est frappé par le statut du 3 octobre 1940, visant à exclure les juifs de la fonction publique. Il refuse en 1941 d’émigrer aux Etats-Unis et décide de rester en France.

En 1943, du fait de l’invasion de la zone Sud par les nazis, il sait qu’il n’est plus en sécurité et entre dans la clandestinité et dans la résistance.

Il rejoint le mouvement Franc-Tireur sous le pseudonyme de « Narbonne ».

Il en gravit rapidement les échelons, jusqu’à intégrer le directoire régional des Mouvements unis de résistance.

À ce titre, il contribue largement à organiser la Résistance dans la région Rhône-Alpes.

C’est le résistant au fascisme hitlérien, au fascisme du régime de Pétain, au militant courageux qui met ses idées en action, le démocrate et le progressiste, l’enseignant à l’esprit scientifique, qui s’intéresse au peuple, aux paysans, aux travailleurs, le penseur athée qui combat l’antisémitisme, que nous retenons.

Sur la cérémonie de panthéonisation Le 23 juin avait lieu la cérémonie d’entrée au Panthéon de l’historien Marc Bloch. Initialement prévue le 16 juin, anniversaire de la mort du résistant et de ses 29 compagnons, la cérémonie a été reportée en raison de l’agenda de … Donald Trump ! Ce dernier, pour organiser un combat grotesque de MMA dans les jardins de la Maison blanche pour son anniversaire, a exigé le report du G7 du 15 au 17 juin à Evian. Bien entendu, Macron s’est exécuté.

Lors de la cérémonie plusieurs aspects de la vie de Marc Bloch ont été occultés ou peu mis en avant : la portée européenne, voire internationale, des travaux de Marc Bloch et de l’école des Annales dans la rénovation de la science historique ; les noms des 29 résistants, exécutés aux côtés de Marc Bloch n’ont pas été mentionnés.

Peu de choses sur le rôle d’Etienne Bloch (fils de Marc Bloch et lui-même résistant) dans la préservation et la défense de l’héritage intellectuel de son père. La famille de Marc Bloch, très soucieuse de respecter la mémoire de l’historien et son engagement, a demandé l’exclusion des membres du Rassemblement National de la cérémonie de panthéonisation. Suzette Bloch, la petite-fille de Marc Bloch, avait notamment affirmé au micro de France Inter que « Le Rassemblement national, ce sont les héritiers de la Waffen-SS qui ont assassiné mon grand-père  ».

Dans son discours, Emmanuel Macron a ciblé l’extrême droite, sans jamais s’y référer, critiquant son «  esprit de défaite », son absence de patriotisme. Il n’a rien dit sur la hiérarchie militaire qui a conduit le pays au désastre, sur la bourgeoisie française et le régime de Vichy qui ont collaboré avec l’Allemagne nazie. Et c’est la place donnée à l’institution militaire dans cet hommage qui est une véritable insulte ! ★


N’oublions pas les autres résistants assassinés avec M. Bloch

Le 8 mars 1944, dans la matinée, le résistant Marc Bloch est arrêté à Lyon sur le pont de la Boucle (aujourd’hui pont Winston Churchill). Au même moment et à 800  m de là, place du Commandant -Arnaud, le résistant Marcel Bobulesco (réseau Plutus) est lui aussi arrêté. Les deux vont subir les interrogatoires du gestapiste Klaus Barbie et être internés dans la pri son de Montluc, Marc Bloch dans la cellule n° 73 au 2 e étage, Marcel (dit Bob) dans la cellule presque mitoyenne n° 71. L’un sera assassiné par les nazis le 16 juin 1944, l’autre partira en déportation le 4 juin vers le camp de concentration de Neuengamme (matricule 34030) dont, par chance, il reviendra. Les deux furent honorés de la médaille de la Résistance. De nombreux ouvrages, des contributions, sont parus sur Marc Bloch Parmi les textes que nous conseillons à nos lecteurs, il y a celui qui est publié sur le site « Entre les lignes, entre les mots » : https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/06/26/marc-bloch-entre-au-pantheon-ce-que-cette-pantheonisation-ne-doit-pas-nous-faire-oublier/