Parti Communiste des Ouvriers de France

Kanaky : Le droit à l’autodétermination en toile de fond des provinciales
07 juillet 2026

Les élections provinciales se sont enfin tenues, soit 7 ans après les précédentes élections (2019).

Reportées trois fois, une première fois en avril 2024, avant le soulèvement du peuple kanak, puis en novembre 2024 et encore une fois après Bougival (2025), ces élections ont fini par être convoquées pour le 26 juin.

Après la tentative de faire passer au Parlement le texte de Bougival en lieu et place de l’accord de Nouméa, le gouvernement a voulu encore en «  ouvrir  » le corps électoral, en incluant les « conjoints des natifs », mais il a dû reculer devant la mobilisation des parlementaires kanak, des collectifs de soutien (1).

Ce sont quelque 10  500 électeurs supplémentaires qui ont été inscrits sur les listes. Mais les problèmes pour l’inscription des kanak non comptabilisés dans les précédents scrutins, les radiations, les tracasseries multiples comme la réduction du nombre de bureaux de vote et l’absence de transport pour les populations kanak vivant notamment dans la province Sud, ont été nombreux.

Les forces indépendantistes ont réclamé la tenue de ces élections qui renouvellent les instances qui dirigent le pays – les assemblées des trois provinces, la composition du Congrès et la désignation du gouvernement, selon les critères définis par le statut de 1999. Ce sont les résultats obtenus par les différentes listes dans chacune des trois provinces qui déterminent la composition du Congrès, qui élit le gouvernement.

Les forces indépendantistes ont fait un travail de terrain intense, avec de multiples visites aux tribus, des points de propagande et d’animation en direction notamment des kanak qui vivent dans le Grand Nouméa.

Elles ont incité les jeunes à s’inscrire sur les listes, à établir des procurations… Ce travail n’a visiblement pas eu les résultats escomptés.

Le taux d’abstention est élevé et a progressé, avec une participation de 63,7 %, en baisse par rapport à 2019.

Comme le soulignent plusieurs responsables indépendantistes, un travail d’analyse autocritique devra être réalisé. Ils constatent que les jeunes kanak ne se sont pas mobilisés autant qu’espéré, alors qu’ils avaient été au cœur du soulèvement de 2024.

Visiblement, pour beaucoup, les élections, les institutions, sont éloignées de leur réalité quotidienne, de plus en plus difficile.

Les résultats chiffrés sur la répartition des sièges au congrès (54) :

Droite anti-indépendantiste : 24 (+5) UC-FLNKS : 16 (+3) Nation Autochtone (Omayra Naisseline) – alliée au FLNKS : 3 Uni-Palika : 7 (-6) Eveil Océanien : 4 Quelques réflexions sur les résultats Nous allons évidemment prendre en compte ce que vont dire les partis indépendantistes. Un certain nombre de prises de position circulent et des analyses sont avancées. Nous retenons les aspects suivants :

Les partis indépendantistes conséquents ont réussi à contrer l’entreprise de marginalisation et de criminalisation orchestrée par la droite et le gouvernement qui l’a toujours soutenue.

Le fait qu’ils ne cèdent pas sur l’exigence de la souveraineté et qu’ils inscrivent leur démarche dans cette perspective est un point fondamental. L’Etat colonial ne peut passer outre.

Dans la province Sud, l’UC-FLNKS a développé une politique d’unité autour de la liste «  Kanaky pour tous  » qui a obtenu 7 sièges, alors que la liste de l’UNI de Louis Mapou, n’en obtient aucun. L’Eveil océanien a 5 sièges.

La droite anti-indépendantiste radicale, qui a voulu se présenter la plus «  unie  » possible, confirme son poids dans la province Sud. Les « centristes » disparaissent pratiquement des institutions.

Les leaders de la droite parlent de grande victoire, et même de plébiscite  ! passant outre le taux d’abstention, le fait qu’ils n’ont pas la majorité absolue au congrès et le fait qu’ils devront passer des alliances au Congrès, notamment avec le parti « Eveil Océanien », comme ils l’ont déjà fait.

Le parti Uni-Palika subit un échec relatif : il paie son soutien à Bougival et son retrait du FLNKS. Le fait que Paul Néaoutyine, du Palika, ait été réélu à la tête de la province Nord , alors que le candidat de l’UC-FLNKS avait obtenu le meilleur score, ne va pas dans le sens de l’unité du camp indépendantiste.

Dans les îles Loyauté, la victoire de l’UC-FLNKS et de son allié, Nation Autochtone, est claire. Mais les élus sont attendus sur les attentes sociales de la population qui est marginalisée.

Les partis indépendantistes ont fait la démonstration de leur représentativité. L’exigence d’engager le processus allant à l’indépendance, au cœur de ces élections, a été réaffirmée.

Nous continuerons à soutenir ce combat. ★


1. VoirLa Forge d’avril, «  Bougival à la poubelle » et mai 2026 « l’État ne veut pas reconnaître ses échecs ».

Scandale du Chlordécone Non-lieu confirmé : État responsable mais pas coupable !

Le 2 juin, l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité une loi reconnaissant «  la part de responsabilité de l’État » dans le scandale du chlordécone aux Antilles, ce pesticide utilisé dans les bananeraies et qui a contaminé la quasi-totalité de la population. Enfin !, pourrait-on dire, mais cette «  avancée  » risque fort de rester symbolique si l’État ne s’engage pas à mettre les moyens pour dépolluer les terres et les eaux contaminées et à indemniser rapidement et à hauteur des préjudices subis, les victimes et leurs ayants droit, alors même que, dans cette loi, l’indemnisation des victimes reste un « objectif » – donc pas une obligation.

Quand on sait que sur les 1 286 ouvriers agricoles de Martinique et de Guadeloupe qui avaient engagé une procédure contre l’État, seuls 11 ont obtenu une indemnisation en 2025, on est en droit de mettre en doute la volonté politique du gouvernement de régler le scandale du chlordécone. D’autant que le 22 juin, la cour d’appel de Paris confirmait le non lieu prononcé en 2023 par le pôle santé publique du tribunal judiciaire. A l’époque, les juges avaient reconnu un scandale sanitaire et une atteinte environnementale majeure, mais avaient estimé qu’il était trop difficile de rapporter la preuve pénale des faits, qui se sont déroulés sur plusieurs décennies. Comme si la délivrance de l’autorisation de commercialisation du pesticide en dépit des alertes sanitaires sur sa dangerosité dès 1974 ou la dérogation pour son utilisation pendant deux ans supplémentaires aux Antilles après son interdiction en France en 1990 n’étaient pas une preuve de la « responsabilité de l’État  »  ! La confirmation du non-lieu ferme la porte à une réouverture de l’enquête pénale sur la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone.

Comme le souligne Me Lèguevaques, l’un des avocats des parties civiles, en s’appuyant sur des textes de la Cour européenne des droits de l’homme, « dans les affaires de substances toxiques, exiger des victimes une preuve d’un lien de causalité individuel et certain revient à organiser l’impunité ».

Dès la décision connue, plus de 500 parties civiles, ainsi que plusieurs associations ont décidé de se pourvoir en cassation. Et si cela n’aboutit pas, elles porteront ce combat devant la Cour européenne des droits de l’homme. Elles ne peuvent accepter que d’un côté l’État soit reconnu pour une part responsable du scandale du chlordécone et, dans le même temps, voir leur droit à la justice et à la dignité bafoué. L’exigence d’indemnisation et de réparation portée par les associations représentant les ouvriers et ouvrières de la banane (notamment le Collectif des ouvriers et ouvrières agricoles de Martinique empoisonnés par les pesticides), Zéro Chlordécone, les syndicats de travailleurs, les organisations politiques, démocratiques, écologistes des Antilles… est plus que jamais à l’ordre du jour.

Pour les populations de Martinique et de Guadeloupe, cette confirmation de non-lieu est ressentie comme une nouvelle marque de mépris colonial.

Notre parti dénonce cette parodie de justice et continuera à apporter son soutien à la lutte des peuples martiniquais et guadeloupéen contre le scandale du chlordécone jusqu’à l’obtention de leur droit à la justice et à la réparation. Et nous continuerons aussi à dire  : État responsable et coupable !

Petit rappel Pesticide classé potentiellement cancérigène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dès 1979, sa durée de présence dans les sols est estimée à près de six cents ans . Ce sont ainsi des milliers d’hectares de terres agricoles, les cours d’eau et le milieu marin qui sont durablement contaminés.

A cette catastrophe écologique, s’ajoute un scandale sanitaire et humain longtemps étouffé. L’Anses estime que 90 % de la population de Martinique et Guadeloupe sont contaminés au chlordécone, à des degrés divers, l’exposition se faisant essentiellement par l’alimentation  : légumes racines cultivés sur des terres polluées, œufs, viandes, et surtout produits de la pêche. Avec des conséquences importantes sur la fertilité humaine et un taux de prévalence des cancers de la prostate parmi les plus élevés au monde. ★