Burkina Faso : Rupture des relations diplomatiques avec la France 07 juillet 2026
Rendue officielle le 26 juin, cette rupture n’est pas une surprise, mais l’aboutissement d’un processus de dégradation des relations entre les autorités burkinabè et les autorités françaises depuis le coup d’État de septembre 2022. Cela avait commencé avec le renvoi, en janvier 2023, des forces spéciales françaises basées dans la banlieue de Ouagadougou, et s’était poursuivi après l’intégration du Burkina Faso dans l’Alliance des États du Sahel (Mali-Burkina-Niger).
C’est le vote au Parlement européen, le 16 juin, d’une résolution condamnant « la répression de l’espace civique et des libertés fondamentales au Burkina Faso » qui semble avoir précipité la décision d’Ibrahim Traoré et de son gouvernement.
Cette résolution évoque « de sérieuses préoccupations concernant les droits de l’homme au Burkina Faso, notant que le gouvernement a intimidé, détenu arbitrairement, fait disparaître de force et enrôlé illégalement des journalistes, des opposants politiques, des membres de la société civile et des juges » . Elle condamne « le nettoyage ethnique des communautés peules et la répression médiatique, y compris la suspension de media tels que TV5Monde » et rappelle que « le gouvernement burkinabè a dissous tous les partis politiques et 118 organisations de la société civile, suspendu des centaines d’associations, dont l’Union générale des étudiants burkinabè […] ».
L’appel à « revenir immédiatement sur ces mesures et à défendre la liberté d’association, de réunion et d’expression » et « à la fin immédiate de l’intimidation, de la conscription illégale, du harcèlement, de la détention arbitraire et de la disparition forcée des acteurs de la société civile » a été dénoncé à juste titre par les autorités burkinabè comme une ingérence dans les affaires du pays et une atteinte à sa souveraineté. Elles contestent une « démarche paternaliste », des « jugements péremptoires » et des « allégations infondées » à un moment où le pays poursuit une lutte « existentielle » contre les groupes terroristes et leur soutien extérieur.
Ce que décrit et dénonce la résolution adoptée à une très large majorité des députés des quatre principaux groupes siégeant au Parlement européen – incapable, par ailleurs de suspendre l’accord d’association avec l’Etat génocidaire d’Israël – est certes réel. Mais qui sont ces accusateurs, de quelle légitimité peuvent ils se targuer, quand on sait que celui qui a proposé la motion n’est autre qu’un général français, ancien directeur du renseignement militaire et aujourd’hui eurodéputé LR ! Et comment ne pas voir, dans cette manœuvre et ses instigateurs, la « revanche » de la puissance impérialiste qui voit sa politique de domination, y compris militaire, remise en cause par des régimes qu’elle ne contrôle pas.
Ces mêmes autorités françaises, qui avaient apporté jusqu’au bout leur soutien à Blaise Compaoré, qui n’ont rien à redire aux autocrates du Bénin, de la Côte d’Ivoire ou du Tchad, tant qu’ils restent de fidèles alliés…
Solidarité avec le peuple burkinabè et ses organisations de lutte
Le pouvoir burkinabè, qui n’accepte aucune critique interne sur sa gestion du pays, ne peut qu’en faire une justification supplémentaire pour accentuer la répression contre les forces démocratiques et révolutionnaires qui se battent depuis des années au Burkina, qui le contestent et qu’il qualifie sans cesse d’apatrides inféodées à l’impérialisme français.
Ses cibles principales sont le Parti Communiste Révolutionnaire Voltaïque (PCRV), qui a toujours été à la pointe du combat contre la domination impérialiste et en premier lieu contre l’impérialisme français, ainsi que toutes les organisations de masses où ses militants sont actifs.
Sans se laisser abuser par la phrase pseudo-révolutionnaire et pseudo-anti-impérialiste de la junte au pouvoir (Cf. notre article, de juin 2026), les révolutionnaires, les communistes du Burkina se battent dans des conditions de plus en plus difficiles pour défendre les travailleurs, la jeunesse, les paysans, les populations déplacées… A leurs côtés, nous dénonçons le régime putschiste qui les répriment et les assurons de toute notre solidarité de lutte, tout en dénonçant les agissements de l’impérialisme français.
Nous savons que cette rupture des relations officielles entre nos deux pays va rendre encore plus difficile la situation des étudiants et des travailleurs burkinabè en France. Et qu’il va être encore plus compliqué d’obtenir un visa pour ceux qui ont besoin de voyager en France pour le travail, les études ou pour se soigner.
Nous assurons de tout notre soutien les sections France du Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples, de l’Organisation Démocratique de la Jeunesse et de l’Association des Etudiants Burkinabè en France.
Nous condamnons par avance, toute velléité d’ingérence diplomatique ou militaire, directe ou par le biais d’autre pays, de la part de la France contre le Burkina Faso. Nous avons totale confiance, dans la force de résistance du peuple burkinabè qui a su en finir en 2014 avec le régime criminel de Blaise Compaoré. C’est à lui et à lui seul qu’il appartient d’arracher le pain et la sécurité, la démocratie et l’indépendance véritable. ★
« La fin de la Françafrique » ?
En déclarant la « fin de la Françafrique », Macron ne fait que prendre acte de l’affaiblissement et de la perte d’influence de l’impérialisme français dans ses anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest où il a été forcé de fermer les unes après les autres ses bases militaires. Tout au long de ses deux mandats, il a affiché sa volonté de se tourner vers les pays anglophones de « l’Afrique qui gagne ». C’est ce qu’il a encore dernièrement fait au Kenya, où il vient d’annoncer plus d’un milliard d’investissements privés français (C’est notamment le cas de la CMA-CGM qui vient de remporter le marché pour la rénovation de deux terminaux portuaires du port de Monbosa). Mais il n’est pas le seul prédateur sur le terrain où la concurrence entre puissances impérialistes est rude.
