Parti Communiste des Ouvriers de France

Sur l’Afd en Allemagne
08 septembre 2026

De quel parti s’agit-il ?

Comme on pouvait s’y attendre, les débats autour de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) s’enflamment dans le cadre des prochaines élections régionales et municipales dans l’Est.

La victoire d’Ulrich Siegmund en Saxe-Anhalt semble inévitable et, par réflexe, les forces libérales-bourgeoises relancent une nouvelle fois la procédure d’interdiction de l’AfD et les débats autour de la démocratie défensive. Dans le même temps, Campact (1) lance une campagne électorale en faveur du SPD et des Verts afin d’empêcher qu’un gouvernement AfD arrive tout seul au pouvoir dans le Parlement régional. Tout le monde s’accorde à dire qu’il faut, d’une manière ou d’une autre, mettre un terme à la progression de l’AfD. Mais pour trouver la bonne tactique dans la lutte contre l’AfD, il faut d’abord se rendre compte à qui on a réellement affaire.

« Issu de l’élite ouest-allemande »

C’est justement l’ancien ministre-président CDU de Saxe-Anhalt, Haseloff, qui soulève un point important dans une de ses interviews. Même si Haseloff tient à souligner que l’AfD n’est pas un phénomène purement est-allemand, il utilise le terme d’« élite » à bon escient. En effet, contrairement à la réputation de parti anti-establishment que l’AfD s’est elle-même forgée au fil des ans, il s’agit d’un parti de la classe dirigeante, issu de ses propres rangs. C’est ainsi qu’a été formé en 2012 le groupe « Wahlalternative 2013 » (Alternative électorale 2013, ndlt), qui critiquait la ligne de la CDU (droite) sous Merkel dans le contexte de la soi-disant crise migratoire. Un rassemblement d’auteurs de droite, de professeurs, d’entrepreneurs et de membres du FDP (Libéraux) et de la CDU. Parmi les 58 premiers signataires, presque tous originaires d’Allemagne de l’Ouest, 28 étaient des professeurs d’université occupant diverses fonctions de conseil et de surveillance au sein de différentes entreprises. Parmi eux figuraient également des membres du conseil consultatif de la Société de Mont-Pelerin, qui a donné naissance au néolibéralisme et constitue encore aujourd’hui un important réseau mondial de think tanks hostiles aux travailleurs.

C’est de ce groupe que devait naître peu de temps après l’AfD, avec des figures centrales telles que Bernd Lucke, Alexander Gauland, Beatrix von Storch ou Hans-Olaf Henkel. Ce dernier avait déjà été président de la Fédération de l’industrie allemande (BDI) et siégeait au conseil de surveillance de groupes tels que Bayer, Continental ou Daimler Aerospace. Des associations de lobbying, telles que la Société Hayek ou l’Initiative pour une nouvelle économie sociale de marché (INSM), comptaient également parmi les réseaux importants ayant contribué à la création du parti. L’organisation de lobbying INSM a été fondée par la fédération patronale Gesamtmetall (équivalent de l’UIMM). Elle est toujours encore financée par diverses associations patronales pour mobiliser l’opinion publique, à travers des campagnes de relations publiques, contre le salaire minimum, l’impôt sur la fortune ou les droits des salariés.

C’est notamment dans le contexte du « plan de sauvetage de l’euro », au début des années 2010, que le cercle autour de Lucke a représenté la frange du capital allemand qui produisait principalement pour le marché allemand et qui ne profitait pas de la zone euro et de l’exploitation d’autres pays européens, contrairement au capital monopolistique orienté vers l’exportation. Ainsi, en 2014, Lucke a été invité par l’association patronale « Die Familienunternehmer » (association des entreprises familiales) pour prononcer un discours sur sa vision de l’euro. Au fil des ans, l’AfD s’est de plus en plus transformée en un parti qui a durci sa ligne nationaliste et néolibérale.

À qui profite l’AfD ?

Même si le coprésident Chrupalla qualifie son parti de « seul parti ouvrier fier » et que l’AfD obtient effectivement ses meilleurs résultats dans les sondages au sein des masses ouvrières, une étude de l’Institut de recherche sur l’extrémisme de droite apporte une nouvelle fois la preuve de la ligne anti-ouvrière du parti : « L’AfD défend une politique économique et sociale qui, sur le plan économique, ferait plus de mal que de bien à ses propres électeurs. » Cela signifie que l’AfD mène systématiquement une politique au service de l’élite dont elle est elle-même issue. Dans sa politique fiscale, par exemple, elle souhaite réduire l’impôt sur le revenu et s’oppose aux droits de succession ou à l’impôt sur le revenu, tandis que la TVA doit, selon lui, être maintenue. Seules les personnes fortunées profiteraient de cette politique fiscale, et le manque à gagner pour le budget de l’État entraînerait de nouvelles coupes dans les dépenses sociales. Parallèlement, la durée d’indemnisation au chômage serait raccourcie et une obligation de travailler imposée par l’État interviendrait dès le sixième mois de chômage. L’Institut allemand de recherche économique (DIW) a ainsi calculé que la politique économique de l’AfD permettrait aux 10 % les plus riches d’Allemagne de réaliser 86 milliards d’euros de bénéfices supplémentaires par an, tandis que l’État perdrait 116 milliards d’euros de recettes fiscales chaque année. En Saxe-Anhalt également, où l’AfD enregistre les meilleurs résultats dans les sondages à l’échelle nationale, le DIW estime que le revenu annuel des travailleurs baisserait de 1 600 euros par an.

Même si l’AfD n’a rien à envier au FDP en matière d’allègements fiscaux accordés aux entreprises, des voix s’élèvent régulièrement au sein de divers conseils de surveillance et associations patronales pour dénoncer l’AfD comme la plus grande menace pour la démocratie. Ce qui est frappant ici, c’est que le cœur de la critique, qu’elle vienne du PDG de Mercedes, Ola Källenius, ou du président de la Confédération des associations patronales allemandes (BDA), porte sur le fait que l’économie souffrirait de la disparition de la main-d’œuvre qualifiée étrangère ou du marché européen. Il ne s’agit donc pas d’une critique de l’idéologie de ce parti qui méprise l’humain, mais de satisfaire les besoins en main-d’œuvre bon marché venue de l’étranger et de garantir les profits des secteurs du capital allemand orientés vers l’exportation.

Même si la CDU reste le parti privilégié par la majorité des grands groupes allemands, l’AfD a adapté son programme sur des points centraux, tels que la question de l’immigration ou celle de l’UE, aux besoins du capital allemand et de ses monopoles. Elle publiera en 2027 un nouveau programme politique qui cherchera à se rapprocher encore davantage des monopoles.

La vérité est donc également que le mur de séparation entre le monde politique et celui de l’économie ne cesse d’être remis en question. Dernièrement, l’ancien PDG de Siemens, Joe Kaeser, a appelé la CDU à rompre avec son partenaire de coalition, le SPD, ce qui nécessiterait une collaboration entre l’AfD et la CDU pour obtenir une majorité au Parlement. Face aux contradictions inter-impérialistes croissantes et au défi qui en découle – celui de rallier les masses laborieuses aux intérêts du capital allemand par le biais du nationalisme et de la division de la société –, l’AfD est en passe de devenir de plus en plus un candidat à prendre en compte, aux yeux du capital.

Tous ensemble contre l’AfD ?

Il va de soi qu’on ne peut rester indifférent à la question de savoir quel parti gouverne. Tout gouvernement dans lequel l’AfD trouverait sa place signifierait des attaques encore plus larges contre les droits démocratiques, l’organisation syndicale ou encore l’éducation et la santé.

Dans le même temps, il ne faut pas oublier dans quel contexte et dans quelles conditions l’AfD a pu se développer. Alors qu’actuellement, en réponse aux appels du capital allemand à se préparer à la guerre et à assurer la maximisation de ses profits, tous les partis se retrouvent tous à soutenir l’armement massivement, à s’attaquer à l’âge de la retraite ou à réduire massivement les dépenses sociales, il faut se poser la question : en quoi la politique du gouvernement actuel diffère-t-elle du programme de l’AfD ? Là encore, on invoque à chaque occasion le « nous » national et on propage le mensonge sur une prospérité pour tous grâce à une « économie allemande forte » – notons bien que les groupes du DAX (équivalent du Cac 40) ont réalisé un bénéfice record au premier trimestre 2026 tout en supprimant 31 000 emplois. Lorsque le Parti de gauche en Saxe-Anhalt envisage une collaboration avec la CDU pour empêcher l’AfD d’entrer au gouvernement, lorsque Campact voit la solution dans le fait de faire campagne pour le SPD et les Verts, on crée un faux « nous » opposé à « eux ». Sommes-nous dépendants d’une CDU à peine moins raciste ? Le SPD, qui cherche actuellement à vider de sa substance la journée de travail de 8 heures, est-il notre salut ? Au contraire : ce sont eux les incendiaires, sur les cendres desquels l’AfD a pu se renforcer ; ils font eux-mêmes partie de l’élite pour laquelle ils font de la politique.

L’énorme potentiel que le mouvement antifasciste en Allemagne est capable de mobiliser pourra mettre des bâtons dans les roues de l’AfD et du virage à droite, s’il parvient à prendre ses distances vis-à-vis des autres partis bourgeois. Ce n’est que lorsque nous saurons lier la lutte antifasciste à la lutte pour de meilleures conditions de travail et de vie, pour davantage de droits démocratiques et contre la guerre, que les véritables camps dans lesquels « nous » et « eux » se trouvent, se dessineront.

  • Compact est une revue d’extrême droite, qui soutient l’Afd. Interdit en juillet 2024, pour ses positions extrémistes, nationalistes ethnicistes, anti-minorités…, il peut reparaître en juin 2025, suite à la décision du Tribunal administratif de Leipzig, au nom de la liberté d’expression. Il tire à 40 000 exemplaires.