Canicule : Face à la dégradation des conditions de travail, le patronat a préféré anticiper 08 septembre 2026
La canicule et les incendies ont tenu la Une de l’actualité pendant de longues semaines.
Beaucoup de reportages, de commentaires, d’analyses… sur les conséquences du réchauffement climatique que ne peut plus nier le plus obtus des « climatosceptiques ». Néanmoins, comment les travailleurs-euses sous cette canicule ont fait face à cette aggravation sans précédent de leurs conditions de travail est resté l’angle mort de cette actualité.
Certes, il y a eu quelques reportages sur les ouvriers du bâtiment où du BTP particulièrement exposés mais sous l’angle de « l’adaptation ». En écho en quelque sorte à ce que le ministre du travail JeanPierre Farandou a proposé aux syndicats : se rendre en Espagne pour « un voyage d’étude et observer les mesures d’adaptation prises face au dérèglement climatique » ?!
Cette « adaptation », notamment dans le bâtiment, un certain nombre de patrons l’ont anticipé. Comme l’a dit un syndicaliste : « ils ont (eu) peur de la catastrophe, c’est-à-dire qu’un salarié décède sur le chantier à cause des fortes chaleurs ». La catastrophe n’a pas pour autant été évitée, vu qu’au moins trois ouvriers sont morts du fait de leurs conditions de travail sous ces températures très élevées.
Frédéric Mau, secrétaire général de la fédération CGT des salariés de la construction explique dans le journal L’Humanité : « La question posée est celle de la limite physiologique de nos corps. Sur un chantier, quand il fait 41 °C à l’ombre, le ressenti est de 55 °C sous le soleil, voire de 75 °C sur les routes ».
La chaleur est un fait.
Travailler sous ces températures, c’est faire fi de cette limite physiologique pour une exploitation maximum de la force de travail. Dans le BTP, l’enrobé tient mieux quand il fait très chaud que quand il pleut !
Dans le bâtiment, c’est quand les températures sont à la baisse que les patrons ont plus facilement recours aux dispositions du « chômage intempéries ». Difficile de couler le béton quand il fait trop froid.
Quelques préfets (moins d’une dizaine) ont malgré tout pris des arrêtés (ce qui est de leur prérogative) pour stopper des chantiers.
Mais de façon spécifique, en fonction des départements et pas sur toutes les villes, alors que la canicule a été largement partagée.
De façon plus abrupte, avec là de lourdes conséquences pour les salariés, le 10 juillet, les plates-formes de livraison (Uber Eats, Deliveroo, Stuart…) ont annoncé qu’elles faisaient cesser les livraisons entre 14h et 18h dans les départements en alerte rouge… mais sans préciser que cette interruption des livraisons seraient supportée pécuniairement par les livreurs eux-mêmes – travailleurs à la tâche s’il en est ! – et sans avancer la moindre mesure de compensation.
Côté réglementation en matière du droit du travail, la prise en compte de cette « limite physiologique », notamment lors de fortes chaleurs, est de l’ordre de la recommandation vis-à-vis des patrons et donc immanquablement soumis à discussion et à interprétation. Il n’existe pas de température limite. S’il existe le fameux « droit de retrait » en cas de « danger grave et imminent », celui-ci n’est pas facile à manier, reste d’ordre individuel et est aussi bien souvent source de contestation de la part du patron.
Mais la réalité de la canicule étant incontestable et largement commentée avec les mégafeux qui l’ont accompagnée, le patronat de manière générale, plutôt que d’être confronté à des mobilisations avec revendications, a préféré composer et notamment accepter l’aménagement des horaires de travail. Reste aussi que, dans nombre d’entreprises, les patrons se sont contentés de mesures minimalistes, la pression patronale le permettant. Et que dire des services publics déjà exsangues en matière d’effectifs et que les travailleurseuses dans des conditions encore plus exécrables, ont continué à faire fonctionner ?
Ceci dit, une embauche très matinale, lors de telles canicules, oblige à se lever aux aurores (rares sont les travailleurs-euses qui habitent à côté de leur lieu de travail) alors que les nuits ont été très chaudes dans des habitations qui, pour beaucoup, sont de véritables « bouilloires thermiques ».
Sans compter avec les transports en commun quasiment sans aucune ou presque de climatisation.
Avec ces périodes de canicule, les limites physiologiques de la grande majorité des salarié-es ont été sérieusement mises à l’épreuve, du fait des conditions de travail mais aussi des conditions de vie dans cette société capitaliste broyeuse de vies. ★
