Parti Communiste des Ouvriers de France

Mayotte : Surenchère réactionnaire contre les migrants
08 septembre 2026

A quelques mois des élections présidentielles, ce petit département «  français  », le plus pauvre de la République, fait l’objet de toutes les attentions. Mayotte, c’est cette île de l’océan Indien, laboratoire des politiques anti-immigration clandestine musclée et du « droit du sang » contre le « droit du sol », les enfants nés d’un parent migrant en situation irrégulière ne pouvant prétendre à la nationalité française.

Mayotte, c’est aussi quelque 93  000 électeurs dont les partis de droite et d’extrême droite se disputent âprement les voix. Rappelons que M. Le Pen avait obtenu 59 % des voix au 2 e tour de l’élection présidentielle de 2022 sur l’île. D’où le défilé des ministres et des futurs candidats à l’investiture présidentielle.

C’est Edouard Philippe qui a ouvert la tournée en se rendant sur l’île, le 21 août. Comme avant lui Marine Le Pen, qui s’y était rendue au lendemain du cyclone, il a notamment promis de « fermer les vannes de l’immigration  » qui «  déstabilise tout le fonctionnement des services publics » , et fait de la maîtrise migratoire le préalable à la reconstruction du territoire. Et comme tous ses concurrents à droite et à l’extrême droite, la première « solution » c’est de renforcer la répression à l’encontre des migrants illégaux.

Quelques jours plus tard, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, lui a emboîté le pas, accompagné de six ministres, dont ceux de la Défense et de l’Intérieur et en présence de l’état-major de la lutte contre l’immigration clandestine.

Ce voyage visait à faire un bilan complet un an après le lancement du plan quinquennal stratégique pour l’archipel, dans le cadre de la loi de refondation de Mayotte, à la suite du cyclone Chido.

Dans ce bilan, il a beaucoup été question de lutte contre l’immigration clandestine et le trafic de drogue, en pleine progression, et des moyens en hommes et en matériel pour y faire face. Lecornu a ainsi annoncé une «  militarisation accrue  » de la zone  : déploiement de drones pour mieux anticiper les départs des migrants, installation de ballons en altitude équipés de moyens de détection, augmentation du nombre de bateaux d’interception, renforcement des effectifs militaires dans toute la zone sud et nord de l’océan Indien… Des moyens fournis par les hautes technologies et inscrits budgétairement dans la loi de programmation militaire pour supprimer « les angles morts » dans la surveillance du territoire en reprenant l’objectif d’un « rideau de fer » autour de Mayotte comme promis par Gérald Darmanin en  2024 lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. La France entend aussi conditionner le versement de son aide publique au développement à une meilleure coopération dans la lutte contre l’immigration clandestine sur l’archipel. Sept pays africains sont concernés.

Par contre, il a été très peu question de «  reconstruction  » tant celle-ci tarde à venir : communes à l’os financièrement, entreprises en attente du règlement des travaux réalisés après la crise, écoles toujours en attente de réhabilitation, hôpital saturé, coupures d’eau quotidiennes, montagnes de déchets non traités… Au-delà des dégâts directement provoqués par Chido, la catastrophe a mis en lumière et aggravé les difficultés structurelles auxquelles le territoire était déjà confronté, notamment en matière de logement, d’accès à l’eau, d’éducation, de santé et de transports. Lecornu a reconnu des «  difficultés persistantes  » dans ces différents domaines.

La réponse des Mahorais au mépris du gouvernement face à leurs conditions de vie et de travail ne s’est pas fait attendre.

Début septembre, environ 60 agents de l’Agence régionale de santé continuaient une grève lancée une semaine plus tôt pour plus d’équité au sein de l’ARS et davantage de transparence dans la gestion de l’agence, malgré les quelques avancées obtenues lors des négociations avec le directeur général.

Mais c’est dans l’éducation que les difficultés sont les plus criantes.

Alors que le corps enseignant se dévoue corps et âme pour tenter d’assurer une éducation de qualité à tous les enfants, quel que soit le statut de leurs parents, le lycée du Nord d’Acoua s’est vu imposer 125 élèves supplémentaires sans moyens suffisants en personnel enseignant et en locaux pour les accueillir, ce qui porterait le nombre d’élèves à 2 300 alors qu’il était conçu au départ pour 900 élèves  ! Une situation inacceptable pour les enseignants qui se sont mis en grève générale et illimitée le 1 er septembre, pour dénoncer la surcharge des effectifs qui met en danger la sécurité et l’avenir des élèves. ★