Les premières leçons des manifestations du 24 octobre 27 octobre 2026
Les mobilisations du 24 ont été partout d’un niveau au moins aussi élevé que les manifestations précédentes. La dénonciation de la vie chère, et de façon générale la mobilisation sociale des travailleurs et des organisations syndicales, et des courants qui se réclament de la révolte des Gilets Jaunes, sont venues s’ajouter à la mobilisation des jeunes lycéens et lycéennes, des étudiants et étudiantes. La dénonciation de la répression policière faisant le trait d’union entre les manifestants.
Les mobilisations du 17 avaient été marquées par l’extrême violence de la répression policière et par des scènes de pillages de magasins et des destructions de bâtiments. De Macron aux différents ministres – le Premier ministre et celui de l’Intérieur – les mobilisations des lycéens et de ceux qui les soutiennent sont devenues des « violences urbaines », les manifestants des casseurs, les organisations syndicales et politiques qui ont appelé aux manifestations, des soutiens aux casseurs, voire des « factieux » qui ont voulu renverser la République. Il n’était plus question des revendications, mais de la chasse aux casseurs et aux voleurs.
Au soir du 17 octobre, Macron s’est arrogé le droit d’interdire les manifestations et chargeait les préfets de la mise en œuvre de ces interdictions, sur le terrain, avec des moyens de répression plus importants en nombre, en capacité d’infliger des blessures, de disperser les foules, de contrôler les personnes… L’usage des LBD et des grenades de tous types a été encore une fois justifié, en dépit du nombre de blessés à la hausse, l’armée a commencé à être associée au maintien « de l’ordre », à travers le dispositif « sentinelle » et le RAID, le GIGN, étaient déployés. Le ministre de l’Intérieur a conseillé aux commerçants de faire appel à des sociétés privées de protection, ce que l’extrême droite a traduit par l’appel à la légitime défense que des groupes violents n’ont pas tardé à vouloir assurer.
C’est dans ce contexte que se sont tenues les manifestations du 24 octobre. Interdites dans de nombreuses villes, souvent violemment gazées et dispersées, elles n’ont pas empêché des dizaines de milliers de manifestants de descendre dans la rue – on avance le chiffre de 800 000 au total.
Comme il y a eu peu de « casseurs » s’en prenant à des magasins, les autorités politiques et policières ont prétendu avoir assuré l’ordre et la sécurité. Dans de nombreuses villes, les manifestations ont pu se dérouler sans incidents. Mais dans beaucoup de villes, la répression policière a été encore plus forte que le 17, car il y avait plus de policiers, de gendarmes, en civils et en tenues, plus de gros moyens de répression, plus de zones interdites… De plus, les groupes violents d’extrême droite ont attaqué des cortèges dans une quinzaine de villes, sans que la police n’intervienne. Des photographes ont documenté les scènes de collusion entre l’extrême droite et policiers.
Paris a été le terrain d’une tentative de division de grande ampleur, avec la remise en cause, après la signature avec les organisations syndicales du protocole sur le trajet, de ce dernier. L’objectif, faire peur, désorganiser au maximum les dispositifs prévus par les syndicats et surtout, essayer de faire voler l’unité de l’intersyndicale. L’échec de cette basse manœuvre est total : ensemble, les organisations ont dénoncé le coup de force et ensemble, elles ont appelé à rejoindre le trajet « autorisé ». Et ce sont des dizaines et des dizaines de milliers qui se sont rendus en manif, au lieu de départ de la manifestation.
La fascisation, en tant que phénomène touchant à l’Etat, a fait des pas importants ces dernières semaines. Elle se traduit par à la remise en cause par l’Etat de droits démocratiques, en premier lieu celui de manifester, la mise en œuvre de moyens de contrôle et de répression accrus, l’impunité pour les violences policières…
Mais ce qu’il faut aussi retenir et valoriser, c’est la façon dont les manifestants, jeunes et moins jeunes, les organisations de lutte, ont fait face. L’unité populaire autour de la jeunesse lycéenne et étudiante mobilisée tient bon : le soutien de cette jeunesse au combat des travailleurs, des masses populaires, contre la vie chère, pour l’augmentation des salaires, pour la défense des services publics… est renforcé : la mobilisation pour la défense du droit à manifester, à résister, à dénoncer l’Etat policier est de plus en plus partagée.
Le pouvoir est obligé de reconnaître la justesse et la légitimité du combat engagé par les lycéens et lycéennes. Il a commencé à reculer sur plusieurs questions qui sont au cœur de la mobilisation lycéenne, même s’il renvoie leur concrétisation à 2027. « On prend », mais on n’oublie pas que ce pouvoir ne connaît que le rapport de force, et que ce rapport de force se construit par l’action collective.
Rendez-vous est donné au 5 novembre, avec grève et manifestations interprofessionnelles, à l’appel de l’intersyndicale.
Aude
A Carcassonne, suite à la manif du 17 et aux retours positifs, l’UL CGT a organisé avec Extension Rébellion (XR) une réunion unitaire le mardi soir pour parler de la suite. Dans la dynamique unitaire de la marche du Climat du 26 septembre, qui a été élargie, se sont retrouvés à la Bourse : des associations, Gilets Jaunes, lycéens et syndicats. Cette rencontre a été très positive et s’est conclue sur une grande unité revendicative avec en priorité le soutien à la jeunesse et à ses revendications, puis la dénonciation de la répression, de l’inaction climatique et de la vie chère. Une déclaration conjointe a donc été déposée pour la manif de samedi 24 avec visuel commun, organisation des prises de paroles, atelier banderole et pancarte à la Bourse.
De ce fait, et du fait de l’absence de « casse » le samedi 17, la manifestation n’a pas été interdite et l’unité n’a pas été brisée. La manifestation a été un succès, avec près de 1300 personnes, quasiment autant que pour le 17, avec toujours une diversité de participant.es. La prise de parole des lycéens a ouvert le rassemblement, avec des revendications très claires (fin de Parcoursup, le bâti scolaire, le rythme scolaire, les profs …). Les jeunes étaient en tête de cortège avec une banderole « Des moyens pour la jeunesse » à côté d’une banderole des GJ « fin du mois, fin du monde, même combat ». Fierté Carcassonne a animé un bout du cortège avec de la musique. Quelques slogans, dont « So-so-so Solidarité avec la jeunesse mobilisée ».
Aucune « casse » et aucune interpellation pendant la manif. Seule la police nationale était présente, et plutôt dédiée à bloquer les accès à l’intérieur du centre-ville commerçant. L’appel a déjà été donné pour samedi prochain, même lieu, même heure, au début et à la fin de la manifestation, avec la grève du 5 novembre annoncée aussi en ligne de mire.




A Narbonne en l’absence de déclaration et d’organisation, il n’y a eu aucune manifestation. La préfecture avait interdit tout rassemblements aux péages, étendu ensuite au centre-ville. Il y a eu quelques interpellations de personnes essayant de se mobiliser.
A Perpignan et Montpellier, malgré les interdictions de manifester, des manifestations ont pu se tenir, mais avec une affluence du coup limitée.
Le 24 octobre à Tours
Grosse manif de 5500 participant.es malgré l’interdiction de manifester sur toute la ville et l’appel qui avait été lancé par beaucoup d’organisations de gauche et syndicats d’aller à Orléans contre la tenue du congrès du RN. Il restait à Tours au niveau des organisations syndicales quelques drapeaux de Solidaires et de la Confédération Paysanne.
Aux motivations liées à la vie chère, et aux revendications de la jeunesse, s’ajoutait une grande colère face à l’interdiction de manifester. Suite aux débordements de la semaine dernière la préfecture a interdit la manifestation dans toute la ville, y compris jusqu’à Tours Nord et St Pierre des Corps. Du jamais vu ! Comme les appels étaient lancés dans des endroits variés, il a voulu se couvrir en interdisant tout. Le référé demandé pour revenir sur ces interdictions lancées le vendredi après-midi n’a rien donné car trop tardif pour que les juges puissent statuer.
On sentait en venant à la manifestation qu’on passait dans une autre étape. Cette situation a fait qu’aux côtés de la jeunesse plutôt estudiantine, qui formait le gros des troupes, se trouvaient des militant.es plus âgé.es estomaqué.es de voir cette dérive antidémocratique. Des panneaux s’en faisaient l’écho. « Qui sème la misère, récolte la colère » ou « Quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet mais ce n’est pas pour prendre de ses nouvelles ».
Donc environ 5500 manifestants se sont retrouvés d’abord place Jean-Jaurès après un moment d’interrogation et de face à face avec les policiers qui bouchaient les rues adjacentes une bonne partie a déambulé dans les rues de la ville pacifiquement mais en se faisant gazer dès que le cortège s’approchait de la rue nationale (une grande rue commerçante). La solidarité était organisée pour soigner avec du sérum physiologique ceux ou celles qui recevaient les lacrymos. C’était une manifestation solidaire face à la répression. Quelques personnes ont demandé le journal La Forge. L’autocollant Capitalisme broyeur de vie, ce système on n’en veut pas on le combat signé du PCOF est bien apprécié. Les mots d’ordre contre le système capitaliste ne sont pas très nombreux dans la manif ; ce qui est dénoncé c’est l’État en soi, la police ou le fascisme.
A la fin de la manif des militants d’extrême droite sont venus chercher à en découdre avec les manifestants. Ils n’ont pas été arrêtés par la police.
Le mouvement n’est pas près de s’arrêter ; on est passé des revendications dans les lycées à celle de l’éducation puis des services publics, contre la vie chère et maintenant de défendre la démocratie à travers le droit théoriquement garanti par la constitution bourgeoise de manifester. On a pu se rendre compte concrètement que la bourgeoisie s’assoit sur les droits les plus élémentaires quand ses intérêts sont menacés.



Paris : plus de 200 000 manifestants, malgré le changement de parcours de dernière minute
Au soir de la manifestation parisienne du 24 octobre, la préfecture a déclaré que 110 000 manifestants ont foulé le pavé parisien de la Porte d’Italie jusqu’à Porte de Vincennes. Le même chiffre qu’elle avait donné pour celui de la manifestation du 17 octobre, alors que pour ce 24 octobre, elle a mis en place toute une stratégie pour dissuader les manifestants-tes de manifester.
Jusqu’à la dernière minute des milliers de manifestants se posaient encore la question d’où partait la manifestation, vu que la préfecture, suite à la déclaration d’E. Macron de décréter le principe d’interdiction de manifester, n’a pas hésité à revenir sur sa signature pour un parcours Bastille-Nation et de renvoyer le départ de la manif dans le sud de Paris.
Mais que cela tienne, les métros bondés de Bastille à Porte d’Italie, des milliers de manifestants étaient à l’heure pour le départ de la manif sur le parcours autorisé par la préfecture. Et ce sont plus de 200 000 manifestants-es qui se sont retrouvés sur les boulevards extérieurs, au milieu des rails des trams pour rejoindre la Porte de Vincennes, 5 km plus loin.
200 000 et plus dont une foule de jeunes lycéens et étudiants pour exiger des moyens pour étudier, en finir avec Parcoursup, contre la vie chère, pour défendre le droit de manifester et contre la répression policière. 200 000 et plus dans une ambiance chaleureuse et d’unité, au coude à coude.
Les forces de l’ordre se sont tenues à bonne distance du parcours et la manifestation est arrivée en bon ordre Porte de Vincennes.
Pas mal de discussions dans les rangs autour du drapeau du Parti tout particulièrement avec les jeunes pour savoir ce qui nous distinguait du Pcf, sur mai 1968 et sur la suite du mouvement. Le grand rendez-vous du 5 novembre fixé par toutes les organisations syndicales est dans les têtes avec l’idée qu’ils et elles doivent aussi convaincre leurs parents d’en être.











Toulouse : en soutien aux lycéens et contre la vie chère
Comme pour la manifestation du 17 octobre une marée humaine (80 000 selon la CGT) a déferlé sur la ville avec un nombre de pancartes encore très important, chose nouvelle dans ces proportions, mais qui témoigne du degré d’engagement de ces jeunes et qu’il faut saluer. Le parcours avait été modifié par la préfecture en accord avec l’intersyndicale pour passer le long du canal du midi et terminer à St Cyprien. Les annonces de renforts de l’armée, BRI, GIGN, s’ils ont semé des inquiétudes n’ont pas dissuadé les manifestants dont certains brandissaient une pancarte : « j’ai peur, mais je suis là !». Cette campagne médiatique mettant au premier plan la question de la violence et les annonces de dispositifs de répression supplémentaires avait pour objectif de faire peur et dissuader notamment les jeunes particulièrement ciblés par les forces de l’ordre. Les témoignages des victimes, des jeunes, qui étaient pacifiques qui ont été matraqués ou blessés certains grièvement sont là pour en attester.
Dévier le débat vers la violence n’a d’autre objectif que d’empêcher la réponse aux justes revendications soutenues très largement dans l’opinion publique. Aux côtés des lycéens des parents, syndiqués ou pas. Des syndicalistes avec drapeaux et chasubles, plusieurs travailleurs CGT Airbus se sont retrouvés dans la manif. Ils ont tenu à être présents, car ils subissent l’augmentation du coût de la vie et du carburant qui les mettent en difficulté.
Des parents présents, peuvent mesurer les conséquences de la réforme Blanquer qui a cassé le système scolaire par filières et cabossé, voire gravement endommagé, le parcours scolaire de leurs enfants. Une mère de famille témoigne : « Ma fille a vu sa scolarité cassée : après avoir choisi option maths, elle a dû renoncer, 5 profs de maths différents se sont succédé dans l’année, elle a perdu pied ». Un constat d’échec dans son parcours qui l’a conduite à choisir une autre option de secours qui n’aboutira pas à lui offrir une perspective d’avenir. A cela s’ajoute les trous dans le planning de 2h certains jours, un temps pour la cantine réduit à 30 mn pour cause de plannings complètement démantelés, une surcharge du nombre d’élèves 1800 pour un lycée prévu pour 1500 ! Face à ce dernier point le rectorat répond : « il y a une décroissance démographique ! » Ce qui sous-entend que durant des années à venir la surcharge restera ! Parcoursup est aussi décrié par les parents car de l’après bac à l’après licence, l’obtention des filières souhaitées est largement mise à mal, voire anéanti, poussant certains parents à orienter leur enfant vers le privé en se saignant pour payer ! Une retraitée elle aussi témoigne : « malgré un très large dépassement du nombre de trimestres requis (197 trimestres !), je ne touche que 1400 euros ! Pour le loyer, seulement, je débourse 650 euros ! De plus on me menace de m’obliger à quitter ce logement ! Après les autres charges il ne me reste pas grand-chose. Je suis très en colère et je viens soutenir le mouvement ».
Le slogan « les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère, les femmes dans le précaire, cette société on n’en veut pas ! On la combat ! » Prend tout son sens.
La manifestation s’est déroulée sans heurts jusqu’à St-Cyprien, où un déploiement d’engins de répression était installé. Des affrontements violents se sont déroulés plus loin aux Arènes. Un jeune a perdu sa main. Pourtant, les pouvoirs publics sont très fiers d’annoncer que tout s’est bien passé grâce au dispositif passant sous silence cette grave blessure avec des armes de guerre !
Continuons à soutenir les lycéens pour les aider à obtenir des réponses et solutions à leurs revendications, à dénoncer la répression et protester contre la vie chère qui pèse sur les larges masses de la population…






