Parti Communiste des Ouvriers de France

Bordeaux / Angoulême : un week-end de mobilisations en soutien au peuple kanak
13 mai 2025

Dans le cadre de l’Expo Banksy qui se tient du 3 au 18 mai à Bordeaux, le Collectif girondin de solidarité avec le peuple kanak a pu organiser, le 8 mai, une conférence-débat avec Benoît Trépied, auteur du livre « DECOLONISER LA KANAKY-NOUVELLE-CALEDONIE » (Editions Anacharsis).

Une cinquantaine de personnes ont assisté à la conférence mais grâce à une excellente sono, de très nombreuses personnes ont pu suivre les propos du conférencier dans d’autres espaces de l’exposition. Pendant deux heures, il a expliqué la situation créée par le 3e référendum imposé par l’Etat colonial, le refus des Kanak d’y participer et le sentiment de défiance vis-à-vis du gouvernement qui a ouvertement pris partie pour la droite anti-indépendantiste de Nouvelle-Calédonie, les mobilisations contre le dégel du corps électoral, les émeutes du 13 mai, la répression qui s’en est suivie et la déportation en France des responsables de la CCAT. Les questions ont porté sur le corps électoral, sur la constitution et la constitutionnalité des différentes positions, sur les différences de citoyenneté française et calédonienne en vigueur, sur les avenirs possibles, etc.

La vente de livres n’étant pas possible dans le cadre de l’Expo Banksy, rendez-vous a été donné pour terminer l’après-midi à la librairie « Les 400 coups » au centre de Bordeaux pour des discussions à bâtons rompus et une séance de dédicace du livre de Benoît Trépied qui est une synthèse à la fois historique, anthropologique, économique et politique sur la Kanaky et la lutte du peuple kanak (historiques, anthropologiques, économiques, etc.).

Le 9 mai, Benoît Trépied était attendu à Angoulême par l’Association La Maison de la paix et des Peuples (MPP) pour animer un débat sur la Kanaky. Plus d’une cinquantaine de personnes de différentes générations mais surtout des jeunes ont découvert pour certains, approfondi pour d’autres, la question coloniale de plus en plus prégnante en France : Kanaky mais aussi Algérie, Palestine et sionisme, Groenland et Trump, etc. Une librairie locale assurait la vente-dédicace du livre de Benoît Trépied.

Enfin, le dimanche 10 mai avait lieu, à l’appel d’un collectif d’opposants citoyens, une manif-rassemblement dans la petite commune de Parempuyre, voisine de Blanquefort, métropole bordelaise contre le projet EMME (Electro Mobility Materials Europe) de production industrielle de batteries électriques, site SEVESO haut, dont le porteur n’est autre qu’un ancien dirigeant de l’usine de nickel en Province sud de Nouvelle-Calédonie !

La mobilisation populaire n’a fait que monter depuis la découverte presque par hasard du projet par quelques habitants, qui ont déclenché le réveil puis le sursaut de nombreux autres : réunions publiques, pétition qui a rapidement atteint les 21 000 signatures pour une commune d’à peine 4 000 habitants, montée aux ministères notamment Bercy pour connaître l’engagement financier de l’Etat dans la construction de l’usine, etc. Pour une première manifestation, le collectif a réuni plus d’une centaine d’habitants concernés et de soutiens : « Si j’avais su qu’il y aurait une usine comme cela 35 ans après avoir acheté, je n’aurais pas pris ce terrain-là, j’aurais habité ailleurs », s’insurge un habitant ; « Je suis inquiet pour ma santé, mais aussi pour le bruit. »

Le projet EMME c’est une usine de conversion de nickel et de cobalt pour la fabrication de batteries électriques tout près des berges de la Garonne, en zone inondable, non constructible, zone humide classée Natura2000. « C’est un danger majeur d’implanter une usine avec des produits nuisibles et très toxiques dans une zone inondable », explique Mathieu du Collectif du bois vert au journaliste de Sud-Ouest. « C’est une zone protégée qui est Natura 2000. Tous les indicateurs viennent dire que c’est une zone qui ne doit pas être artificialisée. D’ailleurs, ici personne n’a le droit de construire quoi que ce soit sur des zones inondables. Sous prétexte qu’il s’agirait d’un projet de transition écologique, et d’un projet industriel majeur, il y aurait la possibilité de détourner ces lois qui sont fondamentales. »

Cerise sur le gâteau, ce projet se situe à vol d’oiseau à 800 m de la rive droite de la Gironde, où il y a déjà 12 sites SEVESO hauts sur les communes de Bassens, Ambès et Ambarès (Michelin, Yara engrais, Cerxagri, Sanofi, groupe Avril : Lesieur et SAIPOL, Invivo, DPA Total, Foresa, SEA INVEST-SEA TANK, SIAP/Prociner, GPMB). Plusieurs d’entre eux ont déjà connu de sérieux accidents avec blessés ou décès d’ouvriers ces quinze dernières années.

EMME est un projet français et européen, mais pas un projet d’avenir pour la Kanaky. Débutée fin mars, la phase de concertation devrait s’achever le 20 mai prochain. Si elle aboutit, la mise en service de l’usine pourrait avoir lieu en 2028. Selon le porteur du projet EMME, qui fait miroiter quelque 200 emplois, l’unité pourra alors convertir 20 000 tonnes de nickel et 1 000 tonnes de cobalt par an, ce qui en ferait l’un des premiers sites spécialisés dans les applications batteries en Europe et en France. Un projet en contradiction avec la volonté du peuple kanak de transformer le nickel sur place et pas seulement d’exporter du minerai.

Mais la bataille se mène aussi sur le terrain syndical, la CGT Port Autonome de Bordeaux apportant son soutien au projet EMME au nom de la défense de l’emploi.

Notre parti a tenu une table aux côtés des autres associations et partis présents (1) avec son journal, la brochure sur la Kanaky et une pancarte « NON A LA SPOLIATION DES RICHESSES EN NICKEL DU PEUPLE KANAK », qui a été bien accueillie et a suscité la discussion, plusieurs habitants cherchant le lien avec le projet. Echanges également fructueux avec les organisateurs, dont plusieurs responsables ont pris La Forge.

1. Des conseillers EELV de la région étaient présents ainsi que les organisations ATTAC33, Extension Rebellion et PG33.