Parti Communiste des Ouvriers de France

Brandt : Les travailleurs doivent se battre pour leurs intérêts
13 janvier 2026

Le 11 décembre 2025, en rejetant le projet de reprise en SCOP, le Tribunal des Activités Economiques de Nanterre a prononcé la liquidation judiciaire de Brandt France, dernier fabricant français de gros appareils électroménagers.

Après avoir été repris par un groupe israélien (Elco) en 2002 et racheté par le groupe espagnol Fagor en 2005, mis en redressement judiciaire en 2013, c’est le conglomérat CEVITAL qui reprend en 2014 les activités françaises de Fagor-Brandt avec les aides publiques de l’Etat.

Brandt France comprend deux sites de production de gros-électroménager (fours, cuisinières, induction…) à Saint-Jean-de-la-Ruelle (45) et Vendôme (41) avec 443 salariés, le siège social se trouve à RueilMalmaison (92) et emploie moins de 200 salariés. L’acquisition de Brandt par CEVITAL permet au conglomérat de créer l’usine de Sétif en Algérie, propriété de Brandt Algérie. Brandt France réalisait un chiffre d’affaires de 260 millions d’euros dans un marché français de 9,6 milliards d’euros et de 200 milliards en Europe. Une goutte d’eau face aux grands groupes dominant le marché, notamment le chinois HAIER. C’est dans ce contexte qu’après des résultats déficitaires, CEVITAL informe les élus du personnel début 2025 de la recherche de partenaires financiers. Paralysés par « le dialogue social », les organisations syndicales ont travaillé à la recherche d’un repreneur après l’annonce du redressement judiciaire.

L’offre de reprise en SCOP construite en quelques jours par les pouvoirs publics et le groupe Revive redonne quelque espoir à des salariés spectateurs qui attendent encore que soit sauvé une partie des emplois, mais cette solution est rejetée par le tribunal.

Le 2 décembre, les manifestants mobilisés contre le budget Lecornu, avec à leur tête des salariés de BOSCH (1), invitent les salariés de Brandt à les rejoindre ou à occuper l’usine contre les licenciements et pour faire payer le groupe CEVITAL. Les médias, le gouvernement et les élus politiques n’ont jamais évoqué la responsabilité du groupe CEVITAL mais accusent les banques trop frileuses, le «  coût du travail  » en France et la concurrence des monopoles chinois. Or, le 25 octobre 2025, peu de temps après la mise en redressement judiciaire, CEVITAL annonçait la conclusion d’un accord de partenariat industriel, signé le 9 juillet, avec le fabricant chinois d’électroménager HAIER pour la fabrication d’équipements électroménagers dans son usine de Sétif… Du journal La Tribune , aux élus politiques locaux en passant par le ministère de l’industrie, tous ont dédouané le groupe CEVITAL de sa responsabilité dans la liquidation de Brandt alors que les monopoles du secteur s’organisaient sur le dos des travailleurs de Brandt en concentrant leurs productions pour mieux exploiter les travailleurs à Sétif et en Chine, pour plus de profit. La duplicité de CEVITAL, des pouvoirs publics et des élus politiques locaux est totale pour en arriver à un «  plan Grand Licenciement » avec des indemnités minimales qui laissent les travailleurs sans emploi et sans qu’ils aient pu au moins arracher une « supra-légale » à leur patron.

Le capitalisme a broyé leurs vies, les salariés licenciés témoignent depuis des mois de leur souffrance et de leurs craintes de ne pas pouvoir faire vivre leur famille. La manifestation aux flambeaux organisée à Orléans par la CGT pour mobiliser les salariés après la liquidation s’est traduite par l’exigence sans réponse d’une table ronde pour sauver les marques Brandt et quelques emplois auprès de la Préfète de région, qui n’a même pas daigné recevoir les salariés et l’organisation syndicale.

Entre une usine de drones portée par le groupe Revive et le projet d’activité de Thomson derrière lequel se trouve le fonds d’investissement Alpha Blue Ocean (2), les pouvoirs publics veulent attirer des capitaux privés assurés d’un bon rendement pour financer la militarisation de l’économie.

Les intérêts du capital défendus par les pouvoirs publics au nom de la réindustrialisation du pays au service de la militarisation de l’économie ne sont pas ceux des travailleurs.

Les salariés de Brandt en payent aujourd’hui le prix. ★


1. Cf. La Forge n°677.
2. Ce fonds, basé aux Bahamas, a financé Europlasma dans l’acquisition de la Fonderie de Bretagne et des Forges de Tarbes pour la production d’obus.