Burkina Faso L’UGEB suspendue, son secrétaire général arrêté 10 juin 2026
Un décret signé le 26 mars 2026 a suspendu l’Union générale des étudiants du Burkina Faso pour trois mois renouvelables. Elle est accusée d’ «apologie du terrorisme ».
Bazo Wilfried, son secrétaire général actuel, et treize autres militants, dont nous restons aujourd’hui sans nouvelles, ont été arrêtés.
Ce que le pouvoir reproche à l’UGEB Cette accélération brutale de la répression à son encontre fait suite à un message de son comité exécutif publié le 19 mai 2026 à l’occasion du 36 e anniversaire de l’assassinat de DABO Boukary , le 19 mai 1990.
Ce message rappelle son enlèvement et la torture à mort dans le contexte des années 1990 où « les arrestations, détentions, tortures, courses poursuites, perquisitions illégales, menaces contre les familles de milliers de militants » étaient monnaie courante. Il dresse, en même temps, un long réquisitoire contre le délabrement de l’enseignement supérieur qui s’est poursuivi depuis :
insuffisance d’infrastructures, réduction des volumes horaires de cours et de stages, augmentation de plus de 300 % des frais d’inscription en licence et en master, baisse des aides étudiantes conduisant à la « clochardisation de l’étudiant burkinabè», économies drastiques sur le nombre et la qualité des repas servis dans les restaurants universitaires, attaques contre les franchises universitaires et les libertés académiques allant jusqu’à nier l’existence des organisations à caractère syndical sur les campus, crise sécuritaire qui rend quasiment inaccessibles certaines universités, comme celle de Dori ou de Yat, volonté de transformer les universités « en bastions de la pensée unique » et en camps d’embrigadement Y sont également évoquées les conditions de plus en plus difficiles des étudiants burkinabé à l’étranger, notamment en France, avec un coût très élevé du logement, des bourses insuffisantes, la suppression des APL pour les étudiants étrangers non boursiers, l’augmentation de 50 % des frais de renouvellement des visas, l’explosion des frais d’inscription… La déclaration de l’UGEB fait également le lien avec le contexte politique international et régional de cette année 2026. Elle évoque « la bataille féroce que se livrent les puissances impérialistes pour le repartage de la planète en zone d’influence, la conquête de nouvelles sphères de domination en vue de l’accaparement et le contrôle des matières premières et des débouchés », les guerres qui pèsent sur les peuples, la crise sécuritaire au Sahel, les attaques répétées, les massacres en masse des populations, les enlèvements et destructions d’infrastructures qui « viennent confirmer une fois de plus l’échec du putschisme, longtemps brandi comme solution dans la lutte contre le terrorisme ».
La dénonciation d’une situation nationale « préoccupante au double plan politique et socio-économique » « Malgré la réception de lots de matériels militaires pompeusement médiatisés, la persistance de la guerre civile réactionnaire est patente, avec une recrudescence des attaques terroristes aussi bien de par leur ampleur que leur intensité. Cela révèle au grand jour l’incapacité manifeste du MPSR II à rétablir la sécurité, près de quatre ans après sa prise du pouvoir, et contraste avec les premières déclarations de son chef, qui avait promis de mettre fin à la guerre en trois mois.
Pour faire avaler la pilule amère et masquer son échec patent à venir à bout de l’hydre terroriste, le pouvoir s’emploie délibérément à semer une confusion idéologique entre les concepts de putsch et de révolution, afin de détourner l’attention et la vigilance des masses.
Sur le plan des libertés, la situation actuelle comporte les mêmes traits caractéristiques que le contexte de 1990 […]. Des citoyens sont enlevés, séquestrés ; les uns sont emmenés au front, les autres gardés secrètement dans des lieux inconnus, des années durant, sans qu’ils n’aient la moindre occasion de comparaître devant un tribunal afin que l’on sache les faits qui leur sont reprochés. Au nom de la lutte contre le terrorisme, les libertés démocratiques, syndicales et politiques sont constamment violées.
L’adoption de la loi n°011 portant libertés d’association, ainsi que l’obligation faite aux associations de domicilier leur compte à la banque du Trésor, participent du projet du pouvoir de contrôler et s’approprier les moyens d’action des organisations démocratiques qui ont choisi de garder leur indépendance vis-à-vis de lui, afin de mieux les asphyxier.
C’est dans ce même registre que s’inscrit le refus de délivrance de récépissés de renouvellement à certaines organisations syndicales, parfois plus de trois années après leur demande.
Sur le plan social et économique, la situation se caractérise par une paupérisation croissante des populations, accablées par la misère, la famine, la vie chère et croupissant sous le poids de taxes et d’impôts injustes. […] » C’est à l’évidence ce passage sur la situation au Burkina qui a provoqué la réaction immédiate et très brutale du pouvoir. ★
