Parti Communiste des Ouvriers de France

Commission Alloncle: Haro sur l’audiovisuel public
08 mai 2026

La Commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, après plus de 5 mois d’auditions et de polémiques, a enfin rendu son rapport, écrit par son sulfureux rapporteur, Charles Alloncle, député UDR (formation d’extrême droite d’Éric Ciotti, allié du RN). La commission a été créée à la demande d’Eric Ciotti, pour donner une réponse à l’affaire suscitée par la publication d’une vidéo prise par un média d’extrême droite ( L’incorrect ) montrant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen en conversation avec des représentants du PS pendant la campagne de Rachida Dati aux élections municipales à Paris.

Rachida Dati, ex-ministre de la Culture, était porteuse d’un projet de fusion des différentes entités de l’audiovisuel public au sein d’une holding. La future candidate à la mairie de Paris s’est aussi distinguée à plusieurs reprises dans de violentes attaques contre le service public, remettant en cause son objectivité. Le projet a été retardé (puis définitivement enterré) suite à la dissolution de 2024 et aux chutes à répétition des différents premiers ministres.

Député jusqu’alors inconnu du grand public, Charles Alloncle profite de cet espace médiatique pour se faire un « nom » tout en menant une offensive implacable contre l’audiovisuel public, accusé de tous les maux :

gabegie financière, manque de pluralisme, opacité sur les dépenses, collusion avec la « gauche », etc. Le rapporteur, se prenant pour un nouveau McCarthy, a multiplié durant les auditions les incidents avec les personnes auditionnées mais aussi avec les autres membres de la commission d’enquête, y compris son président, le député Jérémy PatrierLeitus (Horizon, le parti d’Edouard Philippe). Il s’est aussi répandu sur les réseaux sociaux (notamment X, détenu par Elon Musk) pour porter des accusions, faire des montages vidéo des auditions (à son avantage) et même répandre des fake-news.

Une telle attitude, si éloignée des us et coutumes parlementaires, lui a valu un rappel à l’ordre de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet.

Faisant fi des critiques, bénéficiant du soutien de la sphère médiatique Bolloré, il a ferraillé contre l’animateur Nagui, l’ARCOM (organisme de régulation de l’audiovisuel, honni par l’extrême droite), Xavier Niel (propriétaire de Free), Mathieu Pigasse (propriétaire de Radio Nova et des Inrocks), Delphine Ernotte (présidente de France télévision), Sibyle Veil (directrice de Radio France), etc. L’une de ses cibles privilégiées : le groupe Mediawan, l’un des leaders européens de la production audiovisuelle et prestataire de programmes pour le groupe public France Télévisions. Sous couvert de dénoncer l’usage d’argent public pour rémunérer grassement des producteurs privés (ce qui est un fait), le rapporteur mène une guerre idéologique (avec des arrière-pensées économiques) pour le compte de son « maître », Vincent Bolloré. Il faut dire aussi que Mediawan est en partie détenu par Xavier Niel et Mathieu Pigasse, adversaires et concurrents de Vincent Bolloré. Ce dernier serait même intervenu directement dans les travaux de la commission. D’après le journal Le Monde , Lagardère News, propriété de l’empire Bolloré, aurait rédigé un certain nombre de questions à destination de députés pour certaines auditions. Une ingérence inédite !

Sans surprise, les préconisations du rapport (adopté in extremis par les membres de la commission) suggèrent une cure d’austérité sans précédent à France télévision (déjà touché par des plans d’économie) :

fusion de France 2 et France 5, France Info et France 24 deviendraient une seule chaîne, les chaînes France 4 et France TV Slash seraient elles simplement supprimées. Le rapport veut imposer aux salariés de l’audiovisuel public un devoir de neutralité qui s’étendrait au-delà de leur travail, jusque sur les réseaux sociaux. Le rapport propose également de remplacer les éditorialistes maison par des journalistes venus de la presse privée d’opinion. Il souhaite également la fin du système des animateurs-producteurs.

Au total les mesures proposées sont destinées à générer, selon Charles Alloncle, 1milliard d’économies. Il s’agit surtout d’affaiblir considérablement l’audiovisuel public et de fournir sur un plateau d’argent aux groupes privés davantage de parts de marché dans le domaine des jeux télévisés et du sport. Enfin il s’agit de préparer les esprits à une des mesures phares du RN pour la présidentielle : la privatisation complète de l’audiovisuel public. ★