« Contrat jeune » : la provocation du MEDEF 12 février 2026
Ces derniers mois, le MEDEF fait beaucoup parler de lui et intervient régulièrement dans le débat politique.
On a connu son coup de colère contre la taxe Zukman et la proposition de taxer les très grandes fortunes.
B. Arnault lui-même était monté au créneau menaçant de quitter la France pour rejoindre son ami Trump aux USA. Mercredi 28 janvier, les principales organisations syndicales de salariés et les organisations patronales étaient réunies, à la demande du gouvernement, pour discuter de l’assurance chômage et chercher 400 millions d’économies sur l’indemnisation des salariés ayant conclu une rupture conventionnelle.
A l’occasion de ces négociations, les participants ont trouvé sur la table un document d’une dizaine de pages signé du MEDEF et intitulé :
« Négociation en faveur de l’emploi des jeunes – Constat et propositions d’axes de travail ». Dans ses propositions, un CDI pouvant être rompu sans motif pendant les trois premières années avec une « indemnisation croissante en lien avec l’ancienneté du salarié » et une rémunération en-dessous du Smic pour les primo entrants sur le marché du travail… le tout accompagné d’une promesse de formation.
En clair, un CDI sans les droits qui y sont attachés. Un emploi où le jeune serait en permanence sous la pression patronale puisqu’il pourrait être licencié à tout moment sans motif et tout cela pour une sous-rémunération. Quant à la promesse d’une formation… avec quelle garantie !?
Il est bien évident que le contenu de ce document a été reçu comme une provocation par les organisations étudiantes et les syndicats de salariés. L’UNEF a immédiatement réagi dans un communiqué en appelant « l ’ensemble de la jeunesse, étudiante et travailleuse, à se mobiliser contre ces attaques inacceptables ». Pour elle, la mesure « vise à créer une génération de jeunes travailleurs précaires, corvéables à merci, sans droits ni protections ». L’UNEF demande aux organisations syndicales « de refuser catégoriquement toute négociation sur ces bases et aux forces politiques progressistes de s’[y] opposer fermement ». La CGT, pour sa part, a qualifié ces mesures de « déclaration de guerre » faite « aux jeunes et aux salariés » et prévenu qu’elle refuserait « catégoriquement de s’engager dans toute négociation » qui comporterait « ces éléments ». « Alors que nous fêtons cette année les vingt ans de la victoire contre le CPE, le MEDEF ose remettre le couvert » et « réussit à faire pire que le CPE, qui avait deux ans de période d’essai ».
Même le gouvernement, qui n’a pas oublié que le contrat premier embauche du gouvernement Villepin en 2006, avait mis dans la rue des centaines de milliers de jeunes, a cru bon de déclarer « qu’il ne comptait pas exploiter cette piste » et que ces propositions « n’étaient aucunement à l’agenda du gouvernement », suggérant de soumettre ces propositions aux futurs candidats à la présidentielle. Il est vrai qu’on voit mal un gouvernement aussi affaibli, sans majorité et très contesté dans la population, mettre à l’ordre du jour une telle attaque contre la jeunesse.
Face à la polémique qu’il a déclenchée, le MEDEF a fait marche arrière et déclaré : « Il ne s’agit que d’une piste de réflexion… et de propositions pour nourrir le débat ». Justifiant le contenu de son document par son souci de vouloir s’attaquer à la problématique des jeunes NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), une catégorie qui représentait 12,3 % des Français de 15 à 29 ans en 2023.
Apportant de l’eau au moulin du MEDEF, BFM nous explique sur son site qu’en « Italie, la réforme du marché du travail a contribué à une hausse des embauches en CDI chez les jeunes et à une baisse structurelle du chômage, de l’ordre de cinq points entre 2015 et 2025. L’Allemagne, avec les réformes Hartz, le Royaume-Uni avec des formes d’emploi très flexibles, ou encore les Pays-Bas, ont tous fait le choix d’un marché du travail plus ouvert, au prix de compromis assumés.
» Le patronat et les défenseurs du système ont la solution au chômage des jeunes : accepter de revenir sur toutes les protections et les droits gagnés de haute lutte par les travailleurs et des salaires de misère. Il est clair qu’il s’agit pour les patrons français de continuer à faire des profits, à essayer de garder des positions dominantes dans la lutte acharnée qui les oppose à leurs concurrents. Et, pour ce faire, ils ont besoin de disposer d’une masse de « chair fraîche », à faible coût, et sans aucun droit.
Si ces propositions n’ont aucune chance d’être mises en œuvre aujourd’hui, elles sont, comme le dit le patronat, dans le débat ! ★
