Contre les lois xénophobes et réactionnaires : Solidarité avec les migrants et les sans-papiers 13 janvier 2026
Le 18 décembre, journée internationale des migrants, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes pour dénoncer la politique anti-immigrés du gouvernement et pour continuer à poser l’exigence de la régularisation des travailleurs et travailleuses sans-papiers.
Depuis Retailleau, cette politique vise à pourrir la vie aux migrants, s’étendant aux étrangers installés en France et à rendre extrêmement difficiles les renouvellements. Non seulement la circulaire Valls de 2012 et ses critères permettant la régularisation de travailleurs sans-papiers, ont été supprimés, mais la loi antiimmigration de Retailleau a considérablement restreint les conditions pour la régularisation des travailleurs sans papiers et aggravé les conditions pour l’attribution et le renouvellement des titres de séjour. La propagande sur la possibilité de régulariser des travailleurs des « métiers en tension » a rapidement montré son caractère fallacieux, le nombre des régularisations restant très faible et à la discrétion des préfets.
La difficulté majeure auxquels tous les étrangers sont confrontés est d’obtenir un rendez-vous pour renouveler son titre de séjour avant son expiration. Sinon c’est l’obligation de quitter le territoire (OQTF). Le rendez-vous doit impérativement se prendre sur internet. Or, les difficultés pour se connecter sont telles qu’elles obligent les migrant.es à anticiper parfois de plusieurs mois la prise de rendez-vous pour le renouvellement des papiers, perdant ainsi à chaque renouvellement plusieurs mois de droit au séjour de peur de ne pas être dans les délais. A cette « difficulté informatique » vient s’ajouter une diminution du personnel en charge des dossiers et la fermeture d’antennes de délivrance, aggravant d’autant les délais.
D’où cette exigence portée par l’ensemble du mouvement de soutien aux migrants « d’ouverture des guichets » qui reste plus que jamais à l’ordre du jour.
Mais depuis le 1 er janvier, une autre difficulté et non des moindres vient s’ajouter à ce parcours du combattant : l’application pleine et entière de la loi du 26 janvier 2024 « pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration ». Elle crée notamment un examen civique et relève le niveau de langue, qui sera sanctionné par un test, pour obtenir un titre de séjour de longue durée ou la nationalité française.
Un examen civique obligatoire
Retailleau a signé le 10 octobre 2025, juste avant son départ du ministère de l’Intérieur, un arrêté qui en fixe le programme, les épreuves et les modalités d’organisation. À partir du 1er janvier, cette attestation sera exigée pour une naturalisation, mais aussi pour une première carte de séjour pluriannuelle autorisant un séjour stable de plusieurs années ou une première carte de résident (10 ans).
Ce test prend la forme d’un questionnaire à choix multiples (QCM) « portant principalement sur les principes et les valeurs de la République, les droits et devoirs liés à la vie en France, l’histoire, la géographie, la culture et le système institutionnel et politique de la France ». Les candidats ont 45 minutes pour répondre à 40 questions. Et pour réussir l’examen, il faudra obtenir 80 % de bonnes réponses (soit 32 bonnes réponses minimum). Celui-ci devra être passé dans des centres agréés avant le dépôt de la demande de titre de séjour ou de naturalisation. Il pourra être repassé « autant de fois que nécessaire » et ne sera demandé qu’à la première délivrance de la carte de séjour.
Un test de français et des cours dématérialisés
D’obligation de moyens (suivre un nombre précis d’heures de formation), on passe à une obligation de résultat. Il faut désormais réussir un examen officiel pour prouver ses compétences linguistiques. Les niveaux demandés sont par ailleurs relevés : niveau B2 (l’un des plus élevés) contre B1 auparavant pour une demande de naturalisation ; niveau A2 pour une carte de séjour pluriannuelle ; enfin, niveau B1 pour une carte de résident contre A2 précédemment. Pour justifier du niveau de langue, il faudra un diplôme français ou une attestation de test linguistique (type TCF/TEF/DELF) reconnu au niveau international. Mais, pour ce faire, le migrant devra se débrouiller seul, les crédits alloués aux associations qui assuraient les formations en langue ont été réduits à peau de chagrin, les cours en présentiel ne subsistant que pour un public très peu ou pas scolarisé. Les autres devront se former via la plateforme dématérialisée Frello. Fin août, la Cimade, le Secours catholique-Caritas France et la Fédération des centres sociaux et socioculturels ont saisi la justice pour contester le choix de dématérialiser l’offre de formation.
La Cimade dénonce ces nouvelles exigences comme « très discriminantes » et « un barrage pour énormément de monde, notamment pour les personnes non scolarisées ». Ceux qui ne fourniront pas ces précieux sésames ne pourront pas obtenir ou renouveler leurs papiers et seront donc à la merci d’une OQTF. Quand on sait que le nombre de personnes concernées est estimé à 850 000, cette loi scélérate, que nous avons dénoncée lors de son adoption en 2024, constitue une attaque frontale contre le droit au séjour de tous les migrants non européens avec l’objectif revendiqué de leur pourrir la vie pour les inciter à partir d’eux-mêmes ou bien d’être expulsés manu militari ou de redevenir sans-papiers.
La solidarité avec les migrants.es et les travailleurs et travailleuses sans papiers doit continuer à s’exprimer et à s’organiser. ★
