De la lutte « pour la paix » au « non à la guerre » 08 mai 2026
On entend souvent des réflexions sur le thème « on n’arrive plus à mobiliser massivement ; comme du temps de la guerre contre l’Irak ».
Il faut bien sûr remettre les choses dans leur contexte : l’opposition à la guerre contre l’Irak de Saddam Hussein était très large, avec y compris la position de Chirac et de de Villepin, qui critiquaient ouvertement les prétextes du dirigeant de l’impérialisme US de l’époque, Bush.
Cela n’enlève rien à l’importance du mouvement de l’époque (2003) et doit surtout inciter à tracer des orientations pour développer l’opposition ouvrière et populaire à la militarisation « qui prépare la guerre », comme le souligne le titre de notre revue Rupture .
En effet, il y a une bascule dans l’évolution des contradictions fondamentales du système impérialiste, notamment les contradictions inter-impérialistes et dans la perception qu’en ont la classeouvrière, les peuples, la jeunesse,et les organisations politiques etsociales qui agissent en leur sein.
Pendant des années, la tendance dominante au niveau des organisations qui se préoccupaient des questions internationales, des guerres et des conflits dans le monde, était le pacifisme : il fallait lutter pour la paix, pour la préserver ou pour l’imposer et éviter de mettre en avant la lutte contre la guerre, considérée comme réductrice, ne permettant pas de gagner largement l’opinion.
En France, où le militarisme et le poids de l’armée et du secteur de l’armement sont importants, le travail d’information et de mobilisation portait sur la dénonciation des ventes d’armes françaises et sur les « opérations extérieures » (OPEX) menées par les armées françaises, principalement en Afrique, dans les néocolonies, sans oublier les colonies, où c’est l’armée qui veille à l’ordre colonial. Ce travail indispensable, mené à contre-courant de la propagande sur la soi-disant protection apportée par la dissuasion nucléaire et sur l’importance économique positive des secteurs de production d’armes, a irrigué les courants pacifistes et les courants « anti-guerre » qui traversaient les organisations politiques, syndicales, associations. La critique des ventes d’armes, ventes qui permettaient au lobby militaro-industriel de se hisser dans les premiers rangs mondiaux, portait notamment sur les ventes aux régimes réactionnaires, aux régimes ennemis de leur propre peuple, avec un argument cynique supplémentaire de la part des défenseurs de ces livraisons, selon lequel il valait mieux que ce soient les entreprises françaises qui les livrent, plutôt que les concurrents, quels qu’ils soient.
Ces dernières années, la guerre interimpérialiste qui se mène toujours encore en Ukraine a modifié la perception de ces questions, sous plusieurs angles : d’une part, cette guerre se mène en Europe, entre la Russie et les USA et leurs alliés européens de l’Otan, qui déploient troupes et armements. Et elle peut dégénérer en conflit frontal entre ces deux blocs. D’autre part, notamment avec le changement à la tête de l’impérialisme US et l’arrivée de Trump, l’équilibre entre les deux blocs, tous deux dotés d’armes nucléaires, censées garantir une paix armée en Europe, est remis en cause.
Enfin, il ne fait pas de doute que la rivalité entre l’impérialisme étasunien et ses alliés, qui, de gré ou de force le suivent, et l’impérialisme chinois, pour l’hégémonie mondiale, est en toile de fond des principaux terrains de confrontation, sur tous les continents. Mais c’est le système impérialiste dans son ensemble, avec ses contradictions fondamentales, qui est responsable des tensions, des affrontements économiques, politiques, militaires. Et c’est dans ce cadre qu’intervient l’impérialisme français, à la fois pour défendre ses propres intérêts, contre les peuples et dans la rivalité avec les autres puissances impérialistes et pour défendre l’ensemble du système de pillage et de domination.
Développer le « non à la guerre impérialiste »
Il faut développer le « non à la guerre », en lien avec la montée des tensions internationales, la dénonciation de l’implication directe et concrète de l’impérialisme français, de la militarisation à marche forcée de l’économie, de l’importance accrue donnée aux armées et de la politique active d’encadrement de la jeunesse.
A travers le « non à la guerre », il est important de lier le combat de la classe ouvrière contre la surexploitation, pour la défense de ses intérêts, pour refuser de payer la crise du système et la militarisation, à la mobilisation des secteurs populaires, de la jeunesse, des femmes des milieux populaires, contre les guerres impérialistes contre les peuples. ★
