Parti Communiste des Ouvriers de France

Débrayage chez Airbus : Si les profits s’envolent, les salaires restent cloués au sol !
07 juillet 2026

Une prime de participation divisée par deux

Le 6 mai, l’annonce de la diminution drastique du montant de la prime annuelle de participation de 4 472 euros en 2025 à 2 057 euros, soit une perte de 2 415 euros, a mis le feu aux poudres.

L’équipe du soir (15h-24h) d’un atelier des chaînes finales d’assemblage (peu avant la livraison) débraye, un débrayage spontané à Toulouse, mais aussi sur d’autres sites comme Nantes. Ce débrayage a fait l’effet d’un coup de tonnerre. L’information se répand dans les autres ateliers. Les syndicats pro-patronaux sortent les griffes et cherchent à convaincre les ouvriers de stopper le mouvement.

Les syndicalistes FO (1) débarquent dans la nuit sur le piquet de grève pour arrêter le mouvement et se désolidarisent de ce débrayage. Les organisations syndicales FO, CFE/ CGC, CFTC nommées « Entente » ont sorti un tract le 7 mai dans lequel on pouvait lire :

« Les organisations FO CFE/CGC CFTC ne s’associent pas au mouvement de grève annoncé dans certains établissements du groupe (…). L’entente FO, CFE/CGC, CFTC attend des décisions concrètes et des signes forts au moment où Airbus fait face à des enjeux industriels majeurs, à des retards importants, à des tensions sur les livraisons et à des défis considérables sur tous les programmes » (sic) !

À partir de ce moment « l’Entente » (seuls syndicats habilités à négocier au regard des résultats aux élections professionnelles) (2), vont faire traîner les négociations de semaines en semaines. Gageons que l’attitude de «  l’Entente  » dans cette période permettra de clarifier les choses sur le rôle de chaque syndicat dans la défense des travailleurs.

D’autres débrayages dans des ateliers voisins ont aussi été organisés.

Qu’ont obtenu les grévistes fin juin ?

Le 8 juin 2026, FO écrit  : « Et lorsqu’on possède une arme aussi puissante [parlant de la grève], la première responsabilité est précisément de tout faire pour ne pas avoir à l’utiliser . » Ils annonceront fièrement qu’ils ont obtenu une PPV (3) supplémentaire de 500 euros.

Ce qui amène le versement de la prime à 2 557 euros : encore loin du compte !

C’est la prime du mépris !

Le Contexte Les carnets de commandes ne désemplissent pas et les cadences s’accélèrent. Le chiffre d’affaires et les bénéfices ont augmenté : le bénéfice est passé de 4,2 milliards en 2024 à 5,2 milliards soit 23 % d’augmentation. « En augmentant la part des bénéfices distribués en dividende (3,2  €/action, + 6,6  %), la direction confirme sa promesse faite aux actionnaires en juin 2025 (jusqu’à 50 % des bénéfices distribués en dividende) » (4).

Des conditions de travail et de salaire aggravées

Les horaires atypiques mettent à rude épreuve la santé des ouvriers : travail posté, 15h-24h et 6h-15h. Dans ce contexte, voir la prime de participation au rabais ne passe pas. La réponse a été la grève sur le tas. Ce coup d’arrêt spontané est la conséquence de l’aggravation des conditions de travail et de salaires  : sur les chaînes de production, c’est 1 900 euros bruts pour un ouvrier débutant qu’ils appellent « compagnon ».

«  Travailler chez Airbus ne fait plus rêver ! » Montant des augmentations générales : 30 euros bruts !

Ce niveau de salaire ne suffit plus pour assurer le coût de la vie et les déplacements, forcément en voiture quand on subit des horaires atypiques. Le coût du logement trop élevé à proximité de l’usine oblige les ouvriers à s’éloigner. Seuls les cadres supérieurs peuvent payer un loyer aux alentours.

Canicule Les ateliers ont avoisiné les 34 à 36 degrés et les pauses accordées restent dérisoires pour se rafraîchir (4 pauses d’1/4 h sur la vacation), dans certaines entreprises partenaires, c’est le fractionnement de la pause de 30  mn en 3 pauses de 10  mn. Les malaises sur les lieux de travail se sont multipliés. L’amélioration des conditions de travail durant les canicules va devenir une nouvelle exigence vitale.

Heures supplémentaires

L’Accord de groupe relatif au statut des salariés du groupe Airbus en France dit notamment : « Les Parties rappellent que les heures excédentaires ont un caractère obligatoire. Toutefois, le volontariat sera privilégié par le responsable hiérarchique, lorsque ce sera possible. » Cet accord donne à Airbus tout loisir d’imposer des heures supplémentaires via le dispositif annualisation.

Horaire standard  : 1  607  heures annuelles (équivalent 37 h/semaine), l’accord de branche métallurgie permet  : 25 % de majoration pour les heures annuelles réalisées comprises entre 1 608 heures et 1 972 heures ; 50 % de majoration pour les heures au-delà de 1 972 heures. Avec les cadences, au-delà de 1  972  heures annuelles, le «  bonus  » de 50  % sur chaque heure supplémentaire exécutée demandera aux ouvriers de prendre sur eux, c’est-à-dire sur leur santé.

Cadences et accidents

La montée en cadence de la production Airbus impacte les conditions de travail et les risques d’accident.

Quand un ouvrier sur site Airbus se blesse sur son poste de travail, une équipe d’enquêteurs est diligentée pour comprendre la cause, quand c’est possible une reconstitution est faite ; si cette enquête est à charge pour l’accidenté, une intense pression lui est imposée pour qu’il démontre qu’il a bien respecté le processus de sécurité mis en place par Airbus. Tout est fait pour prouver que l’accident du travail n’est pas imputable à Airbus ou aux cadences.

Qu’en est-il des sous-traitants ?

Certains ouvriers d’entreprises de sous-traitance sont employés chez Airbus  ; ils sont assujettis à «  la satisfaction client  ». Cela permet à Airbus de réduire sa masse salariale et ses cotisations sociales ; ces salariés n’ont pas d’augmentation collective, l’augmentation individuelle depuis les dernières années dépasse rarement 1  %. Ils sont dispatchés chez divers clients, donc moins forts collectivement.

Les conditions de salaires et de travail sont aussi très dégradées pour les ouvriers des entreprises partenaires qui fournissent pièces et services pour la chaîne de production à l’extérieur d’Airbus.

Qu’ils travaillent sur le même site que les salariés Airbus ou dans une entreprise «  partenaire  », ils participent à la création de valeur ajoutée pour Airbus, mais avec des conditions de travail et de salaires plus dégradés.

Les syndicalistes de classe doivent faire grandir les liens entre les différents travailleurs, pour contrer le patronat qui, en éparpillant sur sites et en créant des statuts différents, divise. Il faut lever les obstacles à la lutte collective face au patronat. ★


1. FO premier syndicat chez Airbus. Il estnotoirement connu que, pour entrer chez Airbus, l’adhésion à FO est fortement conseillée « pour ton évolution de carrière, et ton salaire, c’est préférable ». FO chez Airbus, c’est le syndicat patronal. Dans ce contexte, les syndiqués CGT sont pénalisés.
2. Si la CGT a progressé au niveau des élections professionnelles, elle reste minoritaire, et donc, ne participe pas aux négociations.
3. PPV = Prime de Partage de la Valeur, dispositif Macron. Inscrite dans le Code du travail («  logique de partage de la valeur  ») après 2022, elle permet à l’employeur de défiscaliser !