Déclaration du FLNKS sur le texte Elysée-Oudinot-Bougival 12 février 2026
26 janvier 2026 – Nouméa
Un pseudo-accord imposé sans le Peuple Kanak ne peut engager l’avenir de notre pays, ni fonder la démocratie
Le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste rejette sans équivoque les conclusions de la séquence dite « Élysée-Oudinot ». Ce texte n’est pas un accord et ne constitue en aucune manière une avancée politique. Au contraire, il entérine un passage en force de l’État en prolongeant et en verrouillant le projet dit de Bougival, qui a été formellement et définitivement rejeté par le FLNKS du fait de sa totale incompatibilité avec la trajectoire de décolonisation de Kanaky.
Un accord sans le peuple autochtone n’a aucune légitimité
L’incohérence est totale : prétendre régler un conflit colonial sans le peuple autochtone concerné, sans ses autorités coutumières, sans son mouvement de libération nationale, reconnu nationalement et internationalement, est une mascarade.
Conclure un accord avec un seul camp politique, en écartant celui pour qui le problème se pose historiquement et politiquement, n’a aucun sens et ne peut produire ni stabilité, ni solution durable.
Nous le rappelons avec force et conviction : le Peuple Kanak n’est ni une composante humaine et politique secondaire, ni une variable d’ajustement institutionnelle et financière.
Il est le sujet central du processus de décolonisation pleinement reconnu par le droit international.
Une hyper-provincialisation dangereuse pour l’unité du pays
Nous alertons les Calédoniens sur les dangers majeurs de l’hyper-provincialisation promue par ce texte.
Cette logique est dangereuse pour tous les habitants, kanak comme non-kanak, en particulier dans les provinces Nord et Îles, car elle introduira une rupture d’équité entre citoyens de notre pays et renforcera les inégalités déjà trop présentes.
On voit déjà les effets de cette approche aujourd’hui avec la politique menée par la présidente de la Province Sud à l’égard des habitants des autres provinces : discriminations et inégalités de traitement.
Cela représente clairement une négation de l’objectif de rééquilibrage porté par l’Accord de Nouméa. Cette logique va à l’encontre d’un objectif essentiel : la construction d’un peuple national, uni par les mêmes droits, les mêmes protections et le même avenir. Elle divise là où il faudrait rassembler.
(…) Une porte ouverte au dégel et à la fin de toute perspective d’indépendance Derrière un habillage institutionnel, ce texte ouvre en fait la voie au dégel du corps électoral et verrouille durablement toute perspective d’accession à la pleine souveraineté. Les verrous constitutionnels et institutionnels envisagés actent de fait la fin du projet d’indépendance, en contradiction totale avec l’Accord de Nouméa et les résolutions des Nations unies.
(…) Ce choix intervient dans un contexte particulièrement grave. Dès l’ouverture de la séquence à l’Élysée, le 16 janvier, le député loyaliste de la 1ère circonscription a publiquement menacé l’État français de sédition en déclarant : « Soit nous sortons de cette séquence avec des textes précis, assortis d’un calendrier clair d’examen et d’adoption par le Parlement.
Soit nous changerons radicalement de stratégie et nous nous retournerons contre notre propre État en utilisant l’ensemble des moyens à notre disposition. » Nous le disons avec gravité : céder politiquement sous la menace et organiser un calendrier institutionnel sous pression rappelle de sombres précédents historiques, notamment la logique qui a conduit, en Algérie, à la constitution de l’OAS par des colons refusant toute évolution politique.
Une perspective politique claire et responsable
Contrairement à ce que certains ressassent, le FLNKS ne se contente pas de dénoncer. Nous portons un projet politique cohérent et assumé.
Ce projet est clair : conformément aux promesses de l’Accord de Nouméa, la Kanaky doit accéder à la pleine souveraineté, récupérer l’ensemble des compétences régaliennes, puis par accord politique, si elle le souhaite, elle pourra décider de confier à la France et à d’autres partenaires régionaux l’exercice de certaines compétences, dans le cadre de relations nouvelles, équilibrées et librement consenties.
(…) C’est une solution politique réfléchie et responsable, conforme à notre histoire et au droit international, que nous souhaitons mettre en œuvre avec l’ensemble des citoyens du pays.
Cette vision permettra de construire l’indépendance sans rupture brutale, dans la stabilité, la coopération et le respect mutuel. ★
Le Président du FLNKS Christian TEIN Le texte intégral du FLNKS est disponible sur notre site.
