Dermatose nodulaire contagieuse : Une nouvelle épizootie révélatrice d’une crise profonde du modèle agricole 13 janvier 2026
Les crises économiques et sociales se succèdent dans le monde agricole, en particulier depuis les années 2020.
Début 2024, c’est la question de la taxe sur le gazole non routier qui avait mis le feu aux poudres et déclenché un puissant mouvement de colère chez les agriculteurs, révélateur d’un profond malaise qui touchait à la question de leur revenu.
A l’hiver 2025, les éleveurs de bovins étaient mobilisés sur les barrages ou sur les routes avec leurs tracteurs. Ils avaient à faire face, comme aujourd’hui, à une pathologie virale, la maladie hémorragique épizootique (MHE) transmise par un moustique. Aujourd’hui comme hier, c’est la région du Sud-Ouest qui est particulièrement touchée.
Mais comme le titrait un article du journal Le Monde qui rendait compte de ce mouvement, la question du revenu était au cœur de la mobilisation, ce que confirmait la porte-parole de la Confédération paysanne, Laurence Marandola : « La MHE, comme toutes les crises, a tout fait basculer. La question centrale est celle du revenu des agriculteurs.
Quand vous avez du revenu, vous pouvez encaisser une crise. Or, il y a une inégalité grandissante entre les exploitations agricoles : 18 % vivent au-dessous du seuil de pauvreté. » Et si déjà, l’année passée, l’opposition des éleveurs au Mercosur participait à la colère qui s’exprimait sur les barrages, aujourd’hui la question est devenue d’une brûlante actualité, – et une raison supplémentaire pour les éleveurs de se mobiliser – alors que la Commission européenne s’apprête à signer cet accord de libre-échange avec certains pays d’Amérique du Sud.
A l’heure où nous écrivons, les éleveurs sont à nouveau fortement mobilisés. Le déclencheur : la méthode utilisée par le gouvernement pour éradiquer la nouvelle épizootie, celle de la dermatose modulaire contagieuse (DMC). Cette maladie virale, très contagieuse chez les bovins, est transmise par une mouche. Le gouvernement, s’appuyant sur un quasi-consensus scientifique, ordonne l’abattage systématique de tout le troupeau quand une bête est malade.
Cette brutalité a révolté les éleveurs qui ont répondu à l’appel des deux syndicats dans lesquels ils se reconnaissent principalement aujourd’hui, la Confédération paysanne et la Coordination rurale. Ces syndicats préconisent, eux, d’intensifier et de généraliser la vaccination des bovins et de circonscrire, voire de supprimer, la circulation du bétail.
« (…) nous sommes convaincu.es qu’il est possible de co-construire avec les éleveurs et les éleveuses une autre politique de gestion de la DNC, basée sur l’euthanasie des animaux malades, l’accès au vaccin pour l’ensemble des éleveurs et éleveuses et des restrictions aux mouvements d’animaux dûment contrôlées » écrivait la Confédération paysanne dans son communiqué du 30 décembre.
La FNSEA, elle, soutien la méthode du gouvernement. Car elle défend les intérêts des gros éleveurs qui exportent leurs bêtes sur les marchés internationaux et qui ont besoin pour cela de bénéficier du statut de bête indemnes de la maladie ; or, une bête vaccinée ne peut bénéficier de ce statut et perd donc de sa valeur marchande.
Les éleveurs et leurs syndicats ne lâchent rien. Après avoir passé les fêtes de fin d’année sur les barrages, ils relancent la mobilisation en ce début janvier. Ils sont cette semaine reçus tour à tour par le premier ministre qui tente de contenir le mouvement.
La Confédération paysanne, membre du réseau altermondialiste Via Campesina, déclare qu’elle se bat et continuera à se battre contre la gestion actuelle de la DNC et contre la signature de l’accord UE-Mercosur ; elle appelle « à de véritables politiques de protection et de relocalisation de l’agriculture plutôt qu’à la dépendance de nos fermes aux injonctions des marchés internationaux » .
Il devient de plus en plus évident pour les spécialistes qui suivent ces questions que ces épizooties à répétition dans le monde agricole ont des causes liées à la fois à la mondialisation des échanges et au réchauffement climatique. Les insectes vecteurs des maladies (mouches, moustiques, etc.) ont, avec la hausse des températures, élargi leur zone de présence dans le sud de la France ainsi que leur durée d’activité.
Le modèle agricole productiviste, celui de l’agro-industrie et de l’agrobusiness promu par la FNSEA, en parfait accord avec les gouvernements successifs, modèle tourné vers les échanges internationaux, détruit lentement mais sûrement l’agriculture paysanne que défend la Confédération paysanne. Ce modèle s’impose par la force, dans un total déni de démocratie. Les accords UE-Mercosur sont au service de cette agriculture productiviste tournée vers l’exportation : le « non » que Macron a annoncé à la signature de cet accord négocié depuis 25 ans (!) ne remet pas en cause cette logique. ★
