Parti Communiste des Ouvriers de France

Derniers développements de la « françafrique »
08 mai 2026

La confrontation entre les puissances impérialistes au Moyen Orient, avec la guerre impérialiste contre l’Iran, occupe toute leur attention. L’Afrique en subit les conséquences, notamment en termes de renchérissement du prix du pétrole, que de nombreux Etats sont obligés d’importer, et de conflits pour le contrôle des richesses de son sous-sol.

Les groupes armés djihadistes qui ont leur propre dynamique et qui peuvent également être instrumentalisés par des puissances impérialistes, des puissances régionales, poursuivent leurs actions déstabilisatrices. On le voit actuellement au Mali.

L’impérialisme français manœuvre pour maintenir son système de domination néocoloniale sur la « françafrique », en s’appuyant sur les gouvernements africains à sa solde.

Mali : offensive des groupes armés

Le 25 avril, les attaques coordonnées entre groupes djihadistes (JNIM affilié à Al-Qaïda) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) ont touché tout le Mali. Elles ont impacté la région de Kidal et Gao, dans le nord, Bamako, avec plusieurs attentats et combats entre groupes armés et militaires, Kati, grande base militaire, et plusieurs casernes dans les localités du centre. Le ministre de la défense a été tué de façon ciblée, à Kati, et la région de Kidal échappe au contrôle de l’armée malienne. Les troupes russes de l’Africa Corps qui y étaient déployées se sont retirées avec l’armée malienne et les autorités civiles.

Les groupes armés revendiquent l’attaque contre le siège du président Assimi Goïta, l’aéroport international.

Le JNIM, qui revendique la direction des opérations, en coordination avec le FLA, occupe une partie du territoire malien, même si les autorités disent garder le contrôle du pays, notamment Bamako. Une partie de l’opposition civile au régime militaire réclame sa démission ; c’est notamment le cas de l’imam Dicko, de la Coalition des forces pour la République, réfugié en Algérie, qui appelle à un dialogue national avec toutes les forces, y compris les forces rebelles.

Cette opération militaire coordonnée a surpris les dirigeants politiques et militaires du Mali par son ampleur et son niveau d’organisation, sans parler des conséquences pour les populations qui vivent dans la crainte de nouvelles attaques qui font de nombreuses victimes civiles et provoquent des déplacements forcés. Les dirigeants maliens ont eu le « soutien » de plusieurs Etats, y compris de la Russie, mais les populations, victimes de cette guerre et des difficultés à survivre, aspirent à la paix.

Tentatives de renforcement du « pré carré »

Hasard du calendrier ? c’est en tout cas le 24 avril que le ministre des Affaires étrangères, J.-N. Barrot, a effectué une visite au Togo, dont le gouvernement de Faure Gnassingbe est considéré comme un important médiateur dans le conflit en République Démocratique du Congo (RCD) et dans le Sahel, entre les gouvernements du Mali, du Burkina et du Niger, regroupés dans l’Alliance des Etats du Sahel (AES) et la CEDAO, et donc avec la France. Et si les dirigeants de l’impérialisme français veulent resserrer les liens avec les dirigeants du Togo, c’est aussi pour contrer l’influence de la Russie dans la région.

La veille du déclenchement des opérations des groupes armés au Mali, Barrot disait à Lomé : « Nous avons une préoccupation commune : celle de la sécurité […] et du risque terroriste que nous voulons tous juguler et contenir. » C’est de cela que le chef d’état-major des armées (CEMA), Mandon, a discuté avec ses homologues béninois et ivoiriens, à Cotonou, en mars dernier. Partage du renseignement, formation des forces armées, mais « surtout pas » de retour aux bases françaises permanentes, comme avant 2023 (1) . Mais cela n’exclut pas l’envoi de « troupes spéciales » françaises, comme celles qui sont intervenues pour sauver le président béninois, Talon, en décembre 2025, cible d’une tentative de renversement par des militaires. Des troupes qui sont restées sur place, notamment dans la zone frontière entre le Bénin, le Burkina et le Niger. Elles sont également restées pour garantir la « transition » électorale qui vient de mettre en place le successeur désigné de Talon, son ministre des finances.

Les fraudes massives constatées par les forces d’opposition qui ne se sont pas ralliées à Talon, sont simplement ignorées. La « coopération militaire régionale » va se renforcer entre les forces armées des trois pays. ★


1. 2020-2023 : les troupes françaises quittent le Mali, le Niger, le Burkina. 2024-2025, les bases sont rétrocédées au Tchad, à la Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon.