Parti Communiste des Ouvriers de France

Derrière la grève des taxis…
10 juin 2025

Les déserts médicaux et les aberrations du système de Santé

La colère des chauffeurs de taxis couve depuis plus d’un an, en lien avec une réforme des tarifs des transports de malades discutée avec la Caisse nationale de l’Assurance maladie (CNAM). A quelques jours de la promulgation de la nouvelle convention, qui a été approuvée par le gouvernement et qui sera applicable au 1er octobre 2025, une grève nationale très suivie a été déclenchée le 19 mai. En ce début de mois de juin, la mobilisation se poursuit dans l’attente de nouveaux rendez-vous entre les fédérations de taxis et le gouvernement. La mobilisation est particulièrement forte dans les régions rurales où le transport de malades représente une grande partie de l’activité et des revenus des chauffeurs de taxis (de 50 % jusqu’à 80 % de leur chiffre d’affaires pour certains).

L’explosion du transport sanitaire

En 2009, le marché du transport sanitaire a été ouvert aux taxis, mis en concurrence avec les sociétés d’ambulances et de véhicules sanitaires légers. Depuis, les taxis bénéficiant d’une convention avec la Sécurité sociale peuvent effectuer du transports de malades en plus de leur activité classique de transport de personnes. La nouvelle convention prévoit une harmonisation nationale des tarifs : avec un forfait de 13 euros, majoré de 15 euros pour les départs et les arrivées dans certaines grandes agglomérations ou départements très urbanisés, et une rémunération au kilomètre en lieu et place de la tarification classique des courses qui inclut rémunération au kilomètre et à l’heure. Les temps d’attente, quand un taxi dépose un client pour des soins et qu’il l’attend pour son retour, ne seront plus rémunérés. La Cnam et le ministère de la Santé veulent également « optimiser les retours à vide ».

La conséquence des politiques de soins

Le gouvernement hurle devant l’explosion des dépenses : 6,7 milliards d’euros en 2024, dont 3,1 milliards d’euros pour les taxis conventionnés. Cela est dû essentiellement à l’explosion du nombre de courses : 65 millions par an, dont une moitié assurée par des taxis conventionnés. Chaque année, plus de 3 millions de patients y ont recours pour se rendre sur leurs lieux de soins. Au gouvernement, à la tête de la Caisse nationale d’assurance maladie et dans les think tanks libéraux, tout le monde s’interroge sur la manière de maîtriser cette « envolée des coûts » (+ 4,4 % par an depuis 2016, selon la fondation IFRAP). De nombreuses raisons l’expliquent. Le vieillissement de la population en est une. Mais c’est loin d’être la seule. Le besoin accru de transport sanitaire est intimement lié aux évolutions des politiques de soins et aux remodelages de la carte sanitaire. Le développement de la médecine ambulatoire, vue comme un moyen de faire des économies et de libérer des lits dans les hôpitaux en manque d’effectifs et de financement, multiplie les trajets domicile-hôpital ; tout comme le manque de médecins de ville qui oblige des patients à se diriger vers les centres hospitaliers. La désertification médicale et l’organisation des soins autour de grands plateaux techniques de pointe situés dans les grandes métropole sont un autre facteur et non des moindres, du recours aux taxis. Quelle autre solution pour une personne qui habite dans un département rural pour rejoindre l’hôpital ou la clinique où seront effectuées sa dialyse ou sa chimiothérapie, parfois à plus de 50 km de son domicile ?

La concurrence des VTC

Craignant la baisse de revenus qu’elle risque de provoquer, les taxis dénoncent la nouvelle tarification des transports de malades avec d’autant plus de vigueur qu’ils subissent, dans leur activité classique (hors transport sanitaire) une très forte concurrence des véhicules de touriste avec chauffeurs (VTC). Dans plusieurs villes (Paris, Grenoble, Marseille…), certains chauffeurs de taxis s’en sont d’ailleurs parfois pris violemment à des chauffeurs VTC. Une des manœuvres du gouvernement consiste précisément dans la tentative de détourner leur colère vers cette concurrence « déloyale » que Macron a pourtant lui-même promotionné quand il était ministre de l’économie de François Hollande. C’est le rôle endossé par Philippe Tabarot, ministre des Transports, qui a promis des mesures « dissuasives et immédiates » pour « rappeler les règles » et « taper fort au niveau des contrôles » des VTC. Les chauffeurs de taxis et chauffeurs VTC sont pourtant victimes d’un même système de libéralisation des marchés –y compris celui de la Santé –, de privatisation des services et de mise en concurrence de tous contre tous. ★