Parti Communiste des Ouvriers de France

Des milliards pour le nucléaire
09 avril 2026

Des milliards comme s’il en pleuvait ! Des sommes astronomiques vont être englouties dans le programme de relance du nucléaire civil au niveau national et européen, alors que le gouvernement français n’a cessé ces derniers mois de nous expliquer qu’il fallait faire des sacrifices pour réduire la dette du pays.

Pour financer ce programme au nom de « l’intérêt général », on met à contribution l’épargne des Français. Quant à l’UE, c’est au nom de son « indépendance énergétique » qu’elle octroie prêts et investissements… D’ indépendance il ne peut être question quand la matière première des centrales nucléaires, l’uranium, est importée ; quant à l’intérêt général , il n’est certainement pas, pour nous, dans la relance du nucléaire mais dans la défense des services publics, du pouvoir d’achat des ménages, de l’augmentation des salaires !

Main basse sur l’épargne populaire pour financer le nucléaire

En visite sur le chantier du nouvel EPR2 à Penly, en Seine-Maritime, le 12 mars dernier, Macron déclarait :

« On n’arrivera pas à gagner la bataille du climat, de la compétitivité et de la souveraineté sans le nucléaire  » , célébrant le «  chantier du siècle » symbole de la relance du nucléaire en France.

C’est sur ce site, un des premiers choisis pour accueillir les deux réacteurs d’une centrale nucléaire nouvelle génération, que le président a tenu le 5e conseil de politique nucléaire (CPN).

Le premier s’était tenu à Belfort, le 20 février 2022, sur le site de General Electric (ex-Alstom), constructeur des turbines pour les centrales nucléaires. Macron y avait annoncé, dans un discours qui se voulait gaullien, la relance du nucléaire en France. Construction de six EPR2 à Penly (Seine-Maritime), à Gravelines (Nord) et au Bugey (Ain), étude d’un programme de réalisation de huit réacteurs supplémentaires, augmentation de la puissance des réacteurs existants, prolongation de leur durée de vie au-delà de soixante ans et le lancement d’au moins un prototype de petit réacteur innovant au début de la décennie 2030.

Ce programme est chiffré aujourd’hui à 80  milliards d’euros  ! La décision finale d’EDF pour son plan d’investissement est attendue d’ici fin 2026.

En attendant, l’Elysée a annoncé, à l’issue de ce CPN, que « le prêt bonifié de l’Etat accordé au programme EPR2 pour 60 % du montant total du programme sera financé par le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts » .

Ce groupe public, chargé de gérer l’épargne réglementée des Français, pourrait donc prêter 4 milliards d’euros par an pendant douze ans afin de financer les six nouveaux réacteurs nucléaires.

Il faut encore que la Commission européenne autorise ce prêt, c’est-àdire l’estime compatible avec le cadre libéralisé du marché de l’énergie.

Le gouvernement se veut confiant, expliquant que ce type de montage financier est similaire à celui qui a été autorisé par la Commission européenne pour le financement de la construction d’un projet de centrale en Slovaquie.

Pour M. Sichel, directeur général de la Caisse des dépôts, « le fonds d’épargne se prête très bien au financement du nucléaire .

Il s’agit de financements longs, dans un secteur stratégique, à émissions de gaz à effet de serre limitées pour produire de l’électricité ».

Des caractéristiques qui, selon lui, sont en parfaite adéquation avec les priorités de l’institution.

Le ministre de l’économie, Roland Lescure, a tenu des propos similaires.

Dans un communiqué, il affirme que la Caisse des dépôts est bien dans son rôle quand elle «  mobilise l’épargne des Français pour des investissements de très long terme d’intérêt général et participera, à ce titre, au financement du nouveau nucléaire français » ajoutant, pour tenter de dissiper les craintes, «…  tout en assurant sa mission prioritaire confiée par la loi de financement du logement social en France ».

Même discours rassurant de M. Sichel :

« en aucun cas » la contribution du fonds d’épargne aux futurs chantiers nucléaires ne remettra pas en question le financement du logement social.

La loi de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) vient d’être finalisée avec plus de deux ans de retard. Les vicissitudes de la vie parlementaire de ces dernières années et les oppositions de tous bords, ont conduit le gouvernement à l’adopter par décret, le 12 février dernier.

Ce document stratégique fixe les orientations en matière d’objectifs de consommation mais aussi de production d’énergie par filières pour les dix ans à venir (2026-2035). Comme le précise le journal Le Monde , cette feuille de route confirme le choix d’une relance massive du nucléaire, mais révise largement à la baisse les objectifs de déploiement de l’éolien terrestre et du solaire photovoltaïque, par rapport à ce qui était envisagé dans de précédentes versions.. ★