Parti Communiste des Ouvriers de France

Deux piliers de la Françafrique réélus par la fraude et la répression
12 novembre 2025

Côte d’Ivoire

Ouattara, ex-fonctionnaire du FMI, candidat préféré de l’impérialisme, a été assis au pouvoir en avril 2011, grâce à l’intervention de l’armée française (Force Licorne) dans la guerre civile réactionnaire (plus de 3 000 morts) qui a suivi les élections de décembre 2010, dont Ouattara et Gbagbo s’étaient tous deux proclamés vainqueurs. A 83  ans, Ouattara est toujours là et entame son quatrième mandat. Les principaux candidats de l’opposition (Laurent Gbagbo, qui avait dirigé le pays de 2000 à 2010 et qui voulait tenter un retour, et Tidjane Thiam du PDCI) avaient été écartés et plus de 44 000 policiers et gendarmes avaient été déployés sur tout le territoire.

Dans une conférence de presse, en juillet dernier, le Parti communiste révolutionnaire de Côte d’Ivoire (PCRI) a évoqué la cherté de la vie et les expulsions brutaules, parfois sans dédommagement, des couches les plus défavorisées de la société, dans un contexte d’aggravation de la précarité des masses populaires.

Il a dénoncé un climat de déni de démocratie et de liberté, de répression systématique des luttes des masses laborieuses par le pouvoir et le mépris envers tous ceux qui souffrent et se plaignent. Concernant l’organisation du scrutin d’octobre, qui a été préparé par l’exclusion de la quasi-totalité des challengers de Ouattara, il a critiqué les conditions du recensement et de la participation des électeurs et les irrégularités qui allaient inévitablement entacher la crédibilité du scrutin (1). Il ne pouvait dans ces conditions être question de cautionner cette mascarade électorale. A peine 1 électeur inscrit sur 2 (50,10 %) s’est déplacé.

Macron a salué la réélection de ce « partenaire majeur en Afrique de l’Ouest » qui a également reçu les félicitations de l’impérialisme étasunien. Ouattara, le lointain héritier d’Houphouët-Boigny, «  père  » de la Françafrique, va pouvoir continuer à sévir. Mais dans un pays où 75 % de la population a moins de 30 ans et dont une grande majorité reste exclue du « décollage » économique du pays, il devra inévitablement un jour rendre des comptes.

Cameroun

Arrivé au pouvoir en 1982 avec l’appui de Mitterrand et des services secrets français, Paul Biya, 92  ans, vient de se faire réélire dans un pays où la moitié de la population a moins de18 ans. L’économie est gangrenée par la corruption et le clientélisme.

Mais les contestations commencent à s’exprimer au sein même de ce système gérontocratique en phase de soins palliatifs. Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre fraîchement démissionnaire d’un gouvernement qui ne se réunit plus depuis des années, s’est retrouvé au rang de « principal opposant  », «  candidat de la rupture ». Mais cette rupture ne pourra venir que d’un mouvement populaire et ne pourra pas être effective si le pays ne se dégage pas de la domination impérialiste. En déclarant « prendre note de la proclamation des résultats », la France et l’Union européenne ont implicitement reconnu la légitimité du scrutin. Compte tenu de l’encadrement policier et des difficultés de la population à se reconnaître massivement derrière « l’opposant » Tchiroma Bakary, les manifestations qui ont suivi la proclamation des résultats ont été limitées. Elles n’en n’ont pas moins été violemment réprimées, avec de nombreuses arrestations et plusieurs morts. L’UE s’est contentée d’appeler à « lutter contre le recours excessif à la violence » !

Nous dénonçons cette « Françafrique » qui continue à sévir et apportons notre soutien aux forces démocratiques et révolutionnaires qui la combattent. ★


Le « modèle » ivoirien et son envers

Le pays enregistre de forts taux de croissance. Les investisseurs saluent un « environnement favorable aux affaires », et une incontestable « attractivité du pays sur la scène internationale ». L’exportation du cacao – dont les cours flambent – reste la principale source de devises, mais l’économie commence à se diversifier en comp tant notamment sur les perspectives offertes par ses ressources minières encore peu exploitées. Les grands projets comme le stade olympique Alassane Ouattara ou le métro d’Abidjan boostent le BTP. Le taux de chômage officiel n’est que de 5 %, mais, dans les faits, 80 % de la population vit de petits boulots. Les disparités entre les régions et entre la ville et les campagnes sont énormes. Le taux de pauvreté a baissé à Abidjan (22 %), mais reste très élevé dans les zones rurales (+ de 55 %) où l’accès aux services de base reste très difficile.