Deux témoignages de militants de la Confédération paysanne 13 janvier 2026
Une militante de la région Grand Est « Le sujet est complexe et engage différents acteurs de l’économie.
Au niveau sanitaire, une vaccination généralisée serait pour les intérêts des gros de la filière un handicap à l’exportation. On n’arrive pas à déceler médicalement si un bovin est contaminé par le virus ou par le vaccin.
La Confédération paysanne demande aussi une déclassification de la maladie en B, qui permettrait d’exporter.
Actuellement, en classe A, cela signifie qu’on ne connaît pas la maladie*.
« Pour conserver le statut officiellement indemne et le droit d’exporter tout azimut aux puissants lobbies du transport, de la génétique (embryons…) et du commerce des produits animaux, il est sans importance de sacrifier quelques animaux. La vaccination généralisée ferait également perdre ce statut indemne.» (Extrait La Panse libérée n° 27) Le GIE Zone Verte, qui emploie des vétérinaires alternatifs, est contre l’abattage systématique des bovins et pour la vaccination. Leur publication du 23 décembre 2025 ( La Panse libérée ) dénonce : « Il apparaît donc clairement que le discours officiel dramatisant sur cette maladie “dangereuse” ne sert qu’à masquer sa problématique essentiellement commerciale et économique.»
Il faut replacer cette situation dans le contexte de libre-échange de l’accord UE-Mercosur, qui conduit à la fin des petits-paysans. Le traité privilégie l’exportation de produits industriels et de services au détriment de l’agriculture.
Une spécialisation mondiale des pays.
Aujourd’hui, la France exporte du bétail vivant (1 er exportateur mondial) et est obligé d’importer de la viande (balance actuelle de la viande déficitaire).
Nous avons entendu par ouï-dire que certains gros éleveurs déménageraient leur cheptel hors des zones contaminées, mais nous n’avons pas de preuve à l’appui. » *
L’ANSES a déjà sorti un rapport sur la DNC en 2017, la maladie est connue depuis les années 2015 en Europe et bien plus tôt dans les pays chauds, notamment en Afrique.
Voici les principaux éléments sur les questions abordées avec Yann, Co porte-parole de la Confédération paysanne de l’Aude (11) : « Dans le Sud, on a les plus bas revenus agricoles de toute la France ! » Sur le Mercosur : « On veut maintenir la pression, ça va continuer, ça va exploser à un moment, il y a trop de mépris pour les campagnes et l’agriculture. En janvier, on a fait une opération dans une grande surface contre le Mercosur, avec plusieurs syndicats agricoles : des clients nous ont même aidé à vider les rayons des produits qu’on a ciblés. »
Sur l’écologie punitive : « Il faut arrêter le discours simpliste contre les consommateurs-pollueurs de la part d’écolos des villes, ça ne passe plus chez les agriculteurs. Comme pour la taxe sur les engrais. Les paysans sont piégés dans un système d’agriculture intensive, ils n’ont pas le choix. Il faut des solutions structurelles pour sortir de cette agriculture intensive, mais c’est plus compliqué que de mettre des taxes. »
Sur la Coordination rurale (CR) : « Oui, il y a débats dans la Confédération paysanne sur la tactique à suivre vis à vis des autres syndicats agricoles et notamment la CR, mais chez les actifs qui veulent se mobiliser, on est plutôt d’accord ; il faut y être et discuter. Ça n’a pas de sens de dire que se sont des fachos, c’est faux et trop simpliste. Ils sont surtout très en colère. On a beaucoup croisé la CR dans les actions, se faire pousser par les CRS ensemble, ça crée des liens. Ils n’en reviennent pas de la répression policière, on a les CRS à chaque fois pour nous dégommer, parfois plus de 15 camions, même dans l’Aude ! Il faut discuter avec les adhérent-e-s de la CR pour comprendre qui ils sont. Dans l’action, les barrières idéologiques tombent. » Par contre « la coordination du mouvement c’est chaud patate, il y a trop de colère, on n’a pas vraiment d’intersyndicale ici mais on essaie de se retrouver sur certaines actions. »
Sur la répression : « Les paysans sont un peu choqués par la répression policière et les attaques des fermes par les CRS, comme en Ariège avec carrément un Centaure. Une partie a donc tendance à accepter les abattages maintenant sur leurs fermes. Dès qu’on s’éloigne du bloc central de la FNSEA dans les prises de positions, qu’on s’attaque frontalement à la politique sanitaire ou commerciale de l’Etat et qu’on conteste ses décisions, on se prend logiquement la répression policière plein fer. Les paysans, ils s’en rendent compte, là. C’est les mêmes mécanismes que pour la répression dans les cités, répression qui vient dans les campagnes maintenant. »
Sur la DNC : « Dans l’Aude, on a 1 500 veaux bloqués dans les élevages à cause des restrictions sanitaires et qui ne peuvent pas être vendus. On a demandé, avec la Chambre d’Agriculture, que le Département nous les achète en circuit court pour alimenter la restauration collective sur le territoire (collectivités, Ehpad, écoles …).
On n’a pas eu de réponse sérieuse, les élus ne sont même pas venus à la réunion et leur proposition technique équivaut à mettre 7 ans pour écouler tous les veaux ! On va faire une action devant le Département. »
Sur la poursuite de la mobilisation : « Les JA et des dissidents FDSEA ont bloqué plusieurs jours la SOCAMIL [dépôt régional Leclerc] à Castelnaudary, pas un camion ne rentrait. Le blocage de l’autoroute à Carcassonne pendant 24h avec tous les syndicats, c’était une première, un beau succès ici. On réfléchit côté Conf’ à d’autres actions ou à bloquer des éléments structurants, il faudrait faire le lien avec les syndicats de salariés. Le problème, c’est que ça va très vite, on n’a pas forcément le temps de le faire, y compris avec les autres syndicats agricoles qui ne se posent pas cette question.» ★
