Drones et missiles en vedette à Eurosatory 07 juillet 2026
Le Salon international des armes de guerre terrestres est réservé aux « professionnels ». Ils étaient plus nombreux (2 600 exposants) que les années précédentes et les responsables des 80 entreprises ukrainiennes présentes pouvaient plastronner : « c’est notre salon ». En effet, ils sont les leaders dans le domaine des drones, de leur fabrication en masse et à bas coût, jusqu’aux techniques d’utilisation. Ils partageaient la vedette avec les « missiliers » – MBDA et ArianeGroup (1) – qui présentaient des missiles de longue portée, jusqu’à 1000 km, voire 2500 km, pour frapper, de façon « ciblée », en profondeur. C’est la leçon que tirent les états-majors des armées impérialistes, de la guerre en Ukraine, où les drones de tous types sont utilisés par milliers, par tous les belligérants et où la Russie utilise des missiles hypersoniques de « portée intermédiaire » (2) et où l’Ukraine presse ses alliés de l’UE et les USA, de lui livrer des missiles pouvant atteindre la Russie en profondeur.
Cette combinaison – drones/missiles – est une des caractéristiques de « la guerre de haute intensité » à laquelle se préparent les armées impérialistes sur le continent européen.
Ce salon était la vitrine de l’avancée des préparatifs de guerre des puissances impérialistes européennes dont les dirigeants ne cessent de pointer 2030, comme date d’un opération militaire russe contre un ou plusieurs Etats membres de l’UE et de l’Otan.
La question de la participation d’Israël a été « réglée » par un refus des organisateurs d’autoriser les industriels israéliens de promotionner les « armes offensives ». Leurs stands ont été occultés par des tentures, comme cela avait été fait lors du Salon aéronautique du Bourget, l’année dernière. Les organisateurs ne voulaient pas que la question de la coopération militaire avec l’Etat génocidaire soit remise au débat, même si ce salon n’était pas ouvert au public, comme celui du Bourget.
C’est à l’occasion du salon que le gouvernement français a annoncé un emprunt de 15 milliards auprès du fonds européen pour la défense, une somme qui couvre une partie de la rallonge de 36 milliards qui devrait être votée dans le cadre de l’actualisation de la Loi de programmation militaire (2024-2030). Portée à 436 milliards, Macron veut la brandir comme une de ses principales réalisations lors de son intervention le 14 juillet.
L’orientation de la militarisation de l’économie se confirme chaque jour, avec des annonces de production de matériels militaires par des groupes qui, a priori, n’ont pas une vocation militaire. Renault a confirmé, lors du salon, son choix de produire de plus en plus de drones. Il a conclu un accord avec Thales pour la construction d’un véhicule de commandement et a engagé des discussions avec Arquus (spécialiste des véhicules blindés).
Dans la revue Rupture sur la militarisation – et dans plusieurs articles de La Forge – nous avons parlé du méga projet franco-allemand, à 100 milliards, d’un avion de 6 e génération – le SCAF. Après dix ans de négociations et de tensions entre Dassault et Airbus, les gouvernements ont décidé de mettre un terme à ce projet. La concurrence entre Dassault, qui veut rester leader en Europe, et les partenaires allemands, associés à ce projet à travers Airbus, est trop forte. En toile de fond, c’est le leadership dans tout le domaine militaire, aussi bien de la production des armements que des forces et des moyens déployés, qui est un des enjeux majeurs de cette « coopération » franco-allemande censée être le moteur de la politique de défense européenne.
L’impérialisme allemand revendique une place plus importante, ce qui suscite des tensions avec l’impérialisme français. « L’Europe de la défense » se heurte au fait que les Etats impérialistes et les monopoles dont ils défendent les intérêts sont en concurrence pour la domination des marchés. ★
