Editions Grasset: Limogeage d’Olivier Nora par Bolloré 08 mai 2026
Le 14 avril 2026, le milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré a renforcé sa mainmise sur l’édition en licenciant le patron de Grasset, Olivier Nora. Il accroît ainsi son influence dans ce secteur stratégique. Le milliardaire (11e fortune française, évaluée à plus de 10 milliards d’euros) a bâti un empire puissant dans le domaine des médias, de la publicité et des communications depuis le début des années 2000. Le nombre d’entreprises qu’il contrôle est vertigineux : Canal+ et la chaîne aux relents racistes CNews. Dans le domaine de la radio, il est le propriétaire d’Europe 1. Dans la presse écrite, il possède le Journal du Dimanche (JDD), Voici , Capital et Femme actuelle . Dans l’édition, il détient Grasset, Hatier, Larousse et Fayard.
Une telle force de frappe est utilisée pour promouvoir les idées d’extrême droite : racisme décomplexé, islamophobie permanente, haine de l’étranger, focalisation sur les faits divers (si cela concerne des étrangers uniquement), catholicisme rétrograde, défense d’Israël, criminalisation de l’extrême gauche. La chaîne CNews a même été condamnée à 150 000 euros d’amende en novembre 2024 pour avoir notamment qualifié l’avortement de « première cause de mortalité au monde ». Plus récemment, de nombreux chroniqueurs et « journalistes » de la chaîne se sont « lâchés » sur Bally Bagayoko, le nouveau maire LFI de Saint-Denis, faisant des parallèles racistes sur les « singes » ou un « chef de tribu »… tout en mettant en cause sa probité en le considérant comme le candidat (et le maire) des dealers.
En 2023, Bolloré achète le groupe Hachette (avec les éditions Fayard, Larousse, Grasset, Calmann-Lévy, Le Livre de poche, Armand Colin…).
Cette acquisition lui a permis de mettre en lumière (et de financer) ses « amis politiques. Depuis, les éditions Fayard ont publié les livres de Jordan Bardella, Éric Ciotti ou Philippe de Villiers. Il a aussi récupéré les boutiques Relay, présentes dans les gares. Ces mêmes boutiques Relay ont mis en avant le livre de Jordan Bardella, publié chez Fayard, abondamment cité par les médias comme CNews ou le JDD. Bolloré met donc son empire au service d’une immense bataille culturelle pour faire triompher les idées d’extrême droite dans la société et le débat public.
Dans toutes les entreprises dont il a pris le contrôle, Bolloré a pratiqué des purges impitoyables licenciant tous ceux qui n’étaient pas sur cette ligne réactionnaire et xénophobe, les remplaçant par des éléments dociles. C’est exactement ce qu’il vient de faire avec Olivier Nora, PDG de Grasset depuis 2000.
Membre d’une grande famille intellectuelle, cet éditeur était reconnu pour son indépendance et bénéficiait d’un grand respect dans le milieu de l’édition, et plus largement le monde littéraire. Son maintien en poste en 2023 était le garant de « l’indépendance » des éditions Grasset face aux désirs de leur nouveau propriétaire.
Son éviction sans ménagement en avril 2026 et son remplacement par Jean-Christophe Thiery de Bercegol du Moulin, un énarque et surtout un proche du milliardaire d’extrême droite, marque la mise au pas de la maison Grasset. Cette éviction est aussi à rapprocher de l’arrivée surprise de l’auteur Boualem Sansal, la nouvelle coqueluche de toute la « facho-sphère » chez Grasset.
Le licenciement d’Olivier Nora a provoqué un énorme émoi chez les auteurs qui avaient leurs habitudes chez Grasset. Quelque 200 d’entre eux ont annoncé leur intention de quitter Grasset, refusant « d’être les otages d’une guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias » et dénonçant « une atteinte inacceptable à l’indépendance éditoriale » de la prestigieuse maison. Face à une polémique qui prend de l’ampleur, l’empire Bolloré s’est mis en branle pour justifier l’injustifiable et s’en prendre à la « petite caste de l’édition » qui fait beaucoup de « bruit pour pas grand-chose ». La palme revient à un article du Journal du Dimanche en date du 19 avril, écrit par Pascal Meynadier, secrétaire général de la rédaction. L’auteur, vieux routier de l’extrême droite radicale, en plus de s’en prendre de façon véhémente aux soutiens d’Olivier Nora, insiste lourdement sur ses origines et sa religion, à savoir le judaïsme. Un texte abominable, digne des années 30 et de l’hebdomadaire antisémite Je suis partout , qui a même provoqué le malaise (c’est dire !) d’Elizabeth Levy, pourtant chroniqueuse sur CNews ! ★
