Éducation nationale : Les classes défense : un exemple de militarisation de l’école 10 mars 2026
Dans le précédent numéro de la Forge nous avons abordé la question de la militarisation à l’école qui ne cesse de progresser.
Parmi les dispositifs divers et variés pour inculquer « l’esprit de défense » à la jeunesse, nous tenons à faire connaître les classes défense. Cet article s’adresse particulièrement aux enseignants, aux personnels éducatifs au sens large, aux parents d’élèves et aux jeunes militants qui pourraient y être confrontés.
Le dispositif « classe de défense et de sécurité globale » (CDSG) existe depuis 2005. Il a été créé dans l’Académie de Nice afin de « resserrer le lien armées – jeunesse distendu à la suite de la suspension de la conscription en 1997 » (d’après le site du rectorat de Rennes). Le dispositif a depuis été institutionnalisé et encadré par une convention cadre en 2016 entre l’armée et le ministère de l’Education nationale. Sous Jean-Michel Blanquer, en 2021, les CDSG deviennent une priorité ministérielle, dont l’objectif est, à court terme, d’en doubler le nombre et couvrir tout le territoire national. Force est de constater que le ministère s’est montré zélé à assurer le succès de l’entreprise : alors qu’il n’y avait que quelques classes en 2016, on en comptait 300 en 2021 (pour 6 000 élèves), 500 en 2023 et désormais plus de 1 200 à la rentrée 2025 (pour plus de 32 000 élèves). Le dispositif est vanté comme la mesure « phare » de la « politique jeunesse du ministère des Armées, emblématique de la vitalité du lien armées-jeunesse » (source : Vade-mecum de 2022, Classe de défense).
Il s’agit donc d’un partenariat entre l’Education nationale et le ministère des Armées. Cela se traduit, dans les établissements, par un parrainage entre une unité militaire et une classe ou un établissement. L’unité à la base du parrainage peut être une unité militaire, une unité de gendarmerie, ou un acteur de la sécurité (police, pompiers, sécurité civile…). Il n’est pas nécessaire que l’unité marraine soit située à proximité de l’établissement mais il faut au moins une visite annuelle de l’unité et la classe sera également invitée à participer à des cérémonies « patriotiques » , notamment les 8 Mai, 18 Juin et 11 Novembre.
L’ouverture d’une CDSG se fait, normalement, à l’initiative d’un ou plusieurs enseignants qui montent un projet sur le thème de la défense et de la sécurité avec l’accord du chef d’établissement. Il faut ensuite prendre contact avec le délégué militaire départemental (DMD), rechercher une unité marraine, finaliser le projet (horaires, contenus, sorties) et enfin signer une convention entre l’établissement et l’unité militaire, le tout validé par la DSDEN (Direction des services départementaux de l’Education nationale) et le rectorat. Une fois validée, la classe de défense doit être financée sur les moyens de l’établissement, notamment les volumes horaires. Si les sorties et activités (aussi à la charge de l’établissement) peuvent être prises en charge par le biais de subventions auprès de différents organismes (Rectorat, ministère des Armées, collectivités locales, mécénat…) les heures supplémentaires consacrées au dispositif doivent être prises sur les moyens horaires de l’établissement scolaire (ce qu’on appelle dans le jargon la « marge »). C’est donc autant d’heures en moins pour financer d’autres projets, les options (latin, classe sportive), l’apprentissage d’une troisième langue, etc. La création d’une CDSG peut donc être source de tensions entre collègues, dans un contexte de pénurie de moyens. C’est aussi un chantage aux moyens qui est fait : alors que les budgets éducatifs sont en baisse, l’armée (qui, elle, bénéficie de moyens en hausse) propose, en échange de s’associer avec elle et de faire de la promotion pour ses métiers, des moyens pour financer tel ou tel voyage ou sortie.
Le dispositif est aussi particulièrement pernicieux car il est « souple ».
On peut ouvrir des classes défense sur à peu près tout, sans que cela soit perçu comme un endoctrinement ou bien une promotion de l’armée. Il existe des classes « cyber », « santé », « engagé », « géopolitique et citoyenneté », « enjeux maritimes », « mémoire » et même « musique » (en association avec la musique militaire). L’EMC (enseignement moral et civique) est souvent invoqué pour justifier la création de telle ou telle classe défense.
Cependant, il ne s’agit pas d’apprendre à l’élève à penser par lui-même ou d’avoir un esprit critique mais de se conformer à un discours dominant qui veut que notre seul horizon soit dans le renforcement des moyens militaires et sécuritaires et que notre jeunesse doit « s’engager » pour « défendre la nation ». ★
