Parti Communiste des Ouvriers de France

Eléments de bilan sur les municipales
09 avril 2026

Ces élections municipales ont monopolisé pendant des semaines les partis politiques et les médias, avec l’objectif, pour la plupart des partis, d’en faire un test national alors qu’il s’agit d’élections à forte connotation locale, avec quelque 25 000 communes de moins de 1 000 habitants.

Il y a eu, en quelque sorte, une entreprise de « nationalisation » de ces élections, avec, pour plusieurs partis (notamment RN, LFI, PS…) l’objectif d’en faire une préparation des présidentielles de 2027. Ce n’était pas le cas pour le parti macroniste, dont les candidats ont caché leur appartenance politique pour ne pas être sanctionnés. Quant aux partis de droite, divisés sur la question d’une candidature unique en 2027, l’enjeu était de conserver le maximum d’élus locaux, ce qui n’a pas empêché plusieurs élus municipaux sortants de changer de parti, pour rallier le RN. E. Philippe a fait de sa réélection en tant que maire du Havre, la condition pour se présenter en 2027.

Dans un premier temps, l’intérêt principal s’est concentré sur les scores qu’allait réaliser le RN, lui offrant de même coup une grande couverture médiatique. En parallèle, toutes les attentions des grands médias se sont focalisées sur les divergences entre LFI et les autres composantes de l’ex-nouveau front populaire, avec l’objectif de creuser les divisions.

Les événements de Lyon, avec la mort de la personne qu’aujourd’hui, plusieurs médias qualifient à juste titre de néofasciste, et même de néonazie, et les accusations contre les antifas de la Jeune garde, ont déclenché une intense campagne contre LFI, dans le but de déstabiliser une partie de son électorat, de l’isoler et de la diaboliser.

Cette campagne a eu des effets sur les éventuelles alliances, au premier et surtout au deuxième tour, et a creusé le fossé entre le PS et LFI. Les appels «  à l’unité  » lancés par les écologistes, des responsables d’Après, de Ruffin… n’avaient aucune chance d’être entendus.

Avant d’analyser les résultats, il faut prendre en compte le phénomène de l’abstention.

Une abstention élevée

L’abstention a battu des records, pour une élection qui, généralement, mobilise les électeurs des 35  000 communes : 42,18 % au second tour, soit pratiquement le même taux qu’au premier tour, alors que les enjeux du deuxième tour, notamment dans les villes et surtout les grandes villes, étaient importants.

Cette abstention élevée reflète la tendance à l’œuvre dans les différents scrutins, depuis des années.

Mais elle n’est pas synonyme d’apolitisme – même si ce phénomène existe et qu’il gagne du terrain – mais plutôt de la distance prise vis-à-vis d’élections qui « ne changent rien », un sentiment particulièrement fort dans les milieux populaires, parmi les plus pauvres. Il s’appuie sur la réalité de la politique anti-ouvrière et antipopulaires qui est imposée, quels que soient les résultats des élections, qui enrichit les plus riches et appauvrit la grande masse, et qui défend toujours et avant tout les intérêts des monopoles.

Les responsables des partis politiques ont tendance à évacuer la question de l’abstention en mettant en avant la défiance des citoyens vis-à-vis des partis. Certaines listes ont carrément occulté les appartenances politiques sur leurs documents électoraux, mettant en avant des « listes citoyennes ». Cela n’a pas davantage mobilisé les électeurs potentiels.

Chez beaucoup de personnes qui sont allées voter, et y compris celles qui se sont abstenues, il y a l’idée que, de toute façon, il faut se battre, qu’il n’y a pas d’autre voie pour se défendre.

Et chez beaucoup d’électeurs, la motivation a été principalement de « voter contre », plutôt qu’une adhésion à une liste.

On peut donc dire que ces élections ont, avant tout, mobilisées les électeurs politisés et qu’il n’y a pas eu de dynamique générale, ce qui ne diminue en rien l’importance des succès, notamment ceux qui ont fait barrage au RN ou ceux des listes conduites par des candidats issus des milieux populaires, issus de l’immigration.

L’analyse des résultats

Ce que nous voulons mettre en avant, notamment sur les résultats du 2e tour, c’est que là où il y avait des enjeux, notamment en termes d’empêcher la victoire du RN, il y a eu une véritable mobilisation militante , entre les deux tours, pour faire voter « contre le RN ».

Dans les régions où le parti d’extrême droite a une implantation électorale et politique depuis des années, avec des députés et des maires, il gagne largement, et gagne encore des communes, notamment dans le Sud-Est et dans le Nord. Ces gains, il les a obtenus souvent dès le premier tour ; au deuxième tour, il s’est heurté à un réel barrage dans les grandes villes.

Son leader, Bardella, s’est précipité pour appeler à l’union des droites en vue des présidentielles, pour maintenir la mobilisation de ses troupes.

M. Le Pen l’a repris en rappelant que le parti d’extrême droite ne s’adresse pas prioritairement à la droite, mais «  aux Français  », selon la ligne du « ni gauche, ni droite ». Cette question traverse le RN, d’autant que les partis de droite ne se sont pas « effondrés ».

En effet, la droite se maintient sans surprise dans beaucoup de petites communes, (souvent sous des listes «  sans étiquette  »), dans de nombreuses villes petites et moyennes, mais ne gagne pas les très grandes villes, à quelques exceptions près, comme Toulouse que la droite dirigeait déjà. Retailleau, Wauquiez et Cie, ont développé leurs thèmes réactionnaires, proches de ceux du RN, mais en affichant une «  indépendance » vis-à-vis de ce parti.

Autre enseignement, c’est l’implantation de LFI, essentiellement dans des villes de gauche, avec des succès importants dans les quartiers et villes populaires. C’est l’expression d’une radicalisation de franges importantes des jeunes des quartiers populaires, d’une frange politisée de la jeunesse étudiante. ★