… Et toujours l’impunité policière 09 avril 2026
Des révélations récentes, pas toujours très médiatisés, mais bien réelles, montrent que l’institution policière, censée être garante de la lutte contre l’insécurité, est loin d’être exempte de tout reproche !
Alors que le gouvernement cible la jeunesse sur la question du narcotrafic, des affaires récentes révèlent que, sur ce terrain, les acteurs sont… les policiers eux-mêmes ! Entre 2020 et 2024, les enquêtes au sein de la police, pour des faits de corruption (consultation illicite de fichiers, violations du secret professionnel…) ont bondi de 70 %.
«Nous sommes sur un phénomène qui s’amplifie. La question est de savoir s’il s’agit d’une augmentation de la corruption ou de nos capacités de détection », observe Stéphane Hardouin, patron de l’IGPN. A la suite de la parution de ce rapport, plusieurs faits récents illustrant le phénomène ont été publiés dans la presse. C’est ainsi qu’à Lyon, en mars 2026, un policier est soupçonné d’avoir fourni, contre rémunération, des renseignements puisés dans les fichiers de la police, à un réseau criminel de mercenaires colombiens.
De même, en mars 2026, un policier de l’aéroport de Nice est soupçonné d’avoir été corrompu par des narcotrafiquants des pays de l’Est, pour laisser passer des « mules », des personnes qui acheminent les stupéfiants.
Et une policière est interdite d’exercer à Marseille après sa mise en examen, en septembre 2025, pour avoir vendu des informations du fichier de police au grand banditisme du narcotrafic.
234 policiers en 2024 ont été poursuivis pour corruption. Le rapport de l’IGPN note : « Le volume des enquêtes ouvertes sur des faits de violation du secret professionnel reste important en 2024 avec 93 saisines, de même que les détournements de fichiers avec 76 saisines . » S’y rajoutent les faux et usages de faux en écriture, le trafic d’influence, la concussion, le détournement de fonds publics, la prise illégale d’intérêts et le favoritisme.
Il y a aussi un nombre important de policiers et gendarmes qui ont commis des voies de fait sur des manifestants ou simplement des civils supposés d’origine étrangère.
Les enregistrements des caméras piétons de Sainte-Soline ont été révélateurs d’actes de violence délibérés (« Une GENL [grenade de désencerclement] dans les couilles », « On va les manger », « Faut qu’on les tue »).
Mais pas d’auteur identifié… pas de sanction. L’enquête risque bien de se conclure sans aucune poursuite. Et qu’en sera-t-il des suites de la mort dans un commissariat d’El Hacen Diarra, interpellé et passé à tabac devant son foyer dans le 20e arrondissement de Paris ? Justice sera-telle rendue à Flaviel, roué de coups à Noisiel par un policier, et qui a eu « la chance » d’être filmé ? Rien n’est moins sûr.
Après la récente relaxe en cassation pour le meurtre d’Adama, c’est aujourd’hui le verdict du procès du policier qui a tué Nahel qui suscite l’indignation. Les juges avaient ordonné le renvoi du policier devant la cour d’assises pour meurtre, écartant la légitime défense. Mais la cour d’appel de Versailles, elle, a requalifié le meurtre de Nahel en « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». La qualification de meurtre par un policier en service entraînait la possibilité d’une très lourde peine aux assises, avec un jury populaire. Or, cette requalification va déplacer le jugement dans une simple cour criminelle, par des juges professionnels, avec une peine bien moins lourde encourue.
Quant à la Loi Cazeneuve, qui autorise les policiers à tirer sur un véhicule qui n’obtempère pas, elle est comprise comme un permis de tuer sans conséquences.
Ces lois qui aggravent les sanctions pénales, notamment pour des délits souvent commis par la jeunesse, et celles qui créent une quasi-impunité pour la police sont symptomatiques de la fascisation en cours.
On apprenait tout récemment par le site Disclose que tous les policiers et gendarmes auraient été autorisés depuis 2022 à accéder à la fonction de reconnaissance faciale et au fichier d’antécédents judiciaires (TAJ) sur leur téléphone NEO (1) alors que cet usage est illégal. La CNIL va se saisir de cette affaire mais le ministre de l’Intérieur dit de son côté ne pas être au courant ?! ★
(1) Nouvel équipement opérationnel (NEO) fournit aux policiers et aux gendarmes français des terminaux mobiles dotés d’une connexion sécurisée haut débit.
