Parti Communiste des Ouvriers de France

Européanisation de la dissuasion nucléaire française, danger !
10 mars 2026

La mise en scène était pensée pour donner une impression de puissance  : Macron sur un podium, surplombant l’énorme sous-marin nucléaire, lanceur de missiles nucléaires, dans un immense hangar de la base navale de l’Ile longue.

En janvier, dans ses vœux aux armées, il avait dit  : « Pour rester libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant ». Dans l’esprit des dirigeants politiques et militaires de l’impérialisme français, la dissuasion nucléaire a toujours été la clé de voûte de la puissance, qui devait inspirer la crainte à tout Etat ennemi potentiel.

La dissuasion nucléaire « élargie », annoncée en grande pompe, comprend une offre de participation d’Etats européens « aux exercices de la dissuasion française  » et la possibilité de déployer des avions français équipés de missiles nucléaires, sur des bases des Etats intéressés (1).

Cette participation aux manœuvres et ce déploiement temporaire d’ogives et de leur vecteur, qui élargit la « profondeur de champ » de la dissuasion nucléaire française, intéressent déjà 8 Etats (2).

Mais il ne s’agit pas de stocker des ogives et leurs vecteurs de façon permanente sur leurs bases, comme le font les forces US en Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas (3). Il ne s’agit pas de substituer le « parapluie nucléaire » des USA et de l’Otan à un parapluie européen, à base d’une force nucléaire française européanisée : les deux resteraient complémentaires.

L’offre de service de Macron a un autre volet : il concerne le renforcement de la coopération européenne des forces conventionnelles dans les domaines dits «  sous le seuil nucléaire  ». Cela recouvre tous les systèmes de surveillance aériens et spatiaux (radars et satellites), les systèmes de défense anti-missiles et anti-drones et les capacités de frappe dans la grande profondeur (les missiles à très longue portée), qui sont mobilisés avant le recours à l’arme nucléaire.

En effet, la doctrine française de recours à l’arme nucléaire se veut dissuasive  ; elle n’est activée que dans le cas d’une menace vitale avérée, comme le lancement d’un missile nucléaire de grande puissance, ciblant ses « intérêts vitaux ». Cette doctrine est différente de celle des USA et donc de l’Otan, qui envisage une « riposte graduée  » (pas un tout ou rien, mais un éventail de ripostes, mêlant des armes conventionnelles de grande puissance, des ogives nucléaires tactiques, jusqu’aux bombes et missiles de grande puissance nucléaire).

Cela montre que ce projet soulève plusieurs problèmes d’interprétation entre les Etats qui y participent à des niveaux différents.

Ceci dit, Macron a fait d’importantes annonces concrètes concernant un renforcement de l’armement nucléaire.

D’une part, il a annoncé la mise en service du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins de nouvelle génération à l’horizon 2036. Il a également annoncé la fabrication de nouvelles ogives nucléaires. La ministre de la Défense, C.  Vautrin, a traduit ces décisions en chiffres : la prochaine actualisation de la loi de programmation militaire (2024-2030) de 413 milliards va augmenter de 36 milliards.

Macron justifie l’accélération et le renforcement des capacités militaires nucléaires françaises par l’avènement d’un nouvel âge nucléaire, avec de nouveaux vecteurs (les missiles hyper véloces), la fin de tous les accords de limitation des armements nucléaires qui avaient été conclus entre les USA et l’URSS. L’ambition d’européanisation de la dissuasion nucléaire française ne remet pas en cause le fait que c’est le chef de l’Etat français qui est le seul à décider de son emploi, et qu’il n’y a pas de partage de la fabrication de l’arme nucléaire. Par contre, il entraîne le gouvernement allemand, très consentant, dans cette politique. Avec une précision  : « La coopération franco-allemande complétera, sans les remplacer, la dissuasion nucléaire de l’Otan et la participation nucléaire à laquelle l’Allemagne contribue et continuera de contribuer.» ★


1. Les sous-marins lanceurs d’engins nucléaires ont, quant à eux, pour vocation de rester « invisibles » et de circuler dans toutes les mers et océans de la planète, avec leurs missiles M54.4, de plus de 8000 km de portée.
2. Allemagne, Belgique, Danemark, Grèce, Pays Bas,Pologne, Royaume-Uni, Suède.
3. Il y a actuellement, 80 bombes nucléaires US B-61.12,avec les avions capables de les larguer, comme le F-35, qui stationnent sur des bases de ces pays. Les USA ont le contrôle total sur ces méga bombes, qui peuvent être larguées à 35 km de leur cible.