Flambée des prix : Beaucoup de victimes et quelques profiteurs 09 avril 2026
Avant de se rétracter, pour calmer les inquiétudes, le ministre de l’Économie avait parlé d’un « nouveau choc pétrolier » . La flambée du prix des carburants touche les professionnels (marins-pêcheurs, agriculteurs, transporteurs…) et toutes celles et ceux qui ont besoin de leur voiture quotidiennement (aides à domiciles, infirmiers et infirmières, salarié.e.s devant se rendre à leur travail avec leur véhicule individuel, habitant.e.s des quartiers et des zones rurales non ou mal desservis par les transports en commun…). Mais pas seulement !
Les hausses de ce qui est à la fois une source d’énergie et une matière première pour de nombreux secteurs (BTP, plasturgie, textile…) se répercutent sur l’ensemble de la population. La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz font, également, s’emballer le prix des engrais (1) avec des conséquences en cascade sur le prix des denrées agricoles.
La réponse du gouvernement
D’entrée, Lecornu et ses ministres ont réaffirmé que les caisses de l’Etat étaient vides et qu’il n’y aurait, en aucun cas, des mesures généralisées comme ce fut le cas durant la crise sanitaire liée au Covid. Evoquant la situation des finances publiques et la nécessité de contenir le déficit, le gouvernement a écarté une baisse des taxes sur les produits pétroliers qui représentent près de 60 % du prix à la pompe (essence et diesel). Ils l’ont d’abord justifié en indiquant qu’une hausse des prix du pétrole affecterait la croissance et, par voie de conséquence, les entrées fiscales ! Pour finalement indiquer que le « surplus » de recettes fiscales engendré par la hausse du prix des carburants serait utilisé pour électrifier l’économie et sortir de la dépendance aux énergies fossiles !
Les seules mesures annoncées de manière exceptionnelle, pour le mois d’avril, ne concernent que quelques secteurs économiques. La ministre de l’Agriculture a confirmé à la FNSEA la suppression de l’exonération totale de taxe sur le gasoil non routier agricole (ce qui revient à une baisse de 4 centimes par litre, car ce produit n’était déjà que très faiblement taxé).
La ministre de la Mer et de la Pêche a annoncé aux patrons pêcheurs le remboursement sur présentation de facture de 20 centimes par litre de gazole marin. Le ministre des Transports a, de son côté, évoqué une aide « exceptionnelle » de 50 millions d’euros pour les TPE et PME du transport routier « les plus en difficultés » , ce qui devrait également correspondre à une aide de 20 centimes par litre pour ces entreprises. Le gouvernement tente ainsi de répondre aux exigences des représentants de l’agriculture industrielle et de calmer la colère des petits patrons, mais a peu de chance d’y parvenir. Il y aura beaucoup de perdants, avec une concurrence féroce entre monopoles et de nombreuses faillites parmi les entreprises plus modestes. Mais la crise et la fluctuation des cours mondiaux sont aussi, pour certains, une belle opportunité pour spéculer. C’est le cas des pétroliers qui voient leurs bénéfices exploser !
Les profits records de TotalEnergies
La firme avait déjà profité de l’invasion de l’Ukraine au cours du premier trimestre de l’année 2022, réalisant alors un profit record de 9 milliards de dollars sur trois mois. La guerre au Moyen-Orient lui a permis de réitérer en encaissant des profits exceptionnels d’un montant équivalent sur les deux premiers mois de l’année 2026.
Et ça va continuer en mars. Ce puissant monopole privé vend, en effet, au prix d’aujourd’hui, les stocks qu’il avait accumulés à des prix beaucoup plus bas avant que les cours mondiaux ne flambent. Le plafonnement des produits à la pompe qu’il présente comme un geste en direction de ses clients ne va pas vraiment écorner les profits de monopole qu’il peut réaliser en contrôlant toute la chaîne, de la production jusqu’à la distribution. Avant même ces profits exceptionnels engrangés grâce à la guerre, le groupe avait déjà réalisé en 2025 des profits qu’il a lui-même qualifiés de « records ». Ce qui ne l’a pas empêché de refuser les augmentations de salaires réclamées par les syndicats lors des négociations annuelles collectives.
« De l’argent pour les salaires, les retraites et les prestations sociales, pour se chauffer, se nourrir et se déplacer…, pas pour les actionnaires et pas pour la guerre », cette exigence est plus que jamais d’actualité ! ★
