Groenland : Recul de Trump, mais militarisation accrue de l’île 12 février 2026
Tout de suite après l’opération militaire au Venezuela et le kidnapping du président Maduro, Trump remettait sur la table l’annexion du Groenland. Cette île, ancienne colonie du Danemark, a un statut particulier d’autonomie, qui en fait un territoire d’outre-mer de … l’UE, comme c’est le cas des colonies contrôlées par l’impérialisme français. Les ambitions de Trump concernent le contrôle des richesses stratégiques du sous-sol (terres rares) essentielles pour les géants de la Tech. Mais aussi le déploiement d’un « dôme d’or », un bouclier antimissile destiné à intercepter les missiles à partir d’armes installées dans l’espace, dans lequel le Groenland a une localisation stratégique. Il envisage aussi le déploiement massif de forces militaires pour empêcher toute installation économique et militaire de la Russie et de la Chine dans cette zone de l’Arctique.
Les dirigeants des Etats de l’UE, membres de l’Otan, ont envoyé symboliquement quelques soldats, fait voler des avions… pour exprimer leur soutien au gouvernement danois et exhorter Trump à renoncer à une opération de prise de contrôle militaire de l’île.
A Davos, Trump y a renoncé et le secrétaire général de l’Otan, Rutte, qui l’appelle « daddy », a trouvé une « solution » : accroître la présence militaire de l’Otan, accorder la souveraineté territoriale aux USA sur la base US existante et leur offrir la possibilité d’en installer davantage.
Une députée groenlandaise a fort justement dénoncé ce deal :
« l’Otan n’a en aucun cas le pouvoir de négocier quoi que ce soit, sans nous concerter. Rien sur nous, sans nous ! » L’aspiration à l’indépendance que le peuple inuit revendique a gagné en ampleur et le refus de se faire « acheter » par les USA ou de s’en remettre au Danemark ou à l’UE, a également grandi. Il faut appuyer ces positions. ★
Nous publions ci-dessous la traduction de la position du parti frère du Danemark, le Parti Communiste des Ouvriers du Danemark APK, sur l’avenir du Groenland.
« La lutte du peuple groenlandais doit être menée contre tout impérialisme »
Nous appelons à la solidarité avec la classe ouvrière groen landaise et le peuple inuit, pour leur droit à décider du destin de leur propre pays, le Kalaallit Nunaat, et de leur propre avenir. Les menaces de Trump et des ÉtatsUnis de s’emparer du Groenland pour l’intégrer à leur zone de sécurité, que ce soit par des moyens militaires ou écono miques, constituent un acte d’agression impérialiste. Elles ne servent qu’à proté ger les intérêts économiques et géopoli tiques des États-Unis. Le Groenland est pris dans l’œil du cyclone de la rivalité entre les puissances impérialistes pour le pillage des ressources naturelles, le contrôle militaire et la domination mondiale. Le traitement réservé par les États-Unis à leurs propres peuples autochtones et à leur classe ouvrière montre clai rement que remplacer la suprématie de l’impérialisme danois dans le cadre du Royaume danois par la suprématie américaine n’est pas une alternative ni une « bonne affaire » pour le peuple groenlandais. C’est comme passer de la poêle à frire au feu. L’administration Trump a depuis longtemps hypocritement tenté d’exploiter l’opposition à l’impérialisme danois au Groenland à son propre profit. Le gouvernement danois se donne de grands airs sur le plan moral, mais il a déjà vendu ce peuple et son pays aux États-Unis. Il espère conclure un accord avec Trump qui permettra au Danemark et à l’UE de conserver une part du gâteau. Qu’il s’agisse de négo ciations publiques ou secrètes entre les politiciens danois, groenlandais et américains, c’est une insulte au peuple groenlandais, qui n’est pas à vendre. La classe ouvrière, la jeunesse et le peuple groenlandais réclament l’indé pendance et le droit de déterminer leur propre avenir. Cette lutte contre tout impérialisme est et restera d’actualité. C’est finalement de cela que dépend la sécurité du Groenland. Une pré sence militaire accrue du Danemark, des États-Unis, de l’UE et de l’OTAN signifie le contraire et constitue une voie dan gereuse. Nous rejetons les affirmations nationalistes selon lesquelles le Groenland ne peut pas gérer son indépendance. Que le pays est trop pauvre, trop sousdéveloppé et que la population est trop peu éduquée. C’est là l’expression d’une pensée colonialiste, d’arrogance et de racisme. Le Groenland moderne est porteur d’avenir, avec de nombreuses opportu nités, des ressources et, surtout, une conscience poli tique nationale croissante qui veut concilier le progrès avec les valeurs indigènes et le respect de la nature. Nous ne voulons pas voir le Groenland devenir un musée en plein air pour les touristes ni un pays en dévelop pement dépendant du néocolonialisme. Si le Groenland est aujourd’hui économiquement faible, il faut se demander où disparaît la richesse du Groenland, puisque c’est cela qui se passe. Les monopoles multinationaux accaparent les matières premières et l’argent qu’elles rapportent hors du pays, et le Groenland se retrouve avec la facture du nettoyage et des dommages envi ronnementaux causés, par exemple, par l’exploitation minière. La pêche est la plus grande industrie du Groenland, mais alors que l’UE et le Danemark font fortune grâce au poisson du Groenland, les pêcheurs groenlandais et les travail leurs des usines de transformation du poisson ne touchent que des miettes. Le développement de l’économie groenlandaise ne va pas au-delà du stade de sous-traitant des monopoles prédateurs. Elle est, de ce fait, faible. Cela vaut quel que soit le drapeau impérialiste sous lequel elle se place. C’est pourquoi, elle doit être développée dans le cadre de combat contre tout impérialisme. Sur le plan culturel, idéologique et social, le peuple inuit a été opprimé et traité comme un peuple de citoyens de seconde zone dans leur propre pays et comme le sont les Groenlandais au Danemark. Pour les dirigeants néocoloniaux, il n’est pas rentable de fournir à tous les Groenlandais les connaissances et l’éducation requises par une société moderne, mais plutôt de les maintenir dans un état de dévalorisation. Les postes clés de la fonction publique et de l’administration publique sont occu pés par des Danois et des Groenlandais formés par la puis sance coloniale. Ils forment une classe sociale particulière qui vit séparément et dans des conditions complètement diffé rentes de celles du Groenlandais moyen. Avec une petite classe supérieure intégrée aux mono poles danois, américains et multina tionaux, ils occupent le sommet de la pyramide sociale. Et comme nous le savons au Danemark, les fonctionnaires, les politiciens et les PDG du secteur privé échangent leurs postes et leurs casquettes au sein des réseaux de l’élite au pouvoir. Les conditions sociales et les différences de classe sont comparables à celles des États-Unis. Le Groenland moderne porte également en lui tous les maux inhérents au capitalisme et les obstacles au développement, tels que la propriété privée, l’exploitation et un appareil d’État néocolonial. Un obstacle majeur au développement de l’indépendance du Groenland est l’accord d’autonomie de 2009, qui a privé les Groenlandais du droit de déci der de la politique étrangère, de défense et de sécurité, ainsi que de la politique monétaire. La bourgeoisie danoise et son gouvernement ont des siècles d’ex périence en matière de pseudo-accords qui ne changent que la surface des choses et en matière de dissimulation de la vérité derrière des concessions apparentes si cela s’avère nécessaire. Toute avancée vers une plus grande indépendance sera une lutte contre l’impérialisme danois et le pouvoir néo colonial de l’État danois – et contre tout autre impérialisme, s’il s’agit de réaliser de réels pas en avant. Cela ne se fera pas spontanément. Il faut avant tout un parti révolutionnaire capable de développer et d’organiser une conscience révolutionnaire et une lutte au sein de la classe ouvrière pour rompre avec le capitalisme. Et d’arriver à unir la lutte pour la libération sociale à la lutte pour l’indépendance nationale. Aujourd’hui, un tel parti n’existe pas au Groenland. Mais cette question et cette nécessité sont actuelles et objec tivement posées. La lutte pour l’indé pendance est une vaste lutte populaire, mais elle pourrait également être un puissant moteur de la lutte des classes au Groenland si elle était fondée sur les besoins et les intérêts de la classe ouvrière et de la population rurale et si elle pouvait offrir un avenir aux jeunes. La classe ouvrière danoise et les révolutionnaires danois ont également un rôle et une tâche à jouer dans la lutte pour l’indépendance du Groenland. À la fois en combattant l’impérialisme danois et en l’affaiblissant par la lutte des classes au Danemark, mais aussi en s’opposant concrètement à chaque mesure prise par le pouvoir étatique danois sur les plans économique, militaire et financier pour maintenir et utiliser son pouvoir néocolonial. Et par le développement d’une solidarité internationale concrète et active avec la classe ouvrière groen landaise et le peuple inuit. ★
