Il faut faire payer les patrons ! 12 février 2026
En lien avec l’exacerbation des contradictions inter-impérialistes (course pour le contrôle des matières premières, repartage des marchés, guerre commerciale…) la concurrence entre les monopoles de par le monde ne cesse de s’aiguiser. De très nombreuses entreprises ferment et beaucoup restructurent avec notamment la généralisation de l’IA. Des dizaines de milliers de postes de travail sont du jour au lendemain supprimés ou en passe de l’être, et ce, dans tous les secteurs de l’économie.
La situation des travailleurs s’aggrave. Les maigres augmentations de salaires arrachées n’arrivent toujours pas à compenser les pertes conséquentes du pouvoir d’achat lié à la crise inflationniste suite à la pandémie du Covid 19. La précarité sous toutes ses formes s’impose à toujours plus de salariés, en particulier de femmes et de jeunes.
Le patronat est à l’offensive pour renforcer les conditions d’exploitation des travailleurs-euses et conforter son taux de profit. Après avoir réussi à obtenir la quasi-généralisation du travail du dimanche, il s’attaque maintenant à la journée internationale de lutte et de solidarité des travailleurs : le 1 er mai ; il pousse les feux pour limiter encore le droit de grève dans les transports, et vient, entre autres choses, de gagner la revalorisation de la prime d’activité – c’est-à-dire une prise en charge plus importante par l’Etat d’une partie du salaire des salariés les moins bien payés – de quoi conforter ses profits et maintenir les salaires au plus bas. Et le Medef vient de lancer sa dernière provocation sur l’emploi des jeunes en proposant un smic à plusieurs niveaux et un Cdi avec une période d’essai de plusieurs années !
Cette « brutalisation » patronale s’accompagne d’une répression à large spectre contre les syndicalistes, notamment celles et ceux de la CGT qui n’hésitent pas à monter « au front » pour défendre les intérêts de leurs camarades de travail. Pour bien signifier qu’il y a des limites à ne pas franchir, c’est S. Binet, la secrétaire générale de la CGT, qui est visée par une plainte pour avoir apostrophé B. Arnault d’un : « les rats quittent le navire » !
Dans cette même logique, contrairement à des années et des années de pratique en matière de « dialogue social », le Medef a décidé de faire la chaise vide lors de la conférence sur le travail et les retraites voulu par S. Lecornu après l’échec du « conclave ». Par contre dans les négociations à venir sur l’assurance chômage il sera bien là et exige un milliard « d’économies » sur le dos des chômeurs, alors que le gouvernement ne demande que… 400 millions ! Répartition des rôles ?
Certes, mais avec cette posture très agressive du patronat qu’on retrouve lors des négociations annuelles obligatoires (NAO) sur les salaires ou lors des fermetures d’entreprises annoncées ou en cours.
Cette violence de classe – comment la qualifier autrement ? – en action avec les fermetures des usines Michelin, Vencorex, Brandt, Arc, NovAsco, Teisseire, ACI, Erasteel, Dumarey… sans compter tous ces licenciements annoncés dans les groupes comme ArcelorMittal, STMicroelectronics…, les banques et services financiers comme dans le commerce… est aussi le reflet de l’aiguisement de ces contradictions au niveau international où « tout se tend ».
Dans ce contexte, face aux fermetures d’usines, qui peut penser raisonnablement que la solution serait une « réindustrialisation » portée notamment par la CGT alors que tout n’est que confrontation pour plus de rentabilité, de profit sur le dos des travailleurs-euses ?
L’expérience du mouvement ouvrier, en lien avec l’histoire économique du capitalisme, montre que les vagues « d’industrialisation » sont d’abord et avant tout liées au renouvellement du capital fixe, c’est-àdire au remplacement des machines obsolètes et des anciennes façons de produire par de nouvelles, comme par l’arrivée sur le marché de nouvelles productions où la fin de certaines. C’est ce qui est en œuvre, là aujourd’hui sous nos yeux, notamment dans le secteur de l’automobile.
En disant cela nous ne cédons en rien aux lois du capitalisme, bien au contraire, mais faisons preuve de lucidité. Nous savons – comme le marxisme nous l’enseigne – que toute illusion sur la marche du système est lourde de conséquence en termes de batailles perdues.
En fermant l’usine, en licenciant, c’est le patron qui décide unilatéralement de rompre le lien de subordination qui existe entre lui et les travailleurs qu’il a embauchés.
Quoi que de plus logique – y compris du point de vue du droit – que de contester cette rupture unilatérale de la part de l’employeur et d’exiger des compensations pour ce fait ?
Pourquoi cette exigence de faire payer ces licenciements aux patrons serait faire injure à la conscience de classe ?
« Nous ne sommes pas là pour négocier des miettes. Nous ne sommes pas là pour négocier des chèques de licenciements. Ce que nous voulons, c’est le maintien de l’usine avec un projet qui permet de développer l’économie circulaire » a déclaré S. Binet lors de sa visite de soutien aux salariés d’Erasteel en grève à Commentry (03). Mais fi des injonctions de S. Binet, dans nombre d’entreprises confrontées à la fermeture – c’est ce qui vient de se passer aussi à Teisseire –, les travailleurs avec leur(s) syndicat(s) et en l’occurrence bien souvent la CGT, se battent pour obliger le patron à sortir le carnet de chèques pour le préjudice à venir augmenté de tous les préjudices passés dont il est le seul responsable.
Assez de faux semblants !
Cette injonction faite aux syndicats « pour trouver une solution, un repreneur », est largement relayée et organisée par les pouvoirs politiques pour, au bout du compte, amener les salarié-es à « mieux se vendre » individuellement et collectivement. A en rabattre sur leurs exigences en matière de conditions de salaires, de travail, d’effectifs… en échange d’une éventuelle possibilité de conserver quelques emplois afin de limiter et canaliser cette colère légitime, de classe, qui explose à l’annonce de ces fermetures.
Là où le syndicat en est resté à la « défense de l’entreprise » et pire à la « défense de la marque » (?!), non seulement le patron n’a pas bougé, calé sur les strictes indemnités légales, et l’usine a fermé. Exit la possibilité d’arracher ne seraitce une quelconque « prime supralégale » pour les travailleurs !
Les travailleurs-euses n’ont que leur force de travail à vendre, ils ne sont pas comptables de la marche du système capitaliste. C’est aux patrons de payer ! ★
