Iran : Les manifestations contre la vie chère et le régime islamique prennent de l’ampleur 13 janvier 2026
Depuis dix jours, un mouvement de contestation secoue l’Iran.
Parti d’une grève des commerçants du Bazar contre le coût de la vie, il s’est très vite étendu à d’autre villes et régions. Au moins 25 sur 31 provinces iraniennes ont été touchées, à des degrés divers, par des mouvements de protestation, les manifestations rassemblant des cortèges considérables. Très vite, au coût de la vie se sont ajoutées des revendications politiques, portées notamment par les étudiants qui ont bloqué les universités. Dans un premier temps, le pouvoir a laissé faire les manifestations contre la cherté de la vie, reconnaissant « le droit légitime à manifester pour des revendications économiques ». Le salaire moyen est d’environ 170 euros par mois et le salaire minimum d’environ 85 euros.
Depuis des années, les Iraniens subissent une hyperinflation de 52 % du fait notamment des sanctions internationales liées à son programme nucléaire. Fin septembre dernier, après les 12 jours de bombardement intensifs étasuniens de l’Iran en juin, le Conseil de sécurité a rétabli les sanctions onusiennes (1) levées en 2015 mais réintroduites par Trump en 2017 lors de son premier mandat, portant un nouveau coup à une économie déjà en grande difficulté. La monnaie nationale, le rial, a perdu depuis un an plus d’un tiers de sa valeur face au dollar et continue à se déprécier suite au mouvement de protestation.
Le régime est toutefois intervenu violemment contre ce mouvement qui remet aussi en cause le pouvoir des mollahs. Au moins 27 personnes ont été tuées depuis le 30 décembre lors d’affrontements localisés, dont des membres des forces de sécurité. Le chef du pouvoir judiciaire a ainsi ordonné « au procureur général et aux procureurs de tout le pays d’agir conformément à la loi et avec détermination contre les émeutiers et ceux qui les soutiennent » sans « aucune indulgence ni aucune complaisance ».
Mais face aux menaces de Trump d’intervenir pour soi-disant éviter une répression de masse, le régime cherche à désamorcer la contestation.
La menace est réelle d’autant qu’Israël, ennemi juré du régime des mollahs, principal soutien du Hezbollah libanais, se dit prêt à « finir le travail » commencé lors des frappes du programme nucléaire iranien en juin dernier. Le gouvernement Netanyahu vient de valider un nouveau plan d’attaque contre Téhéran. Le Mossad israélien, quant à lui, a invité, les protestataires iraniens à intensifier leur mobilisation sociale, affirmant être présent avec eux « sur le terrain ».
Huit jours après le déclenchement du mouvement, le gouvernement a annoncé une aide mensuelle de 10 millions de rials (environ six euros) par personne, pendant quatre mois, pour « réduire la pression économique sur la population ».
Le mouvement n’a pas, pour l’instant, l’ampleur de celui de 2019 après l’annonce d’une envolée du prix de l’essence ou de celui déclenché fin 2022 par la mort en garde à vue de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin, mouvements marqués par des dizaines de morts. Il continue, encouragé par les quelques mesures sociales arrachées. Depuis le 6 janvier, des manifestations se sont déroulée en plein jour – les mobilisations ayant lieu ordinairement en début de soirée – comme à Téhéran ou Lordegan, une ville du Sud-Ouest de l’Iran, qui ont été marquées par de violents affrontements avec les forces de l’ordre faisant au moins 2 morts et une trentaine de blessés. A Téhéran, les forces de l’ordre restent déployées aux principaux carrefours mais aussi devant certains établissements scolaires et devant les universités, la majorité d’entre elles ne dispensant plus leurs cours qu’en ligne.
A l’heure où nous écrivons ces lignes, il est difficile de dire si le régime est en capacité de reprendre la main ou si le mouvement de contestation va se développer. En tout état de cause, nous apportons notre soutien au peuple iranien, aux forces progressistes qui se battent contre l’obscurantisme du régime, pour les libertés démocratiques et la souveraineté nationale contre les visées de l’impérialisme étasunien et de ses alliés sionistes, et pour le droit du peuple iranien à l’autodétermination sans ingérence extérieure. ★
