Parti Communiste des Ouvriers de France

Kanaky : « Bougival, à la poubelle » !
09 avril 2026

L’obstination du gouvernement à vouloir faire passer la réforme du statut de la Nouvelle-Calédonie – il ne parle même plus de Kanaky – n’a guère de limite. Son échec pourtant manifeste à vouloir soumettre à la discussion le texte de Bougival Elysée-Oudinot à l’Assemblée nationale, ne l’empêche pas de chercher de nouveaux mécanismes pour ne pas reconnaître qu’il se heurte à la volonté d’un peuple qui n’abandonne pas son aspiration à l’indépendance.

En attendant, l’Etat laisse la situation sociale s’aggraver pour les populations frappées par un chômage de masse, la hausse des prix, la dégradation des services publics de base. Il laisse s’exprimer les anti-indépendantistes, dont certains sont des racistes, partisans d’un système d’apartheid, criant des « on est chez nous  » pleins de haine contre les Kanak.

Le fait que le texte de la réforme constitutionnelle ait été purement et simplement rejeté par une majorité des parlementaires présents est un «  pas  » important et un échec politique pour Macron et le gouvernement Lecornu. Il est le fruit du travail des élus et des militants de la cause kanak. Il nous encourage à poursuivre le travail d’explication et de mobilisation pour l’abandon définitif de cette loi, et plus fondamentalement, pour développer la solidarité la plus large avec le combat du peuple kanak pour son indépendance, qu’il veut partager avec toutes les victimes de l’histoire qui vivent en Kanaky, avec celles et ceux qui veulent partager ce projet d’émancipation nationale, en solidarité avec les peuples du monde.

Le rejet du texte à l’Assemblée nationale

3 000 amendements avaient été déposés, essentiellement par le groupe Gauche démocrate et républicaine, auquel appartient le député Tjibaou. Ils ne pouvaient être discutés qu’après la présentation de la réforme.

La ministre des Outre-mer, Moutchou, l’a longuement présentée (1), en faisant comme si le choix était entre la discussion et l’adoption de cette réforme « certes imparfaite  » et le chaos, dont elle a rendu responsables le FLNKS et les partis opposés à Bougival. « Avec Bougival, complété par Élysée-Oudinot, la Nouvelle-Calédonie peut à nouveau marcher sur ses deux jambes, institutionnelle et économique. Le minimum de respect que nous devons à cet effort des partenaires calédoniens, c’est au moins le débat : nous ne pouvons balayer ce texte d’un revers de main avant même d’en avoir débattu sérieusement ». La tactique était grossière  : tout ramener à la question de débattre ou non de la réforme et accuser sans cesse les opposants  : « Vous êtes une opposition qui bloque tout parce qu’elle n’a plus rien d’autre à faire que détruire. À chaque texte important, c’est désormais la même méthode : bloquer. Cette attitude est révélatrice de ce que vous êtes devenus : des saboteurs. » La parole a enfin été donnée au député Tjibaou, pour soumettre la motion de rejet préalable de la loi, qui a résumé d’entrée les raisons de rejeter le texte de loi constitutionnelle : « Un texte qui vise à constitutionnaliser un projet d’accord non consensuel et que le gouvernement a choisi de présenter dans la précipitation, sans véritable recherche de compromis entre l’ensemble des partenaires, des signataires originels de l’accord de Nouméa . » Les différents groupes parlementaires présents (dont certains étaient réduits à deux ou trois députés) ont expliqué leur vote ou non de cette motion préalable de rejet.

Les élus présents LFI, PCF, Ecologistes, PS, Liot, RN et UDR (Ciotti), ont voté pour le rejet. Hollande et Houlié (PS) ont voté contre. M.  Le Pen a expliqué le vote pour le rejet, en mettant en avant qu’il n’y avait pas «  d’urgence institutionnelle  » en Nouvelle-Calédonie, à réformer, mais que « la Nouvelle-Calédonie française faisait partie de l’Adn du RN » et qu’il était tout à fait favorable au dégel du corps électoral.

Résultat  : 190 voix pour le rejet, 107 contre. Le texte est renvoyé au Sénat.

Les suites possibles

Comme nous l’avons dit, le gouvernement ne veut pas lâcher sa réforme réactionnaire.

Macron et Lecornu envisagent de soumettre le texte de Bougival à un référendum en Kanaky, en espérant qu’une majorité se dégage en faveur du texte. Sur la question du corps électoral défini dans les accords de Nouméa (qui est toujours encore transcrit dans la constitution française), Macron et Lecornu réfléchissent à trouver un accord pour faire passer rapidement une loi de « dégel du corps électoral » avec le soutien de la droite et du RN. Le député anti-indépendantiste radical, Metzdorf, l’a appelé de ses vœux.

Le gouvernement va-t-il prendre le risque de provoquer le peuple kanak, qui s’est dressé en mai 2024 contre le projet de dégel du corps électoral ? Il faut tout faire pour l’empêcher ! ★


1. L’ensemble des débats se trouvent sur lesite de l’Assemblée nationale  : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/comptes-rendus/seance/session-ordinaire-de-2025-2026/seance-du-jeudi-02-avril-2026