Kanaky : Danger : le gouvernement essaie d’imposer le texte de Bougival 10 octobre 2025
Depuis la prise de position claire, sans appel du FLNKS de rejet du soi-disant accord de Bougival, les forces qui soutiennent cette position font un intense travail d’explication en Kanaky et en France, auprès de la communauté qui vit ici. C’est une bataille importante contre la propagande des forces anti-indépendantistes et de celles qui ont signé ce texte (Palika, Uni, UPM), en le présentant comme la voie pour avancer vers l’objectif de l’autodétermination.
L’analyse approfondie du texte par le FLNKS et par toutes les forces politiques, sociales, syndicales, qui partagent le rejet, montre que non seulement il multiplie les obstacles à cet objectif, mais qu’il opère un immense recul sur les acquis du combat du peuple kanak, notamment ceux qui ont été inscrits dans des accords politiques qui, aujourd’hui encore, sont inclus dans la constitution de la puissance coloniale. Ce sont ces acquis que gouvernement et partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie « dans la France » veulent gommer.
Le gouvernement démissionnaire de Bayrou avait engagé le processus pour faire adopter une loi organique sur le nouveau report des élections provinciales.
Un mauvais coup se prépare
Ce troisième report est explicitement inclus dans le texte de Bougival (fixant la date des élections provinciales à juin 2026). Autrement dit, repousser la date revient à entériner une disposition importante de Bougival et son ambition de « réviser le corps électoral spécial provincial ».
Le FLNKS exige le maintien de la date de novembre pour ces élections, qui permettront aussi de montrer qui est représentatif ou pas au sein du camp indépendantiste. Mais son exigence prioritaire reste l’abandon du texte de Bougival et l’ouverture de discussions sur les bases qu’il ne cesse de rappeler : engager résolument le processus de décolonisation au cœur de l’accord de Nouméa. Ce processus avait été repris lors des discussions de Deva (qui mettait en avant un accord d’indépendance-association, soutenu comme base positive de discussion par le FLNKS en mai 2025), torpillées par la droite anti-indépendantiste. Valls en a pris acte et c’est en fait Macron et ses conseillers qui ont repris le dossier, sur leurs bases.
La question de la définition du corps électoral est une question centrale, de fond : elle fixe les critères pour dire qui peut décider de l’avenir de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Ce n’est pas une question de majorité/minorité numérique, mais la question du droit du peuple kanak à l’autodétermination. Comme l’a encore rappelé récemment C. Tein : dans l’accord de Nouméa, il y a deux peuples, le peuple français et le peuple kanak.
Et c’est la raison pour laquelle il y a la règle du « gel du corps électoral », que le conseil constitutionnel vient de déclarer constitutionnel, au grand dam des anti- indépendantistes.
Il faut donc suivre les manœuvres autour de cette loi organique que le Sénat a déjà adoptée et que le gouvernement Lecornu peut vouloir soumettre rapidement au Parlement, assuré du vote des droites et même du RN, si on s’en tient aux déclarations de M. Le Pen lors de sa visite en Nouvelle-Calédonie. Les moyens de l’empêcher sont limités, mais il faut en faire un moment d’information pour dénoncer le coup de force contre le peuple kanak.
Le renforcement de la présence policière – 2 770 policiers et gendarmes, une cinquantaine de blindés – annoncé à la veille du 24 septembre, en prévision de mouvements à l’occasion du funeste anniversaire de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie, s’inscrit dans la politique coloniale d’intimidation. Un Wallisien, Fara Tournier, vivant dans une tribu kanak depuis des années, a été abattu par un gendarme mobile. Les autorités ont mis 24 heures pour reconnaître le décès de Fara et le gendarme n’a pas été mis en examen, les autorités disant mener des enquêtes. Toujours est-il que le tir a été effectué à « hauteur d’homme », sur un groupe de personnes. Comme le disent les Kanak, « la vie des jeunes ne compte pas beaucoup ».
Les juges d’instruction qui suivent le dossier des sept militants kanak, arrêtés, déportés, incarcérés dans différentes prisons en métropole, avaient décidé, en juin, de les libérer et de les placer sous contrôle judiciaire. C. Tein avait interdiction de retourner en Kanaky et d’entrer en contact avec les autres militants poursuivis. Le 23 septembre, les juges décidaient de lever ces interdictions, considérant qu’ils les avaient respectées et que l’instruction ne les justifiait plus. Le parquet a fait appel. ★
