Kanaky : Le texte « Elysée-Oudinot » aggrave celui de Bougival : il est inacceptable ! 12 février 2026
Nous publions de larges extraits de la prise de position du Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS) suite à la ratification, par le gouvernement et les organisations signataires de l’accord dit de Bougival, d’un complément présenté comme l’accord « ElyséesOudinot ». (1) Cette prise de position détaille tous les aspects dangereux et inacceptables de ce texte, qui a été discuté sans le FLNKS, écarté par le gouvernement. Celui-ci se refuse à abandonner sa méthode du fait accompli : discuter sur la base du texte de Bougival, qui a été rejeté par le FLNKS, ajouter un chantage économique (des promesses concernant les prêts accordés, pour relancer l’économie en berne, ou sur le dossier du nickel…). Il a fermé la porte à toute discussion bilatérale avec le FLNKS qui a présenté un texte depuis plusieurs mois, « l’accord de Kanaky », sur la marche vers l’autodétermination.
Lors de ces discussions de la mi-janvier à Paris, les représentants de l’Etat colonial ont laissé la parole aux antiindépendantistes les plus radicaux, qui ont proféré des menaces, s’il y avait le moindre « recul » par rapport à Bougival, et qui développent ouvertement, dans les médias et les réseaux sociaux, des thèses racistes contre les Kanak… Ce qui est sorti de ces discussions au pas de charge, c’est que pour l’Etat colonial :il n’y a plus de processus vers l’autodétermination, l’Etat colonial renforce sa mainmise. Macron veut faire voter le nouveau statut de la Nouvelle-Calédonie au plus vite. La date de mars a déjà été fixée pour un passage au Sénat. Lecornu est chargé de trouver les compromis qui permettraient que le PS ne s’oppose pas et que cette réforme de la Constitution passe la barrière des 3/5 des votes lors du Congrès.
Le FLNKS a engagé depuis Bougival un large travail d’explication en Kanaky. Plusieurs partis et organisations membres du Front ont réuni leurs militants, tenu des réunions, organisé des congrès, pour discuter de la stratégie à développer pour poursuivre le chemin vers d’autodétermination. L’UC a tenu un congrès qui a validé toute la démarche suivie et a élu la direction, chargée de poursuivre dans cette voie. Les prochaines élections municipales seront un moment important pour mesure l’audience des différentes organisations indépendantistes.
Dans celles qui ont signé les accords de Bougival (le regroupement UNI), des oppositions internes se manifestent de plus en plus contre cette orientation. La menace de partition du pays, contenue notamment dans le renforcement du poids des provinces – l’hyper provincialisation – au profit de la province Sud contrôlée par les anti-indépendantistes, est rejetée par beaucoup de militants et de cadres de ces partis. Ils s’opposent aussi à l’abandon de la perspective vers l’indépendance que Bougival et son « complément » impliquent.
Le FLNKS a aussi décidé de poursuivre le travail d’explication et de mobilisation des élus en France, pour qu’ils s’opposent au vote de la réforme.
Pour ce qui est du mouvement de solidarité organisé, à travers des collectifs locaux et le collectif « national » solidarité Kanaky, le travail d’information large sur les enjeux de cette réforme, sur les positions défendues par les organisations indépendantistes est particulièrement important. Nous y contribuerons. ★
Un rapport sur la violence de la répression
La commission nationale consultative des droits de l’homme a publié un rapport sur la répression du soulève ment du peuple kanak en mai 2024. Outre la violence « extrême » de la répression par les forces de l’ordre, ce texte met en évidence son parti pris systématique contre les jeunes kanak. Il montre comment la violence des milices anti-indépendantistes a été pratiquement ignorée (pas de pro cédures judiciaires à leur encontre). Il met également en lumière les formes de répression et de discrimi nations « systémiques » qui se sont développées après les émeutes : les « rétorsions collectives » pratiquées par les responsables de la province sud contre les kanak, l’explosion des inégalités sociales, les traitements dégradants subis par les personnes arrêtées (en très grande majorité des Kanak) aussi bien dans les prisons en Kanaky que dans celles en France où ils ont été déportés. Beaucoup de choses ont été dénoncées et documentées par différents collectifs de soutien : ce rapport vient confirmer l’importance et la justesse de leur travail, qui doit continuer.
