Kanaky: L’Etat ne veut pas reconnaître ses échecs 08 mai 2026
Le processus politique et institutionnel que Macron a voulu engager, en juillet 2025, avec le texte dit de Bougival s’est enlisé, le 2 avril dernier, avec le vote de la motion de rejet du projet de loi constitutionnelle qui voulait l’inscrire dans la constitution (voir La Forge d’avril).
La faire passer par un vote du Congrès, réunissant les députés et les sénateurs, avec la barre des 3/5 des votes nécessaires, est aujourd’hui mission quasi impossible pour Macron, son gouvernement et son parti.
Et si les droites et même l’extrême droite partagent l’orientation générale contenue dans ce projet de loi constitutionnelle, qui verrouille la voie vers une indépendance réelle de la Kanaky, ce sont surtout la détermination des organisations indépendantistes et les profondes aspirations du peuple kanak, qui sont l’obstacle principal. Le soulèvement du peuple kanak, en mai 2024, il y a deux ans, est toujours bien présent.
Lecornu a dit prendre acte du vote du 2 avril, et a organisé des réunions avec les forces politiques de la Nouvelle-Calédonie, pour envisager « la suite ».
Cette suite, ce sont les élections provinciales qui, selon la décision du conseil constitutionnel, doivent se tenir au plus tard en juin, selon les modalités toujours en vigueur, du « gel du corps électoral ».
Les anti-indépendantistes radicaux, entraînés par les Metzdorf et Backès, réclament haut et fort sa suppression.
Comme l’a dit récemment Metzdorf à Mediapart, « Ça ne changera pas grand-chose électoralement, mais c’est une position de principe .
Si on faisait des élections provinciales avec un corps gelé, on donnerait le point à ceux qui foutent le bordel.
Il n’y aurait plus d’accord possible ensuite. » Cette position n’est pas partagée par toutes les forces anti-indépendantistes, et des clivages, des démissions et des recompositions les traversent, sur fond d’ambitions personnelles.
La position du FLNKS
Elle est clairement exprimée dans la lettre que son président, C. Tein, a adressée à Lecornu, dont nous reproduisons de larges extraits.
« Le rejet, le 2 avril 2026, par l’Assemblée nationale du projet de loi constitutionnelle relatif à la NouvelleCalédonie, à 190 voix contre 107, traduit l’absence du consensus nécessaire à toute évolution institutionnelle durable, et appelle l›État français à tirer les conséquences de ses propres erreurs de méthode, non à les reconduire sous une autre forme.
Sur la question du corps électoral, notre position est ferme et ne souffre d’aucune ambiguïté : les élections provinciales doivent se tenir avant le 28 juin 2026 avec le corps électoral actuel, tel qu’il résulte de l’Accord de Nouméa du 5 mai 1998 et tel qu’inscrit dans la Constitution française.
Cette position ne procède pas d’un refus du dialogue, mais du strict respect du droit et du processus de décolonisation encore inachevé ».
(…) Rappelant les décisions du Conseil Constitutionnel sur ces questions, la lettre poursuit :
« Les données officielles que vous avez vous-même communiquées aux participants, 10 575 natifs non-inscrits, entre 5 562 et 13 790 électeurs potentiels selon les scénarios envisagés, confirment la complexité et la portée d’une telle question.
Elle ne peut être tranchée dans l’urgence de réunions bilatérales conduites sous la pression d’un calendrier électoral. Ce serait répéter l’erreur fondamentale qui a conduit, au printemps 2024, à la crise la plus grave que la Kanaky (Nouvelle-Calédonie) ait connue depuis les années 1980 :
des morts, des centaines de millions d’euros de destructions, une économie à l’arrêt, des familles et des communautés durablement meurtries. » (…) « Le FLNKS considère en conséquence que la priorité doit être donnée à l’organisation d’élections provinciales juridiquement sécurisées et politiquement incontestables. Il propose que les discussions sur les modalités d’accession à la pleine souveraineté et les nouvelles relations avec la France reprennent immédiatement après ce scrutin, dans un cadre structuré et selon un calendrier précis, défini en concertation avec l’État, le FLNKS et l’ensemble des forces politiques, ainsi que les coutumiers du pays.
La Kanaky (Nouvelle-Calédonie) figure sur la liste des territoires non autonomes des Nations Unies. À ce titre, l’État français a une obligation internationale de garantir un processus d’autodétermination libre, éclairé et réfléchi, et nous avons également le droit de nous autodéterminer librement. »
Ces exigences seront bien présentes, ce 1er Mai, en Kanaky, où l’USTKE appelle sous le mot d’ordre « l’unité et la solidarité comme condition de la victoire pour Kanaky ». ★
