La Chine et le conflit au Moyen-Orient 09 avril 2026
Dimanche 1er mars, quelques jours donc après le début de l’agression des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran, le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, a jugé « inacceptable » d’attaquer l’Iran en pleines négociations, « et encore plus d’assassiner le dirigeant d’un pays souverain pour y provoquer un changement de régime ».
La Chine a appelé ses ressortissants a quitté l’Iran au plus vite, un de ses citoyens ayant trouvé la mort sous les bombardements à Téhéran Cette guerre, si elle se prolongeait, pourrait avoir de lourdes conséquences sur l’économie chinoise. En effet le pays, premier importateur mondial de pétrole et de gaz naturel, achète 80 % du pétrole exporté par Téhéran et 37,7 % de tout le pétrole brut qui transite par le détroit d’Ormuz. Mais ce n’est pas seulement le pétrole qui transite par ce détroit, ce sont aussi des tonnes de marchandises sur ses conteneurs qui alimentent la planète entière et y compris les pays du Golfe.
Après l’enlèvement du président vénézuélien Maduro et la mainmise des Etats-Unis sur les ressources pétrolières de son pays, voilà un deuxième pays ami de la Chine et qui contribuait à l’alimenter en pétrole, visé par Trump.
L’impact sur la Chine et son économie est donc conséquent même si le pays dispose de réserves équivalant à plus de 100 jours d’importations de pétrole. Mais, comme le rapporte le journal Le Monde , des chauffeurs de poids lourds affirment, sur les réseaux sociaux, qu’ils ont arrêté de travailler, ne pouvant faire face aux coûts. Par ailleurs, l’activité de certaines raffineries a été réduite et l’exportation de fioul interdite, affectant des pays comme l’Australie, qui en dépend pour ses avions.
Et ce n’est pas seulement ses approvisionnements en pétrole et en gaz ainsi que ses exportations de marchandises qui sont menacés par cette guerre, ce sont aussi les énormes investissements que la Chine a fait dans les pays du Golfe, investissements dans les infrastructures :
ponts, métro, ports, etc. 370 000 ressortissants chinois résident aux Emirats arabes unis et plus de 15 000 entreprises chinoises y sont implantées. En mars 2023, c’est à Pékin que l’Arabie saoudite et l’Iran avaient annoncé le rétablissement de leurs relations diplomatiques.
On voit donc que si l’offensive américano-israélienne contre l’Iran a l’objectif d’affaiblir ce pays, voire de renverser le régime, cette guerre contre-carre également, dans les faits, les ambitions de l’impérialisme chinois dans la région. Si elle devait durer, les exportations chinoises, qui représentent environ 20 % de son PIB, seraient lourdement impactées par la crise mondiale et l’inflation qui se développe dans plusieurs pays, réduisant le pouvoir d’achat de ses clients.
C’est pourquoi la Chine, qui a tout intérêt à la résolution du conflit, n’est sans doute pas restée inactive, agissant en coulisse pour contribuer à y trouver une solution diplomatique.
La Chine a donc appelé, jeudi 26 mars, toutes les parties au conflit au Moyen-Orient à œuvrer pour la « fin de la guerre ».
« Si la guerre se poursuit, elle entraînera davantage de morts et de pertes, et aggravera les répercussions de la situation », a déclaré à Pékin le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian. « La guerre ne sert les intérêts de personne. » Et surtout pas les siens, bien évidemment !
« La priorité urgente est désormais de promouvoir activement les pourparlers de paix, de saisir les opportunités en faveur de la paix et de favoriser la fin de la guerre », a ajouté le ministre. Il a souligné que la Chine « soutient tous les efforts favorables à une désescalade ». « Toutes les parties doivent aller dans la même direction et créer les conditions nécessaires à l’ouverture de véritables négociations de paix, sérieuses et sincères », a-t-il insisté. Il a ajouté que la Chine est prête à continuer de jouer un « rôle constructif » à cette fin.
Mardi 31 mars, Pékin annonçait que trois bateaux chinois avaient franchi récemment le détroit d’Ormuz et exprimait sa « gratitude » envers les parties impliquées, sans préciser de qui il s’agissait. Va-t-on vers la fin des hostilités ? Les USA, englués dans cette guerre, y ont intérêt, la Chine aussi.
Cette guerre s’inscrit aussi dans la rivalité entre l’impérialisme US et l’impérialisme chinois, son principal rival au plan mondial. Trump fait la démonstration qu’il peut provoquer de grandes difficultés à la Chine. Celle-ci, qui n’est pas prête à un affrontement direct, militaire, avec l’impérialisme US, veut gagner du temps, tout en diversifiant ses sources d’approvisionnement en énergie ; elle essaie également d’isoler davantage l’impérialisme US et de renforcer ses alliances avec les victimes de la politique US. ★
