Parti Communiste des Ouvriers de France

La colonisation vue par les colonisés
10 octobre 2025

Nous reproduisons l’introduction de la Déclaration unitaire suivante qui revient sur les événements historiques de la colonisation de la Nouvelle-Calédonie par la France. Il nous semble important de faire connaître le point de vue des forces qui luttent pour l’autodétermination sur leur histoire.

Ce 24 septembre 2025, le peuple kanak, par la voix du Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS), des représentants traditionnels et coutumiers autochtones, des partis politiques nationalistes, l’EPKNC (église protestante de Kanaky-Nouvelle-Calédonie) et des forces vives proclament avec détermination leur volonté de voir accéder le pays de leurs ancêtres à la pleine souveraineté.

Notre histoire

L’organisation sociale kanak qui tient ses fondements d’une civilisation de plus de 1000 ans d’existence, a connu depuis sa découverte en 1774 de tumultueuses situations sanitaires, politiques et économiques dans ses relations avec l’Etat français.

La prise de possession de la Nouvelle-Calédonie le 24 septembre 1853, à Balade, a ouvert plus d’un siècle d’affrontements sanglants entre les chefferies kanak et le colonisateur, marqués par les révoltes des grands chefs Ataï en 1878 et celle de Noël en
> 1917. Durant un siècle, le régime de l’indigénat, les massacres, les déplacements de populations ont totalement déstabilisé la société kanak.

Depuis 1946, malgré la fin officielle du régime de l’indigénat, la France n’a jamais assumé les responsabilités que lui impose la résolution 1514 du 14 décembre 1960 de l’ONU sur la décolonisation des territoires non autonomes. De 1946 à 1984, elle a entretenu une instabilité statutaire qui a freiné toute émancipation réelle. En 1972, le premier ministre Mesmer, dans une circulaire, encourage la venue de métropolitains sur le territoire, pour mettre en minorité le peuple kanak, confirmant, un siècle après la prise de possession, la colonie de peuplement.

Malgré ce contexte, le peuple kanak a partagé son droit inné et actif à l’autodétermination avec les victimes de l’histoire en 1983, à Nainville Les-Roches, gage d’ouverture et de responsabilité pour la construction d’une communauté de destin.

L’insurrection menée par le FLNKS entre 1984 et 1988, a mis un terme aux manœuvres politiques de la puissance administrative et a ouvert la voie à la paix avec l’Accord de Matignon-Oudinot, puis à un véritable processus de décolonisation avec l’Accord de Nouméa.

En 2018, après trente années de paix, l’avenir de la Nouvelle-Calédonie s’est assombri avec l’annonce de la stratégie géopolitique française de l’axe indopacifique, présentée par le président Macron. Cette orientation a placé le pays au centre des rivalités des grandes puissances, reléguant le droit du peuple kanak derrière les intérêts diplomatiques de Paris. Les consultations de 2018 et 2020 ont confirmé deux visions  : le peuple kanak, soutenu par les autres communautés, réclame son indépendance et la pleine et entière souveraineté du pays  ; l’Etat français, rompant avec sa posture d’impartialité ayant prévalu dans les accords, s’emploie à maintenir le pays dans son giron colonial. La troisième consultation, imposée et tenue le 12 décembre 2021, a scellé la rupture de confiance avec l’Etat colonial français, malgré la demande de report du FLNKS et du Sénat coutumier. Avec seulement 43  % de participation, le scrutin, dépourvu de légitimité politique et morale, reste le symbole d’un processus confisqué et inachevé. L’exercice du droit à l’autodétermination sans le peuple colonisé n’a aucune légitimité !

La révolte du 13 mai 2024 fut une réponse à l’énième passage en force de l’Etat, sur la question du dégel du corps électoral provincial et du processus de décolonisation acté dans le cadre de l’Accord de Nouméa. Elle a mis en lumière la précarité des liens sociaux, les tensions identitaires et le désarroi d’une partie de la jeunesse, tout en questionnant notre capacité collective à bâtir un avenir commun. L’enjeu dépasse toute réponse strictement sécuritaire  : il appelle à repenser en profondeur les politiques publiques envers la jeunesse et le peuple kanak, dans un esprit de justice sociale, de reconnaissance de l’identité kanak et d’équilibre territorial. Elle a également affirmé que le peuple kanak est déterminé et ferme dans sa revendication d’indépendance.

Plus que jamais, la France doit honorer l’engagement pris en 1995 par la signature de l’Accord de Nouméa. Il est le socle sur lequel doit être bâti et scellé définitivement l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, tant au niveau du préambule qu’à celui du document d’orientation. ★