Parti Communiste des Ouvriers de France

La justice invalide le plan social du groupe Auchan
10 octobre 2025

Le 23 septembre 2025, le Tribunal administratif de Lille, sur plainte de la CGT, du CSE et de salariés, a invalidé le PSE d’Auchan Retail, groupe chapeauté par l’Association Familiale Mulliez, géant entre autres de la grande distribution. Ce plan de restructuration entraînait le licenciement de 2 389 salariés suite à la fermeture programmée de 66 hypermarchés. Cette décision d’invalidation du Tribunal administratif, tout à fait exceptionnelle vu le nombre de salariés concernés, a conforté certains dans le mouvement syndical autant qu’elle a provoqué la stupeur dans les rangs des monopoles qui restructurent à tour de bras et taillent à la tronçonneuse dans les effectifs pour conforter leurs profits. Mais il faut savoir raison gardée. Dans un rapport de l’Assemblée nationale en date du 9 juillet 2025, il est dit que seulement 10 % des plans sociaux ont été invalidés en 2024 et 0,31 % annulés !

Ceci dit, ce PSE d’Auchan avait pourtant reçu un accord au niveau du groupe par les syndicats majoritaires – CFTC, CFDT et CFE-CGC –, et la Direction Régionale du Travail l’avait validé. La CGT et FO s’y étaient opposés. Dans sa décision, le juge a soulevé un double motif : cet accord sur le PSE a été signé au niveau du groupe (Auchan Retail), alors qu’« Auchan aurait dû tenir compte du périmètre élargi aux 130 enseignes touchées des composantes Auchan Retail France, International, AECF… et n’a pas permis aux représentants syndicaux une discussion sur les difficultés économiques rencontrées par le secteur de la grande distribution ni d’apprécier les moyens mis au service du PSE ». Ce motif touche au vice de forme concernant la procédure pour insuffisances d’information du CSE. Mais, pour la CGT, ce jugement ne porte pas sur la forme mais bien sur le fond puisqu’il ouvre le débat sur la capacité des entreprises à conclure un accord de groupe sur un plan social avec un risque de contestation juridique très élevé, et qui de fait, fait jurisprudence.

Sous réserve de l’appel d’Auchan en direction de la Cour Administrative de Douai et vu que cette décision n’est pas suspensive et ne concerne plus les 1  000 salariés reclassés, pour les 1  300 salariés restants se profilent la possibilité d’aller chercher des indemnités supplémentaires devant les Conseils des prud’hommes.

Dans cet accord au niveau groupe Auchan Retail, il s’agissait, pour la direction, d’essayer de camoufler à la représentation syndicale et aux salariés menacés le seul motif de ces restructurations dans la guerre de repartage des marchés au sein de la grande distribution  : celui d’engranger, par un effet de taille, toujours plus de profits. Quelle indécence que d’avoir imposé un tel accord concernant un PSE au rabais, au mépris, et pour le coup en toute déloyauté, envers les instances représentatives du personnel en alléguant des «  difficultés économiques  ». Mais est-ce vraiment étonnant de la part de la famille Mulliez, créatrice du groupe à Roubaix en 1961 et 7 e fortune de France, en deuxième position derrière Carrefour. Lui aussi géant mondial de la grande distribution avec ses 446 succursales en France, 315 en Espagne, 230 en Russie,127 en Pologne… Poser la question, c’est y répondre.

En réalité, c’est Auchan qui a organisé ses difficultés économiques avec son plan « cap 2000 m 2 20252026-2027 » qui visait la fermeture de ses 66 hypermarchés sur 119 dans le cadre d’un vaste chantier de réduction de surface. Le 29 septembre, le groupe récidive et annonce la fermeture des portes de différents magasins lui appartenant en propre dans 19 grandes villes au bénéfice de Lidl et du hard discount, avec mise en place de caisses automatiques. En fait, il organise un discret rapprochement avec la centrale d’achat des Mousquetaires (Intermarché et Neto) et la fermeture sans information des hypermarchés de Sarcelles, la cession de celui d’Epinay à Leclerc, et le passage sous franchise de 6 supermarchés supplémentaires… Mulliez, par ailleurs, via son pôle immobilier Hood, est devenu, avec le rachat de la Société des centres commerciaux, le leader de la gestion d’actifs commerciaux en France, y compris leader mondial !

Le 23 septembre, la justice a invalidé ce plan social XXL d’Auchan concernant plusieurs milliers de salariés. Mais les appétits de ce groupe, pour faire face à la concurrence, y compris en concertation avec elle, n’ont de cesse et inversement. Il faut aussi apprendre de ces jugements pour que les syndicats de lutte soient toujours mieux armés pour anticiper les mauvais coups et se battre pour défendre au mieux les intérêts des travailleurs. ★