La répression antisyndicale s’aggrave 10 juin 2026
La répression antisyndicale est une constante dans la société capitaliste.
Pour ce qui est de la période récente, l’oligarchie financière, le patronat n’ont pas oublié le rôle des organisations syndicales, qui ont pu entraîner une frange très importante de salariés dans ce vaste mouvement de contestation sociale qu’a été celui contre la réforme des retraites de 2023.
Rien qu’à EDF, des centaines de militants notamment de la CGT ont été réprimés de mille et une manière pour avoir rétabli ou coupé le courant dans le cadre de la mobilisation.
Après avoir mis en évidence les centaines de plans de suppressions d’emplois et donc de milliers de licenciements, tout secteur confondu, toujours d’actualité, et s’en être pris à Bernard Arnault (patron du groupe LVMH) qui s’offusquait d’être visé par la possibilité d’une taxe sur ses bénéfices, S. Binet, secrétaire générale de la CGT a été mise en examen en novembre 2025 pour avoir dit : « les rats quittent le navire ».
L’association Ethic est à l’origine de cette plainte pour diffamation, estimant que la secrétaire générale de la CGT a porté sur les chefs d’entreprises « un jugement de valeur négatif qui entâche nécessairement leur honneur et leur réputation ». Offusquée, haut perchée, Madame Sophie de Menthon, présidente de cette association « Entreprise de taille humaine, indépendante et de croissance », n’a visiblement pas supporté qu’une responsable syndicale puisse s’en prendre à Bernard qui « fait tant pour l’industrie française » !
Dans le même registre, c’est le groupe SEB qui vient à son tour de porter plainte toujours contre S. Binet pour diffamation. A la fête de l’Humanité, de septembre 2025, celle-ci avait accusé l’entreprise Tefal de mener une « répression patronale violente » contre la coordinatrice de la Cgt, Ouria Belaziz, sanctionnée pour avoir osé demander des informations « sur la dangerosité des substances chimiques utilisées par certaines usines du groupe, contenant des PFAS (polluants éternels) ». A juste titre, puisque « la situation autour des polluants éternels à l’usine Tefal de Rumilly, propriété du groupe SEB, est devenue un dossier environnemental et sanitaire majeur depuis 2022. Cette année-là, l’agence régionale de santé (ARS) a détecté dans l’eau potable de Rumilly des concentrations élevées de PFOA, un PFAS interdit depuis 2020 potentiellement cancérogène. Deux captages d’eau ont été fermés » comme l’a indiqué le média Reporterre.
Lors de son intervention à la fête de l’Huma, la secrétaire générale de la CGT, en soutien à Ouria, dira : « je suis fière que la CGT ait eu la force de dénoncer les PFAS et d’expliquer qu’il ne fallait pas céder au chantage à l’emploi ». A ne pas en douter, ce sont plutôt ces propos s’adressant de fait à l’ensemble des travailleurs de Tefal et mettant en cause la direction sur le peu de cas qu’elle fait de la santé de ses salariés qui sont à l’origine de la plainte déposée par le groupe.
S. Binet a raison quand elle déclare sur France 2, le 25 mai, que le fait d’être mise en examen deux fois en six mois « c’est grave ». « C’est un signal d’ensemble qui est envoyé parce que, sur cette même base, c’est la quasi-totalité des syndicalistes du pays qui pourraient être mis en examen ». La pression patronale est effectivement là, comme celle de l’État, reflet de la tension de ce qui se passe dans les entreprises autour des conditions de travail et des salaires mangés chaque jour un peu plus par l’inflation, comme des menaces de licenciements avec la fermeture annoncée, chaque jour qui passe, d’une nouvelle entreprise.
A Sorgues, dans le Vaucluse, où les travailleurs de la poudrerie Eurenco poursuivent leur mouvement de grève depuis le 20 janvier 2026, revendiquant 130 euros d’augmentation (voir La Forge de mars 2026), la direction vient de licencier un gréviste et d’en sanctionner deux autres. Le 20 mai, c’est le préfet qui a donné l’ordre à la gendarmerie de déloger le piquet de grève au prétexte que des camions transportant des matières dangereuses devaient « impérativement entrer sur le site ». L’État est actionnaire à 100 % de la poudrerie. ★
