La répression s’accentue contre le mouvement social 10 octobre 2025
La presse s’est largement répandue, avant le 10 et le 18, sur les risques de « débordement » liés aux manifestations. En effet, le ministère de l’intérieur annonçait haut et fort qu’il déploierait une armada de 80 000 policiers, chiffre sans précédent depuis les gilets jaunes, avec 24 blindés centaures de la gendarmerie, 10 engins lanceurs d’eau et une surveillance par drones.
Le 10 septembre, l’Association de défense des libertés constitutionnelles (ADELICO), le SAF et le Syndicat de la magistrature ont recensé 82 arrêtés préfectoraux autorisant l’usage de drones, une ampleur « sans précédent en France ». Les préfets avaient instruction d’empêcher tous les blocages d’« infrastructures essentielles à la vie de la nation », de procéder aux « déblocages » rapides, de quadriller l’espace public et « judiciariser » les incidents.
Gares, ports, aéroports, transports, axes routiers, dépôts pétroliers, plateformes logistiques, centrales électriques, usines d’incinération, de traitements des eaux et même les « établissements d’enseignement » devaient être débloqués « dans les délais les plus brefs ». L’instruction demandait aussi l’« interpellation systématique » des auteurs de dégradations.
Dans les grandes villes, à Toulouse, Rennes ou Lyon, les forces de police se sont acharnées sur tous les points de blocage. A Paris, les tentatives de blocages, en particulier à la porte de Montreuil, ont subi une forte répression, à coup de lacrymogènes, y compris avec la Brav-M, aux méthodes et à la violence bien connues. Le rassemblement des cheminots, gare du Nord, a été nassé, bloqué pour éloigner la presse, et la première ligne de manifestants matraquée.
Les lycées en grève, avec des élèves mineurs, n’ont pas été épargnés.
En dehors des points de blocage, 199 interpellations et 99 placements en garde à vue ont eu lieu à Paris, et 295 arrestations dans toute la France, selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur.
Les mêmes moyens policiers étaient mobilisés pour le 18, avec le même prétexte : Retailleau prédisait devoir se confronter à des « groupuscules qui seront nombreux, d’ultra-gauche, de casseurs, de délinquants d’opportunité » qui seraient « 8 000 ou plus d’individus qui peuvent être dangereux ». C’est un grand mépris pour les dizaines de milliers de manifestants qui sont descendus dans la rue pour exprimer leur colère. La violence a été provoquée par l’invraisemblable dispositif policier et les consignes incendiaires du ministre.
Les jeunes, très présents dans les cortèges, ont particulièrement été visés par la répression. C’est la tête de la manifestation, le cortège des jeunes, qui a été visé, sans fait provocateur, à Nantes, ou à Lyon, avec des grenades de désencerclement, et noyé sous les gaz. Un journaliste de France Télé a été blessé par un de ces projectiles. « Les journalistes doivent pouvoir travailler librement et en sécurité, y compris lors de moments de tension et d’affrontement », défend la Société des Journalistes. A Marseille, des participants ont filmé une jeune manifestante jetée au sol, frappée à coup de pied par un CRS. A Caen, au Lycée Malherbe, des lycéens bloquant pacifiquement leur établissement, sont aspergés de lacrymogènes, matraqués, brutalisés.
A Paris, une jeune femme présente devant le Lycée Maurice Ravel est traînée au sol, coude fracturé, gardée à vue 37 heures et déférée au palais de justice, mais finalement relâchée.
Les blocages des lycées sont systématiquement attaqués, tout comme les tentatives de rassemblement sur les dépôts de bus, les axes routiers ou à proximité de la tour CMA-CGM du milliardaire Rodolphe Saadé.
Selon les avocats de manifestants arrêtés, « avec des dossiers aussi vides, les gardes à vue étaient clairement préventives, et c’est totalement illégal ». « Les dossiers étaient d’une vacuité abyssale, le but était de communiquer sur les plateaux télé ». Le bilan de la répression du 18 : 309 interpellations et 134 gardes à vue, avec des peines sévères, voire incarcération immédiate, même sans délit avéré.
Après les émeutes liées à la mort de Naël en 2023, la police, répondant au vœu du Sénat, a établi un schéma national des violences urbaines (SNVU). Pour le SNJ-CGT « le document a vocation à répondre à toutes les situations de violences urbaines, jusqu’aux émeutes insurrectionnelles, caractérisées par une très haute intensité. Cela ouvre la porte à un usage dérogatoire à peu près dans toutes les manifestations. » Sans pour autant avoir de valeur juridique, il met en œuvre des procédures spéciales d’intervention de la police.
Désormais, inutile de faire des sommations, étant entendu que la police intervient en légitime défense ! Ce schéma autorise aussi à recourir au RAID et à la BRI-PP, unités d’élite de la police. Ces unités spéciales sont dédiées à des cas extrêmes, contre des criminels armés. Le RAID aura désormais pour mission l’interpellation des individus au cours des émeutes, avec la possibilité d’utiliser divers « moyens de forces ». Ni leur formation, ni leur matériel ne sont adaptés à ces situations de mouvements sociaux. Elles ont été déployées lors des mouvements pour Naël. Une enquête de Libération révélait les graves violences commises par ces unités, à Marseille, en juin 2023, qui ont conduit à la mise en examen de 5 policiers. Ce schéma d’intervention est une aggravation de la répression policière, il va aussi intensifier et justifier les violences de ces unités très spéciales et particulièrement dangereuses. ★
