Parti Communiste des Ouvriers de France

La Somalie, victime des rivalités régionales et internationales
09 avril 2026

Frontières occidentales avec le Kenya, l’Éthiopie et Djibouti, ouverture maritime sur l’océan Indien et le golfe d’Aden…  : la Somalie occupe une position stratégique dans la Corne de l’Afrique.

Elle est officiellement composée de 7 États. L’un deux, le Somaliland, s’est proclamé indépendant en 1991, mais il est toujours considéré par le gouvernement central comme l’un des États qui composent la République fédérale de Somalie.

Israël a été le premier pays à reconnaître le Somaliland comme «  État indépendant et souverain  » , le 26  décembre 2026. Cette décision, que B.  Netanyahu dit inscrite dans « l’esprit des Accords d’Abraham », est notamment motivée par la position géographique du Somaliland, en face du Yémen (sur l’autre rive du golfe d’Aden), d’où les rebelles houthis, alliés de l’Iran, mènent des attaques contre Israël.

A la mi-mars, le média britannique Bloomberg , a mentionnée un projet israélien de construction d’une base militaire au Somaliland. Son président a reconnu des discussions avec Israël pour un partenariat en matière de sécurité.

La Somalie a dénoncé une « attaque délibérée » contre sa souveraineté.

Selon son ministre des Affaires étrangères, « la Somalie ne souhaite pas que son territoire soit entraîné dans des conflits extérieurs, ni utilisé d’une manière susceptible de déstabiliser davantage une région déjà fragile.»
Les Émirats arabes unis (E.A.U) sont un important soutien du Somaliland. Ils se sont vu attribuer une concession de vingt-cinq ans pour la construction d’une base militaire à Berbera (nord-ouest de l’État de Somalie). Le 12  janvier, deux semaines après la reconnaissance par Israël du Somaliland, la Somalie a annoncé qu’elle annulait « tous les accords conclus avec les Emirats arabes unis ».

La position des E.A.U est à mettre en rapport avec les tensions qui l’opposent à l’Arabie saoudite sur la question soudanaise et yéménite (1).

L’Arabie saoudite , a condamné la reconnaissance du Somaliland par Israël. Elle accuse le Somaliland d’avoir permis la fuite vers les Émirats d’un chef séparatiste yéménite opposé à la coalition soutenue par Riad.

La Turquie , qui a des liens importants avec les Émirats, est également présente dans cet imbroglio régional. Elle a condamné la remise en cause de l’intégrité territoriale de la Somalie, sans toutefois rompre ses relations avec le Somaliland. Depuis le début de l’année, elle est engagée militairement aux côtés de l’armée yéménite dans son offensive contre les positions des rebelles d’Al-Shabaab liés à Al-Qaïda.

Les Etats-Unis n’ont pour l’instant pas reconnu le Somaliland, mais pourraient être tentés de le faire.

Leurs relations avec les autorités de Mogadiscio se sont considérablement détériorées sous la présidence de Trump (2). L’offre du Somaliland qui se dit prêt à accueillir une base militaire américaine intéresse fortement les Etats Unis en concurrence avec l’impérialisme chinois dans cette zone stratégique à l’entrée de la mer Rouge (près du détroit de Bab-el-Mandeb, passage obligé vers le canal de Suez).

L’impérialisme français n’est pas directement impliqué en Somalie.

Mais il n’est pas étonnant dans ce contexte qu’il s’accroche à sa présence militaire à Djibouti, où se côtoient les bases française, étasunienne, chinoise, japonaise et italienne, ainsi que des détachements allemands et espagnols.

Pendant ce temps, la Somalie reste un des pays les plus pauvres du monde, dépendant d’une aide humanitaire qui se fait de plus en plus rare. ★


1. Voir La Forge de décembre 2025 : « Soudan, derrière des chefs criminels, un terrain d’affrontement inter-impérialiste ».
2. Ce dernier n’a jamais digéré l’affront de 1991, lorsque l’ambassade américaine à Mogadiscio a été mise à sac par une foule de manifestants, ni celui de la bataille de Mogadiscio en 1993, qui a contraint les États-Unis à quitter le pays après avoir perdu 19 soldats et deux hélicoptères.