Parti Communiste des Ouvriers de France

Le bilan de Dati au ministère de la Culture
10 mars 2026

Elle sera restée ministre de la Culture plus de deux ans.

Désignée le 11 janvier 2024 dans l’éphémère gouvernement Attal, elle sera reconduite à ce poste dans le gouvernement Bayrou, puis dans celui de Lecornu. Ce n’est que parce qu’elle brigue la mairie de Paris qu’elle s’est résignée à quitter son ministère, le 25 février dernier, pour mener sa campagne électorale des municipales.

Cette longévité, toute relative, mais malgré tout notoire vu les multiples changements de gouvernements, a une explication. Sa nomination en 2024 est un « bon coup politique » pour E.  Macron. Ce débauchage d’une personnalité LR médiatique –  ex-garde des sceaux de Nicolas Sarkozy  –, est une prise de choix  ; mais en échange, madame Dati veut être la candidate des LR et des macronistes aux élections municipales à Paris en 2016.

Marché conclu et on oublie les petites phrases assassines que Rachida Dati avait lancées à l’antenne de France Inter en juin 2021 où elle avait déclaré :

« En Marche !, c’est un parti de quoi  ?

(…) C’est des traîtres de gauche et des traîtres de droite.

(…) C’est pas dur, c’est la réalité ! ».

Autre fait qui mérite d’être signalé, Rachida Dati est nommée ministre alors qu’elle connaît quelques démêlés avec la justice. Elle se trouve alors sous la menace d’un procès devant le tribunal correctionnel. Mise en examen depuis juillet 2021 pour corruption et « trafic d’influence passif par personne investie d’un mandat électif public  » dans l’enquête sur une filiale de Renault-Nissan. En cause, les 900 000 euros (hors taxe) d’honoraires qu’elle aurait perçus de 2010 à 2012, de la part de Renault-Nissan BV, du temps de Carlos Ghosn.

Son nom est aussi cité dans une enquête sur les accusations d’enlèvement, séquestration et torture d’un lobbyiste franco-algérien. Macron, interpellé sur cette incongruité, a eu recours à l’explication assez facile de la « présomption d’innocence » !

Quant à son bilan rue de Valois, il ne restera pas dans les annales de ce ministère. Beaucoup d’annonces, notamment pour rapprocher la cuture des milieux populaires, dont elle ne cesse de rappeler qu’elle-même est issue, mais peu de résultats concrets.

Pour Julien Lacaze, président de l’association Sites & Monuments  :

«  Il y a eu beaucoup de communication pour peu d’opérations concrètes, les logiques politiques étant privilégiées dans nombre de dossiers au détriment de l’intérêt général ».

Lors du cambriolage du Louvre, elle a été auditionnée à huis clos par une commission parlementaire.

Alors qu’elle refuse, dans un premier temps, la démission de la directrice du Louvre que cette dernière avait présenté le jour même, elle l’accepte quelques jours plus tard  ; devant l’importance médiatique prise par cette affaire, elle a fait sauter le fusible sans se remettre en cause une seule fois, rejetant sur ses prédécesseurs les manquements à la sécurité ; d’après elle, « ça fait plus de vingt ans que les risques intrusion et vol ont été structurellement sous-estimés ».

Rachida Dati avait une ambition lors de son arrivée au ministère  : réformer l’audiovisuel public. Elle a repris une proposition de loi sénatoriale qui préconisait de rapprocher France Télévisions, Radio France et l’Institut national de l’audiovisuel au sein d’une holding. C’était l’un des objectifs du premier mandat d’E. Macron qu’elle se faisait fort de réaliser, en le présentant comme un renforcement du service public. Il n’en n’était évidemment pas question, et elle ne cessera de le dénigrer.

Elle va se heurter aux reports successifs du calendrier parlementaire en lien avec l’instabilité qui a suivi la dissolution du parlement (en juin 2024) et aux successions de premiers ministres mais surtout à l’opposition du personnel de l’audiovisuel qui s’est fortement mobilisé pour faire obstacle à cette réforme.

Dans une tribune au Monde , le rédacteur en chef Michel Guerrin écrivait le 17 octobre 2025 à propos de Rachida Dati : « Elle n’a pas peur des artistes – de pas grand monde, du reste. Ce sont eux qui ont peur d’elle.

Ils le disent peu, afin de protéger une subvention dans une époque rude, tout en confiant en privé leur mépris ou leur détestation. Le cahier des sobriquets est fourni : incompétente, démagogue, populiste, menteuse, en voie de trumpisation, etc. » En concluant ses vœux à l’adresse des acteurs culturels, le 29 janvier 2024, suite à son arrivée au ministère, Rachida Dati déclarait  :

«  Quand je vous quitterai, vous ne pleurerez pas, vous m’applaudirez. » D’applaudissements à son départ du ministère, nous n’en avons pas entendu beaucoup ! ★