Le budget de méga-austérité ne se négocie pas 12 novembre 2025
Les institutions de la république bourgeoise, notamment le parlement et l’exécutif, servent à donner les moyens à l’oligarchie d’imposer ses intérêts, tout en donnant l’impression d’agir dans l’intérêt du plus grand nombre. Le pouvoir exécutif, caractérisé par un fort présidentialisme, en est le moyen direct ; le parlement, reflétant les courants politiques les plus importants est censé lui apporter une caution, en votant les lois, à travers des coalitions majoritaires.
Depuis quelques années, ce sont ces coalitions qui sont devenues de plus en plus difficiles à constituer, du fait de la conformation de trois blocs, ayant sensiblement le même nombre de députés.
Depuis les dernières législatives de 2024, provoquées par Macron, trois coalitions ont chacune une majorité relative. Celle appelée le « socle commun ] » a une majorité relative à l’Assemblée nationale et une majorité absolue au Sénat (1). Il en est de même pour le Nouveau Front Populaire (LFI, PS, Les Verts, PCF) et le RN (RN plus les LR de Ciotti).
Depuis, des recompositions se sont opérées à l’intérieur de chacune de ces coalitions, et les divisions se sont creusées avec la séquence Lecornu 1 et Lecornu 2 largement pilotée par Macron.
Le NFP a éclaté, ainsi que le « socle commun », et des divisions toulouse (31) existent à l’intérieur même de ces partis.
Le PS, qui a fait cavalier seul dans la recherche de compromis avec les macronistes, a participé à l’éclatement du NFP (voir l’article dans ce journal). Les ingérences constantes de Macron sont largement à l’origine de l’éclatement du socle commun.
Au moment de la présentation du gouvernement Lecornu 1, qui a mécontenté toutes les composantes du socle commun, Attal a critiqué publiquement Macron, en l’appelant à cesser de tout vouloir contrôler.
Cette sortie a créé des remous au sein du parti présidentiel présidé par Attal. La division est manifeste entre ceux qui défendent mordicus toute la politique de Macron (notamment sa réforme des retraites) et ceux qui voient leur avenir dans une alliance avec le PS, d’autant qu’ils ont souvent été élus en 2024 grâce à l’appel des responsables du NFP à faire barrage au RN. Philippe, ancien premier ministre de Macron et candidat déjà déclaré pour les prochaines présidentielles, est allé encore plus loin, en lui demandant d’organiser le plus vite possible sa démission. Un « crime de lèsemajesté » pour l’orgueilleux Macron.
Les LR sont divisés entre les Retailleau et les Wauquiez, tous deux en compétition pour le leadership du parti, mais partisans d’une opposition frontale à Macron. D’autres, au sein des LR, restent attachés à une alliance avec les macronistes, allant jusqu’à envisager de l’élargir au PS. Pour certains, cette alliance empêcherait leur parti de s’allier avec le RN, une perspective que ni Retailleau, ni Wauquiez n’excluent.
Cette situation est souvent décrite comme responsable des blocages pour parvenir à une alliance susceptible de voter un budget, synonyme de « stabilité », notamment auprès des agences de notation.
La dette sert d’argument pour imposer une politique d’austérité aux larges masses, à travers les différents budgets qui, de Barnier à Lecornu, reprennent en gros la même analyse et les mêmes moyens à mettre en œuvre. C’est le diktat de l’oligarchie, la feuille de route pour les gouvernements.
Lecornu cherche à réunir une coalition pour le faire voter, ou le laisser passer, en contreparties de quelques concessions présentées comme de la « justice sociale ». Les manœuvres, les tractations, surtout dans les coulisses et autres réunions à huis clos, sont présentés comme la manifestation de la vitalité du débat parlementaire.
Macron participe à cette opération en rappelant régulièrement la menace du RN, en fustigeant les partis « incapables de s’entendre » et en les accusant de porter atteinte en Europe et dans le monde, à la « voix de la France » qu’il prétend personnifier.
Celle de l’abandon des objectifs en matière de réduction des gaz à effets de serre, du refus de sanctionner l’Etat sioniste, de la militarisation en Europe et de course à la compétitivité qui fait exploser la pauvreté et le chômage.
La plupart de ces questions ne sont pas discutées dans le cadre du budget de l’Etat et se traduisent par les coupes dans la santé, le social… dans celui de la Sécu.
Le budget de méga-austérité n’est pas négociale : préparons-nous, si il passe, à organiser la résistance la plus large à son application. ★
