Le capitalisme rime toujours avec paupérisation ! 08 mai 2026
Dans un article de la revue Alternatives Économiques du 14 avril 2026, commentant une étude de l’INSEE, publiée en juillet 2025 concernant la forte hausse des inégalités en 2023, Mickaël Zemmour expliquait cette hausse par plusieurs phénomènes : « le premier résidait dans la baisse du niveau de vie des ménages modestes ; le niveau de vie seuil à partir duquel on fait partie des 10 % des plus modestes avait baissé de 1 %, ce qui est rare, et ce qui signale une dégradation absolue des conditions de vie. Cet élément pouvait également se lire dans la hausse du taux de pauvreté. Deuxième élément :
la stagnation du niveau de vie médian (1) avec seulement + 0,9 % par rapport à l’année précédente ». Cette étude de l’Insee indiquait que le taux de pauvreté avait atteint 15,4 % en 2023, son plus haut niveau depuis le début du décompte en 1996. L’écart entre les 20 % les plus riches et les 20 % les plus pauvres s’était creusé à ce point que jamais ces chiffres officiels de la pauvreté en France et ceux des inégalités au sein de la population en France métropolitaine n’avaient été aussi élevés.
Rien que sur l’année 2023 ce sont environ 650 000 personnes qui ont basculé dans la pauvreté, soit la progression la plus forte depuis 1996. Il en va de même concernant les inégalités : les 20 % les plus riches ont eu des revenus 4,5 fois supérieurs aux 20 % les plus pauvres, un écart historique sur les trente dernières années.
Notons que ces chiffres sont cependant en deçà de la pauvreté monétaire (2) réelle, puisqu’ils n’incluent ni les habitants des départements d’outre-mer, ni les personnes sans abri, ni celles qui vivent en habitation mobile ou en institution (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes, foyers de jeunes travailleurs…), ni les ménages dont la personne de référence est étudiante. En incluant ces différentes catégories il faut ajouter 2 millions de personnes pauvres, aux 9,1 millions recensées en logement ordinaire en France métropolitaine.
Ce sont donc plus de 11 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à 60 % du revenu mensuel médian, soit 1 288 euros (pour la métropole), pour une personne seule.
La pauvreté des familles monoparentales a particulièrement augmenté, passant de 31,4 % à 34,3 %. Le développement de la précarité, les petits boulots et les temps partiels contraints payés au smic, diminuant d’autant les heures de travail, a aussi contribué à faire progresser le taux de pauvreté chez les enfants, qui a atteint 21,9 % (+ 1,5 point) pour l’année 2023.
Pour le président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté (CNLE) cité par le journal Le Monde du 7 juillet 2025, « un seuil d’alerte a été franchi » .
« Nous ne sommes plus sur une stabilisation de la pauvreté à un niveau élevé, mais dans une dynamique de hausse » , affirme-t-il. Le constat dressé dans une récente étude du CNLE, portant sur les années 2015 à 2022 le confirme :
« La baisse du chômage n’entraîne plus comme avant une baisse de la pauvreté : il y a une précarité du marché du travail et l’encouragement au développement du statut de micro-entrepreneur n’a pas permis d’endiguer [sa progression] » . Ce dernier point vient d’être largement confirmé et commenté par l’enquête diligentée par l’Institut de recherche pour le développement et l’Institut national d’études démographiques qui indique que les livreurs des plateformes pour 63 heures de travail hebdomadaires en moyenne gagnent autour de 1 000 euros nets par mois.
Les dernières mesures comme l’obligation faite aux allocataires du revenu de solidarité active d’effectuer quinze heures d’activité hebdomadaires, sous peine de sanctions, va augmenter le taux de non-recours à cette aide, la baisse des financements alloués à l’insertion par l’activité économique et celle des crédits exceptionnels accordés à l’aide alimentaire, sans oublier la loi Kasbarian de juillet 2023, qui a fait exploser les expulsions locatives… Toutes ces mesures contribuent à installer durablement cette paupérisation dans l’ensemble de la société.
De cette société-là, on n’en veut pas, on la combat ! ★
